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Chers élèves,

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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:53

Chère Mathilde,

 

Ici, tout va mal, le sol est recouvert de balles, d'obus, mais surtout recouvert de sang et de dépouilles. Des centaines de soldats meurent tous les jours. Aujourd'hui encore, j'ai perdu un de mes amis proches. Il est mort d'un obus lui tombant dessus alors que je l'aidais à se défaire du piège des barbelés. Toutes ses tripes me sont tombées dessus. Jamais je n'avais été aussi horrifié de toute ma vie.

Trop de questions défilent en ce moment-même dans ma tête : pourquoi tant de haine ? Pourquoi tant de violence ? Pourquoi tant de sang ? Je me sens mal, très mal. Je pleure chaque jour, à chaque heure, je crie, je désespère de voir un jour cette guerre se finir. Je suis de plus en plus seul, je vois mes amis mourir les uns après les autres. Je veux rentrer, je ne peux plus supporter de voir ces corps décomposés, verdâtres, noirâtres et grouillant de vers. L'odeur de la mort est omniprésente et insoutenable. Nombreux sont les rats venus manger les dépouilles des corps innocents. Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles, car nous voilà pleins de poux, de boue, nos vêtements déchirés, usés, nous sommes sales et attirons toute sorte de bêtes plus répugnantes les unes que les autres.

Le sergent reste malheureusement intransigeant sur le fait d'abandonner ce combat, ce champ de bataille, ce cimetière. J'ai pourtant essayé de rentrer pour te retrouver en tentant de me faire blesser et de faire passer cela pour un accident, mais le sergent a compris la ruse...Je suis actuellement en route pour la cour martiale où je serai fusillé pour tentative d'évasion d'un combat.

Voici donc ma dernière lettre. Je m'en veux terriblement de te laisser seule, tout cela à cause d'un geste égoïste. J'ai été idiot...Je te demande pardon.

Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Je t'aime du plus profond de mon coeur.

Adieu.

Ton amour, Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:46

Le 6 novembre 1915

 

Mon amour,

 

Comment te décrire cette guerre ? Comment t'expliquer ce que je ressens quand je vois mes camarades mourir à côté de moi ? Comment te dire à quel point tu me manques ?

Hier, Gérard a reçu un obus en plein coeur. Il a explosé, et ses organes ont atterri sur moi. Les tripes de mon meilleur ami sur mon corps, dans mes yeux, dans ma bouche ! Quel dégoût, quelle haine, quelle rage ! Les cadavres s'entassent. Ils sont verdâtres, puis noirâtres, et ils se décomposent petit à petit. Je n'ose pas te raconter ce que je vois tous les jours. C'est tellement affreux.

Tu me manques tellement. Je n'ai qu'une envie : te revoir. Hier soir, j'ai allumé une cigarette dans les tranchées, puis j'ai levé ma main, pour que le camp adverse voit de la lumière et tire sur ma main. Grâce à cela, j'aurais pu partir de cette guerre. Malheureusement, le destin avait pour moi un autre choix. Je vais passer devant la cour martiale, et je vais être fusillé.

C'est sûrement la dernière lettre que je t'écris. Tu vas me manquer, tu sais. Nos soirées à refaire le monde, à rire et à passer du bon temps ensemble. Et puis, quand on faisait l'amour, c'était magique ! Je voulais te demander en mariage à mon retour de la guerre. Tu es la femme de ma vie. Mon coeur, si tu savais comme je rêve d'être dans tes bras à ce moment précis. Il n'y a que toi pour me rendre aussi heureux. Même avec la mort qui rôde, quand je pense à toi, je suis épanoui.

Adieu Mathilde, on se retrouvera un jour, je te le promets.

Prends soin de toi et de notre futur enfant.

Je t'aime.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:34

Mathilde, mon amour,

 

Qu'est-ce que la vie sans toi ? Pourquoi cela ?

