Ecrire la guerre

Publié le par Professeur L

écrire la guerre

SEQUENCE 4 : LES ECRITURES DE LA GUERRE


 

Séance 1 : Jeudi 04 mars 2010

Support : Lettre de René Jacob illustrée par Juan Gimenez

Objectif : comment décrire un champ de bataille


 

Ce texte est une lettre écrite par un soldat à sa femme. Cette BD décrit l'horreur du champ de bataille qui est surnommé « champ de carnage ». Dans ce texte, l'auteur nous explique que les guerriers se combattent comme des bouchers. Normalement, les soldats montent sur le champ de bataille pour montrer leur héroïsme. Ici, c'est l'inverse : ils perpétuent des actes avec lâcheté. L'écrivain compare le champ de bataille à une scène de théâtre, ce qui montre la dramatisation de l'horreur. Il utilise l'anaphore du « cadavre » pour mettre en avant l'omniprésence de la mort. René Jacob emploie l'anaphore du mot « Meaux » ce qui accentue le côté apocalyptique présent dans la ville et au front. Le dessinateur transcrit le texte par des images apocalyptiques comme le montre le portrait de l'auteur qui passe de la position verticale à la position horizontale. Cette  évolution de la position dévoile la décomposition du narrateur. Le regard reste le même. La description de la désolation de la guerre, les dessins de la dévastation et la tonalité pathétique nous induisent vers une idée de mort absolue. Les couleurs et lumières utilisées sont froides et sombres car elles expriment la tragédie de la guerre. Sur la dernière planche, les dessins de Gimenez reposent sur le principe de l'ellipse. Il met en évidence le terrorisme de la guerre et l'abomination des êtres humains qui se massacrent  en insérant dans sa lettre une structure emphatique, une énumération, une gradation :

« ce que je n'oublierai jamais, c'est la ruine des choses, c'est le saccage abominable des chaumières, c'est le pillage des maisons... »


 

Synthèse collective des 3eC

Séance 2 : Mardi 16 mars 2010

Support : Le Feu d'Henri Barbusse

Objectif : comprendre l'essai. Comprendre que la guerre ne produit pas des héros mais des bourreaux


 

Ce texte est un essai car il contient une description, un dialogue au service d'une argumentation. Ce dialogue se fait entre plusieurs soldats. Ces soldats racontent leurs regrets d'avoir participé à cette guerre. Ils comprennent qu'ils vont mourir, car ils sont envoyés à la mort sur le champ de bataille. Ils regrettent d'y avoir participé car au lieu d'en être sortis héros, ils en sont sortis bourreaux :

« On a été des bourreaux. » ; « des sauvages, des brutes, des bandits, des salauds. » Cette énumération permet d'accentuer la vérité sur leur véritable nature.

Pour montrer la férocité de la guerre, celle-ci est comparée à la nature dans tous ses états, à la nature qui se déchaîne : « nuit de tonnerre », « rescapés des volcans ». « Tonnerre » fait référence aux coups de fusil, à la mitraille, aux explosions et les « volcans » font référence aux cratères provoqués par les obus. Dans ce texte, en outre, une périphrase est invoquée : « rescapés des volcans », pour faire voir le martyr de la guerre. Les soldats sont des survivants. Autrement dit, être un héros, dans cette guerre, c'est simplement survivre.

L'écrivain utilise un registre de langue familier et courant pour montrer que le texte vient bien des tranchées. C'est dans un souci de réalisme que l'auteur retranscrit telles quelles les paroles de ces ouvriers et paysans engagés sur le front. C'est une façon de leur rendre hommage :

« On t'dira ça », « aut'chose », « on r'fera », « c'qu'on n'a pas fait », « nous nous en foutons. »

Le narrateur utilise un registre soutenu pour différencier les paroles des soldats de sa propre pensée. Il emploie un registre soutenu pour reformuler les phrases des soldats, pour une meilleure compréhension. Les soldats ne savent pas faire ressentir leurs souffrances à cause de leur vocabulaire trop pauvre. L'écrivain sert de traducteur. Il se fait le porte-parole des souffrances des soldats. Il se sert comme procédé littéraire du rythme ternaire : « tenaillés par la fatigue, fouettés par la pluie, bouleversés par toute une nuit de tonnerre » ; « la méchanceté jusqu'au sadisme, l'égoïsme jusqu'à la férocité, le besoin de jouir jusqu'à la folie ». Le parallélisme et l'énumération permettent d'accentuer la souffrance et l'horreur de la guerre.


 


 

Synthèse collective des 3eD

Séance 2 : lundi 15 mars 2010

Support : Le Feu d'Henri Barbusse

Objectif : Comprendre comment l'écriture sous forme d'essai peut exprimer l'horreur de la guerre


 

Le texte d'Henri Barbusse dénonce de manière explicite les conditions de vie des soldats pendant la guerre de 1914-1918. Ce texte est sous la forme d'un essai. On appelle essai le mélange de plusieurs discours qui visent à exprimer une idée précise : les soldats sont transformés en bourreaux et non en héros. La guerre devrait mettre en avant le courage et l'héroïsme alors que la folie et l'avidité du sang sont ce que le conflit engendre.