Hier encore, j'avais l'espoir que tous ces massacres se terminent, qu'arrive le soleil pour éclairer cette misère. Je voudrais quitter ces tranchées boueuses et sales, ces fusillades vouées à la mort. Je voudrais manger à ma faim, et laisser derrière moi rats et poux, qui sont mes seuls animaux de compagnie. Je vois chaque jour des soldats mourir. Aujourd'hui, c'est mon plus cher ami qui a quitté le front pour, je l'espère, le paradis, plutôt qu'un nouvel enfer ! De voir tout ce sang, de voir ces entrailles sur le sol, de voir ces tirs d'obus qui arrachent la vie, me terrifient.

O Mathilde, ta présence me manque, tes baisers, bien que trop fugaces, ces câlins dans le lit, ces mots doux susurrés me manquent terriblement. Sans toi, je me sens mourir.

O Mathilde, la mort ne m'est pas clémente. Je n'ose te le dire, mais je ne pourrai pas te revoir et poser à nouveau mes yeux sur toi. Hélas ! Je vais être fusillé. Surtout ne pleure pas Mathilde, je t'en prie, sois forte. Je vais être fusillé pour m'être mutilé la main, pour avoir voulu revenir chez toi, et revoir ma promise. Si seulement je pouvais avoir un ticket de retour, je donnerais tout pour te revoir !

J'en ai assez de voir ces corps poussiéreux, boueux, ensanglantés, détruits à mes pieds. Pourquoi la guerre ? C'est inhumain, alors que nous sommes dotés d'intelligence et de coeur, nous préférons la guerre. Qu'il soit français ou allemand, un soldat est d'abord un homme, un être humain. Ah Mathilde, je vais te perdre dans ce désastre idiot créé par l'homme, et qui ôte la vie même aux innocents.

O Mathilde, prends soin de toi.

Avec tout l'amour que j'ai pour toi,

Ton fiancé, Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:26

Mathilde,

 

Depuis que je suis parti pour cette guerre effrayante et bête, je ne cesse de penser à toi. Dans les rares moments de repos, des images de toi me reviennent, me font sourire, me permettent de m'évader à tes côtés, dans tes bras. Les seules pensées de toi qui m'apparaissent dans la tête font battre à nouveau mon coeur qui bientôt, s'arrêtera à tout jamais...

Je vais mourir, bêtement et injustement, mais pas inutilement. Pour toi. Pour te revoir. Moi qui étais si courageux, maintenant j'ai peur. Peur de la pluie. Peur du soleil. Peur du bruit et du silence.

Quand cet obus a atterri sur Ryan, mon meilleur ami, et que ses entrailles se sont projetées sur tout et sur moi, jusque dans ma bouche, j'ai compris que je devais vivre ma vie à fond, loin de cet enfer. C'est pour cela que, lorsque vient mon tour de passer au front, je savoure chaque soupir, comme si c'était le dernier, en pensant à toi.

Pourquoi tant de colère, de haine, de rage ? Pourquoi tout ce sang, ces entrailles, ces cadavres décomposés ?

Car l'homme est bête, et quand il a peur, il se transforme en chien, et obéit aux plus forts.

Moi, j'ai obéi, et j'étais bien obligé. Je me suis laissé marcher sur les pieds. Mais maintenant, j'en ai assez de tous ces cadavres d'hommes et d'animaux mêlés. De la pourriture, du peu de nourriture que nous avons et surtout de l'odeur. L'odeur des morts, de la boue, notre odeur qui nous suitt du matin au soir, et même la nuit.

Je me suis mutilé pour que tu sois la dernière personne que je verrai, mais là, la dernière chose que je verrai, ce sera des fusils portés par des hommes que je connais et que j'ai cotoyé face à la mort. Ma peur s'envole pour laisser place au peu de courage qu'il me reste. Mais ne t'inquiète pas, je serai toujours avec  toi, et mes dernières pensées de reviendront.

Je t'aime.

Manech

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:00

Ma chère Mathilde,

 

Au moment où je te parle, des centaines de milliers de soldats se font tuer par les balles des Allemands. Pourquoi toute cette violence ? Qu'avons-nous fait ? Pourquoi tous ces sacrifices ?

Ici, la mort, la souffrance, l'horreur et la cruauté sont partout. Des millions de corps verdâtres recouvrent le sol, y compris celui de Guillaume, éparpillé un peu partout. Un obus l'a percuté pendant que j'essayais de le sortir des barbelés.

Nous sommes affamés, épuisés, contrairement aux rats qui dévorent la chair et les organes des morts. Et l'odeur ! Cette odeur de pourriture et de sang qui plane dans les tranchées, elle me prend à la gorge et me donne envie de vomir.

Ah ! Ma douce Mathilde, j'aimerais te parler d'amour, mais les cadavres, les regards vides des soldats épuisés, les visages cadavériques me hantent. Tu es la seule chose qui me maintienne en vie, j'aimerais tant te revoir.

Mais les officiers ne nous laissent aucun répit. Hier, je me suis débrouillé pour me blesser la main afin de rentrer, mais mon geste est considéré comme une trahison punie de mort. Dans trois jours, je devrai passer en cour martiale avant d'être fusillé par mes propres compatriotes...

Je t'embrasse mon amour, je pense à toi chaque jour, tous mes sourires te sont adressés. Prends bien soin de toi.

Adieu, je t'aime.

Manech

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:50

Mon amour,

 

Je ne supporte plus l'odeur de la mort, je ne supporte plus le vent froidement meurtrier, je ne supporte plus tout ça ! Peu à peu, mes amis meurent. Ils partent tous, un à un, me laissant seul. Tout ce qu'il me reste, c'est toi. Mais vais-je rentrer ? Vais-je un jour revenir à tes côtés ?

Lorsque je sens la fin, je pense à cette nuit où je me suis endormi contre toi, la main sur ton sein et ton coeur palpitant contre ma paume. Seul ce souvenir me redonne l'espoir que je perds chaque fois que je vois un obus s'écraser sur un de mes amis soldats.

J'ai tenté de revenir, je n'y suis pas parvenu. Un soir, durant une nuit aussi sombre que notre existence, j'ai voulu me blesser assez pour pouvoir te rejoindre. Seulement, cela est considéré comme une trahison. On a donc décidé de me tuer, de me fusiller, de m'ôter la vie. Je me sens seul, mes amis de guerre se sentent seuls, tous les soldats se sentent seuls dans ces moments-là.

Lorsque nous obtenons nos quelques heures de repos, mes yeux n'arrivent pas à se fermer. Toutes ces images sanglantes me reviennent en tête, accompagnées par une odeur de chair brûlée en décomposition me prenant à la gorge. Cela me hante, toutes ces horreurs quotidiennes, tous ces hurlements, tout ce sang giclant jusque dans nos bouches. Je n'arrive plus à dormir tranquillement, je vois encore ces corps n'étant même plus humains, dévorés par les rats et grouillant de vers.

Notre seul paysage n'est que boue et cadavres défigurés, éventrés, explosés ! Oh Mathilde, tout ceci est bien trop pour un homme comme moi. Comment font-ils, eux, ces soldats au coeur froid ? Comment font-ils pour supporter cette effroyable guerre ? Comment font-ils pour ne rien ressentir ?

A présent, je dois te laisser. Je dois aller mourir.

Je ne sais pas si tu liras cette lettre, mais sache que je t'aime, et que cette guerre n'est qu'une grossière erreur gâchant notre amour.

Ton amour, Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:27

Ma douce Mathilde,

 

Pourquoi m'a-t-on envoyé sur le chemin des Dames ? A-t-on déjà creusé ma tombe ? Pourquoi l'action d'un gouverneur doit-elle être subie par tout un peuple ? J'espère me tromper pour pouvoir un jour te revoir. J'y ai peut-être même trop pensé. Je me suis auto-mutilé, et me voilà confronté à mon pire ennemi : la mort.