Le dialogue des soldats est écrit à l'aide du registre familier. L'auteur veut créer un effet réaliste. Il veut montrer que ce dialogue vient tout droit des tranchées. C'est la meilleure manière pour l'écrivain de rendre hommage dans toute sa vérité aux soldats sacrifiés sur le front : « des salauds », « on t'dira ça » « c'qu'on n'a pas fait » et « nous nous en foutons ».

Entre les lignes 5 et 11, Henri Barbusse emploie le discours argumentatif et le discours descriptif. La description est particulièrement détaillée. Le registre est soutenu. Il fait une énumération selon un rythme ternaire pour donner de la profondeur. Il introduit une gradation : «tenaillés par la fatigue,  fouettés par la pluie, bouleversée par toute une nuit de tonnerre ».

Il compare la guerre à des bouleversements climatiques, ce qui donne une image de la guerre incontrôlable, imprévisible, et contre laquelle on ne peut rien.

Henri Barbusse utilise le registre soutenu pour transcrire les paroles des soldats. Il traduit ce qu'il entend avec un vocabulaire recherché, plus riche, et grâce aux figures de style. Son style permet d'exprimer en profondeur les sentiments des soldats qu'eux-mêmes n'arrivent pas à traduire. Il se fait le porte-parole des souffrances de ses camarades du front.


 

Séance 3 : Voyage au bout de la nuit de Céline : synthèses individuelles


 

Synthèse collective des 3eD

Séance 4 : lundi 22 mars 2010

Support : Le Grand Troupeau de Jean Giono

Objectif : comprendre une autre forme d'héroïsme grâce au procédé de la comparaison animale


 

Olivier est un soldat qui s'est mutilé à la guerre pour pouvoir partir et retrouver sa famille. Son camarade de tranchée, surnommé « La Poule » car il parle tout seul, lui a tiré une balle dans la main. Olivier se confie à Julia. Cette confidence est un flash-back. L'auteur nous plonge en effet directement dans la scène de la mutilation, un soir de combat.

« La Poule » est devenu fou à cause de la guerre. On comprend dès lors que la guerre est une folie.

L'auteur compare l'acte héroïque d'Olivier à un renard qui s'extirpe d'un piège en s'arrachant avec ses propres dents sa patte.

Ce texte montre grâce à une comparaison qu'un héros n'en est pas un en combattant sur le front mais en s'automutilant. En effet, il a le courage de désobéir et de sacrifier une partie de lui-même.

Il se fait passer pour un lâche, un traître ou un simple blessé, mais il fait cela pour éviter de commettre des atrocités.


 

Synthèse collective des 3eC

Séance 5 : Vendredi 26 mars 2010

Support : La Route des Flandres de Claude Simon

Objectif : comprendre que la guerre est un suicide grâce au flash-back, aux comparaisons et à l'amplitude phrastique


 

Claude Simon décrit la guerre comme un suicide de masse à travers la mise en scène d'un cavalier qui déguise son suicide sous le masque de la mort héroïque : « ce suicide que la guerre lui donnait l'occasion de perpétrer de façon élégante » ; « il ne s'agissait là ni d'honneur ni de courage et encore moins d'élégance mais d'une affaire purement personnelle ».

Dans ce texte, l'auteur utilise les variantes de comparaisons pour changer de scène et faire évoluer l'action. Il y a une succession et une superposition d'images. Le cavalier est ainsi comparé à une « statue équestre ». Cette comparaison nous montre l'aspect héroïque du colonel. On passe ensuite à l'image du soldat de plomb qui fond. Cette image est pertinente car effectivement le soldat tombe sous les rafales ou les coups de balles de plomb. Et surtout, cette image le déshumanise et le ridiculise. L'effondrement du cavalier nous rappelle « la carcasse de ce camion brûlé effondré là ». L'auteur enchaîne par la comparaison du camion et du cavalier une succession d'images qui assimilent le cavalier à un animal dont le ventre se traîne par terre : « indécent comme un animal une chienne pleine traînant son ventre par terre ».

Les sensations comme les images se mêlent, puisque l'odeur du camion brûlé devient emblématique de « la nauséeuse puanteur de la guerre » . L'auteur porte un jugement péjoratif sur la guerre. L'odeur de la guerre est d'autant plus dégoûtante qu'elle s'oppose à la sensualité de « l'éclatant après-midi de printemps ». Pour l'auteur la guerre serait représentée par un marécage nauséabond et  puant : « flottant ou plutôt stagnant...comme une eau croupie...les haies. » Pour commencer le flash-back l'auteur utilise le mot « virginal ». Au moment même où l'auteur identifie le geste du cavalier à la pose glorieuse d'un héros au cœur pur, la véritable motivation de cet acte apparemment héroïque est révélée à l'aide du mot « virginal. »

Le cavalier est comparé à un Christ dévalorisé. La croix qu'il doit porter et supporter est l'impossibilité de vivre une sexualité épanouie avec sa femme.