Cette journée-là, mon meilleur ami de tranchée est mort par un obus. Ses tripes, ses yeux, son coeur ont giclé sur le sol. Tremblant de peur, de terreur et d'horreur après l'explosion, je ne savais plus où j'étais, ni même qui j'étais.

La pluie tombe dans les tranchées, ce qui entraîne des coulées de boue. Les rats viennent manger les entrailles des cadavres pourrissant. De jour, il faut se battre contre les balles, et de nuit, il faut résister aux conditions climatiques de plus en plus difficiles.

Heureusement, l'espoir fait vivre, comme on dit, et je ne vis plus que pour toi. J'espère te revoir un jour. Revoir tes cheveux bouclés qui dorent au soleil, revoir tes yeux bleus qui me rappellent le monde dans lequel nous devrions vivre, toi et moi. Un terre bleue, où la paix et la liberté sont plus que des mots. Ce sont des principes qui doivent faire de la guerre et du sang des mots du passé. A l'époque, j'étais près de toi, et je pensais que rien ne pourrait m'arrêter.

Je m'étais trompé, j'ai de plus en plus peur à chaque fois qu'une balle allemande siffle dans mes oreilles, à chaque fois qu'un obus tue un membre de ma patrie. Nous ne sommes plus que des chiens à qui l'on jette un os : ici l'os est allemand. Nous sommes dans un cercle vicieux : plus l'on tue, plus on a de chances de survivre, et plus vite la guerre sera finie. Et il en est de même pour les Allemands. Pour survivre, il faut tuer, assassiner, étriper, meurtrir, violenter et détruire. Le champ de bataille sent la mort. De peur de se faire mitrailler, nous ne ramassons plus les corps de nos camarades. Pas pour le moment en tout cas.

L'espoir, la vie, la liberté sont en moi. La mort et l'horreur sont autour de moi. D'ici peu, je serai fusillé, mais j'essaierai par tous les moyens d'y réchapper pour ressentir à nouveau les battements de ton coeur. Je t'aime et ne vis plus que pour toi.

 

Manech.

 

 

PS : Excuse-moi si j'écris mal, mais j'utilise ma main gauche, car lors de mon auto-mutilation, j'ai brandi ma main droite avec la cigarette en guise de bougie.

 

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:17

A Verdun, le 25 mai 1916.

 

Chère Mathilde,

 

Comment te le décrire ? Quels mots prendre ? La vie est belle pour certains, mais courte pour d'autres. Tout va pour le plus mal. C'est de pire en pire. De la boue, du sang, des cadavres. C'est l'horreur. Tous mes camarades sont morts. Il ne reste plus que moi. Je me sens seul.

Mais j'ai décidé de venir te retrouver, et malheureusement, je me suis mutilé tout seul, ne sachant plus quoi faire. Je te le dis, je vais être fusillé. C'est une honte pour moi d'en arriver là. C'est un crime de guerre, un désastre. Mes camarades, à qui je ne parlais pas jusque là, ont essayé de me défendre, mais le sergent en a décidé autrement.

Mathilde, je ne te reverrai plus jamais. C'est pour moi un rêve qui se brise pour toujours. C'est bientôt la fin.

L'autre jour dans les tranchées, un obus a atterri sur mon camarade et ses tripes me sont tombées dessus. Le désastre. Je n'aurais jamais dû partir à la guerre. Elle devait durer deux semaines, mais elle durera des années. Je ne serai pas là pour voir la fin de toutes ces horreurs. Je ne sais quoi te dire, tant de choses, l'horreur, le malheur. A côté de moi gisent des cadavres en pourriture, mangés par les rats. Au milieu, un trou, un tas, et de chaque côté, deux camps. Les soldats avancent vers le tas et y tombent au fur et à mesure le tas se remplit. C'est ça la guerre, seulement ça et ça ne sert à rien, rien du tout ! Tous ces hommes qui perdent la vie et auraient pu connaître une vie heureuse meurent dans l'horreur et le désespoir.

Je t'embrasse très fort. Prends bien soin de toi. Adieu.

Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:07

Chère Mathilde,

 

Pourquoi la guerre est-elle si cruelle ? Pourquoi nous battons-nous ? Mais surtout pour qui ?

Aujourd'hui, le colonel a ordonné à notre régiment d'attaquer la première ligne allemande. Ce fut une vraie boucherie. J'étais dans la cinquième rangée qui devait sortir des tranchées. Les soldats étaient tous tués comme des lapins par des chasseurs allemands, impitoyables et cruels...

Par miracle, j'ai survécu à cette horreur et à ce bain de sang. Mais mon meilleur ami, Guillaume, lui n'y a pas survécu. Alors que je me trouvais dans un trou fait par un obus et qu'il me suivait, un obus a atterri directement sur lui. Ses entrailles se sont dispersées sur mon corps et même jusque dans ma bouche. Les infirmiers sont finalement venus me chercher. J'ai pleuré sa dépouille jusqu'à la fin du jour. C'était un homme d'une grande bravoure et qui était là pour m'écouter.

J'ai ainsi décidé de me mutiler pendant la nuit. Pour te retrouver toi et ton beau sourire, toi et ta peau d'une douceur enfantine. Tu ne peux imaginer l'horreur de cette guerre. Cette horreur qui pousse à tuer pour en finir. Les cadavres de mes compatriotes gisent dans les tranchées. Les rats sont au paradis alors que nous, nous sommes en enfer, et cela ne fait que débuter.

L'amour que j'ai pour toi ne cesse de grandir et celui-ci va me coûter la vie. Je serai exécuté pour avoir tenté de me mutiler. Je ne te reverrai donc plus. Ceci est ma dernière lettre, et elle est pour toi. Ma dernière pensée est pour toi mon amour.

Manech

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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 21:56

Le 17 mai 1915,

 

Chère Mathilde,

 

Que fais-je encore ici ? J'essaie de me rappeler les noms de tous ceux que j'ai vu partir, en vain. J'ai vu la mort, j'ai vu cette faucheuse noire insalubre. Lorsqu'elle passe, elle ne laisse derrière elle que des ruines, du sang sale et des dépouilles qui n'ont plus rien d'humain. Je vois les rats, créatures sataniques dévorer ces corps sans vie défigurés, démembrés, décapités. Je ne supporte plus cette odeur, cette odeur insoutenable de chair en décomposition et de mort gratuite. Hier, j'ai vu mourir mon meilleur ami. Un obus a explosé là où nous nous cachions. Lui aussi a explosé, il est mort un peu partout, le long des barbelés, dans le cratère de l'obus, et sur moi, surtout sur moi ! J'avais son sang sur les mains, ses tripes dans ma bouche, et ce n'est pas une image. J'aurais pu être à sa place, mais le destin en avait décidé autrement.

Si tu n'étais pas cet unique espoir qu'il me reste, j'abandonnerais cette vie que je ne supporte plus. Mais tu es la lueur, mais tu es la seule et unique flamme qui m'aide à m'en sortir, dans cette obscurité sans fin.

Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce qui m'a pris ? C'est tellement stupide. Tu sais, tu me manquais tellement...Je n'ai pas réfléchi et maintenant je suis en route pour la cour martiale, là où je serai assassiné sans pitié par un de ces pantins articulés du gouvernement.

Je voulais rentrer, je voulais te revoir. Mathilde, je vais mourir. Mourir bêtement sans avoir pu sentir la douceur de ta peau et ton parfum si délicat une dernière fois. Je n'ai pas le droit de pleurer. A côté de moi, il y a un autre soldat. Il a seize ans, et il ne pleure pas. Mathilde, je ne veux pas que ce qui m'arrive t'empêche de rire. J'espère que je te verrai sourire de là-haut.

Je t'aime,

Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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