 

Synthèse collective des 3eD

Séance 6 : mardi 20 mars 2010

Support : L'Ecriture ou la Vie de Jorge Semprun

Objectif : comprendre que dévisager, c'est déshumaniser ; reconnaître les structures emphatiques, l'oxymore, le champ lexical.


 

Ce texte est un témoignage. Il appartient à la littérature testimoniale. Ce texte a la forme d'un miroir car le début et la fin du texte se reflètent à travers le présent d'énonciation.

La scène se passe au moment où les soldats américains libèrent les prisonniers du camp de concentration de Buchenwald, le 11 avril 1945. La première phrase est écrite au présent d'énonciation. L'auteur utilise ensuite un flash-back. Il utilise un autoportrait pour parler de son corps : « main », « arcade sourcilière », « pommettes saillantes », « creux d'une joue ». L'auteur effectue une énumération mais il ne termine pas la description de son anatomie. Il essaie de se représenter pour obtenir une image complète de lui-même car il n'y a pas de miroir. Mais il n'y arrive pas. Cela nous prouve qu'il ne parvient plus à se reconnaître en tant qu'être humain dans une vision unifiée. L'autoportrait est fragmenté : « je voyais mon corps de plus en plus flou. »

Mais les soldats sont effrayés par le regard du narrateur, et pas par son corps. Son regard en effet exprime la peur intense, comme le prouve le champ lexical de la peur : « effroi », «épouvante », « horrifié », « affolé ». C'est la mort qui est la cause de la terreur qui se lit sur son regard, la mort de ses camarades, amis et professeurs qu'il a partagée, d'où l'utilisation de l'oxymore : « cadavres vivants. » Dans ce texte, il s'assimile ainsi inconsciemment à Ulysse car il est allé en Enfer. Le narrateur est un Orphée moderne qui a traversé la mort.

La phrase qui révèle l'horreur qu'il lit dans les yeux des interlocuteurs du narrateur est la suivante :

« C'est l'horreur de mon regard qui révèle le leur, horrifié. »

Cette phrase est structurée comme un miroir : horreur et horrifié se reflètent ou se font écho. C'est une structure emphatique qui permet de donner de l'intensité et de la profondeur à cette phrase.

Il y a donc trois effets de miroir dans le texte :

  1. Entre les soldats et le narrateur

  2. Entre la première et la dernière partie du texte au présent d'énonciation.

  3. A l'intérieur de la structure emphatique analysée précédemment.



Synthèse collective des 3eC

Séance 6 : mardi 30 mars 2010

Support : L'Écriture ou la vie de Jorge Semprun

Objectif : comprendre la description et le récit d'un survivant de camp de concentration. Comprendre que dévisager, c'est la  déshumanisation.


 

Ce texte est écrit par un soldat qui a survécu aux camps de concentration. Le camp de concentration l'a profondément transformé. Son visage, et plus particulièrement son regard, sont terrifiants. Ses yeux ont vu la mort. Il a connu la mort à travers le décès de ses amis exterminés. Il a traversé la mort. « Cadavres vivants » désigne les prisonniers du camp qui ont réussi à survivre et réchapper au camp de concentration. La figure de style utilisée est l'oxymore. Car c'est l'association dans une même expression de deux mots opposés. Le narrateur terrifie ceux qui l'observent car ils pressentent que ce survivant vient d'outre-tombe. Il a été traversé par la mort.

La première phrase du texte est écrite au présent de l'indicatif. C'est un présent d'énonciation. Dans le paragraphe suivant, l'auteur fait un flash-back comme le prouve le passage du présent de l'indicatif à l'imparfait de description : « je vivais », « je voyais », « je frôlais ». Le flash-back nous renvoie à la vie quotidienne dans le camp de concentration, avant la libération. Il nous décrit sa perception partielle, fragmentée, qu'il a de son corps car il n'y a pas de miroir dans le camp. Il n'y a pas de miroir car les Allemands ne veulent pas qu'ils voient leurs corps entièrement, et plus particulièrement leurs visages. Cela permet de les dévisager, de les déshumaniser. Car on a besoin du regard des autres pour s'humaniser.

De la ligne 15 à la ligne 21, le narrateur s'interroge. Il se demande ce qu'il est, et quelle est l'origine de la terreur dans le regard de ses interlocuteurs. Le style utilisé est très oralisé, comme dans Voyage au bout de la nuit de Céline : « ça n'effraie pas, l'autorité, ça rassure. » L'auteur redouble le sujet. Cela donne l'impression que l'on partage intimement ses pensées.

L'auteur utilise un effet de miroir dans le dernier paragraphe en introduisant le mot « horreur » dans une phrase au début et à la fin : « horrifié ». La fin de la phrase qui est une structure emphatique reflète le début de la phrase, afin de montrer avec insistance que l'horreur qu'il a vécue se reflète dans le regard des soldats qui le regardent avec terreur.

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