Les mésaventures de Jupiter

Publié le par Professeur L

 

LES MESAVENTURES DE JUPITER

Spectacle de théâtre, chanson et danse

Création originale des 6eD (année scolaire 2011-2012)

 

ACTE II Scène 1 : support : Amphitryon de Plaute

 

MERCURE (au public) : Attention ! Voici Sosie qui vient par ici ! Je vais me porter au-devant de lui et je ne laisserai pas aujourd'hui cet individu approcher de la maison. Ayant revêtu son apparence, je suis disposé à le berner. En vérité, puisque j'ai pris ses traits et son allure, il convient que j'aie aussi ses façons d'agir et son caractère tout à l'identique. C'est pourquoi il me faut être un fripon, plein de malice, fourbe au plus haut point et écarter de la porte cet individu en employant ses propres armes, la malice. [...]

SOSIE : (à part) : Allons annoncer à Alcmène les nouvelles que mon maître m'a ordonné de porter. Mais qui est cet individu que j'aperçois devant notre maison, à cette heure de la nuit ? Ça ne m'inspire pas.

MERCURE (au public) : Froussard comme lui, ça n'existe pas ! [ …]

SOSIE : Je suis perdu, j'ai les dents qui me démangent ; assurément, à mon arrivée, il va former le comité d'accueil avec ses poings. Voilà, à mon avis, un homme plein de compassion : parce que mon maître m'a fait passer une nuit blanche, lui, avec ses poings, va m'offrir maintenant l'occasion de dormir. Je suis vraiment perdu. […]

MERCURE : Il ne s'en tirera pas sans être rossé.

SOSIE : Qui donc ?

MERCURE : Quiconque viendra ici, je lui ferai avaler mes poings.

SOSIE : N'en fais rien, ça ne me dit pas de manger à cette heure de la nuit ; j'ai dîné tout à l'heure ; aussi, si tu es avisé, offre généreusement ton dîner à des affamés.

MERCURE : Et si je lui faisais un bon massage pour qu'il dorme ?

SOSIE : Me voilà sauvé, car cela fait trois nuits d'affilée que je n'ai pas fermé l’œil.

MERCURE : Frapper sans vigueur une mâchoire, c'est très mal s'y prendre ; c'est un très mauvais entraînement pour la main. Il doit être méconnaissable, celui que l'on a caressé de son poing.

SOSIE : Cet homme va me retaper à neuf et me modeler un nouveau visage.

MERCURE : Il doit se retrouver le visage désossé, celui que l'on a frappé comme il faut.

SOSIE : Qu'on éloigne de moi cet individu qui désosse les hommes ! Je suis perdu, s'il m'aperçoit.

MERCURE : Je sens un homme ici, pour son malheur.

SOSIE : Est-ce que vraiment j'ai laissé échapper une odeur ?

MERCURE : Une voix a volé ici jusqu'à mes oreilles. […] De ce côté-là, oui, à droite, une voix, ce me semble, vient frapper mes oreilles.

SOSIE : J'ai peur, je suis complètement paralysé. […] C'en est fait, la commission de mon maître est perdue, et Sosie avec elle. Mais je suis décidé à lui parler en face, hardiment, pour me donner à ses yeux l'apparence d'un brave, afin qu'il s'abstienne de me frapper.

MERCURE : Où vas-tu l'inconnu ?

SOSIE : Je suis Sosie, serviteur d'Amphitryon, et je viens apporter un message important de sa part à sa femme Alcmène.

MERCURE : (Il le bat) Tu as l'audace de prétendre que tu es Sosie, devant moi qui suis Sosie !

SOSIE : Je suis perdu.

MERCURE : Qui es-tu ?

SOSIE : Je suis Sosie.

MERCURE : Et bien tu seras d'autant plus rossé que tu es menteur. C'est moi, Sosie, pas toi. Et maintenant, quel est ton nom ?

SOSIE : Aucun, sinon celui que tu voudras.

MERCURE : Tu prétendais être Sosie.

SOSIE : Je m'étais trompé. J'ai voulu dire que je ne suis qu'un simple associé d'Amphitryon.

MERCURE : Je savais bien qu'il n'y avait pas d'autre Sosie que moi.

SOSIE : De grâce, laisse-moi te parler en paix, sans que je sois battu.

MERCURE : Eh bien, faisons une trêve pour un moment, si tu veux dire quelque chose. […] Dis ce que tu veux. Je ne te ferai aucun mal.

SOSIE : Puis-je me fier à ta parole ?

MERCURE : Tu as ma parole. […]

SOSIE : Écoute-moi, maintenant que je peux exprimer librement ce que je veux. Je suis Sosie, serviteur d'Amphitryon.

MERCURE : Voilà que tu recommences ?

SOSIE : Mais on a fait la paix ! Et je dis la vérité !

MERCURE : (il le bat) Tiens, prends ça ! […] De toute ta vie, jamais tu ne m'empêcheras d'être aujourd'hui Sosie. […]

SOSIE : Mais qui suis-je alors, si je ne suis pas Sosie ? Je te pose la question.

MERCURE : Le jour où je ne voudrai plus moi-même être Sosie, alors, toi, sois Sosie à ta guise. Mais à présent que je le suis, tu seras rossé, si tu ne déguerpis pas d'ici, homme sans nom !

SOSIE : Ne m'est-il pas permis de donner cette lettre à Alcmène ?

MERCURE : (Il lui prend la lettre des mains) Donne-moi cette lettre, je m'en chargerai. Et maintenant va, si tu ne veux pas goûter de mes poings !

Sosie s'en va en courant.

 

ACTE II Scène 2 : Support : extraits de 7 voix dans la guerre, montage à partir de la correspondance des frères Bouchet et d'Auguste Ravenel

 

Mercure déguisé en Sosie donne la lettre à Alcmène. Elle la lit.

 

JEAN

            Des boches, il y en a un de moins depuis huit jours. J'ai commis le crime d'en tuer un, étant en sentinelle, en avant de nos tranchées. Je n'ose me vanter d'un tel geste, j'ai fait mon devoir puisque j'ai protégé et sauvé, en quelque sorte, la vie d'une vingtaine de camarades et la mienne. J'avoue également que j'ai ressenti une impression désagréable mais ces gestes ne se discutent pas.

 

            HENRI

            Le terrain est jonché de morts de toute arme et des deux pays. Certains demandent une aide, d'autres désirent qu'on les finisse. Nous couchons au milieu du pays, dans les rues, et voyons le ciel s'illuminer aux quatre coins de l'horizon car, tous les soirs, les Boches incendiaient 4, 5 ou 6 pays.

 

            MARC

            Nous retraversons le grand plateau de Marat jonché lui aussi de cadavres dans toutes les positions et campons un jour puis deux dans des abris de branchages improvisés le long d'un buisson. Au bout de deux jours, après une vive canonade boche, un silence absolu, plus rien à l'horizon. Tout le monde s'inquiète. Les Boches nous préparent sûrement un coup. Au loin, une tranchée boche semblable, cependant habitée, mais nous nous promenons et personne ne tire. On fait des patrouilles bien dissimulées et, surprise, la tranchée est peuplée de cadavres, l'arme en joue. Plus loin, plus rien, encore plus loin, toujours rien. Les Boches ont fichu le camp. C'est, nous le saurons plus tard, la fin de la bataille de la Marne.

 

            ANDRE

            Quelle boucherie !

 

            HENRI

            Les champs jonchés de morts français et boches en décomposition, le visage noir, des chevaux, des trous d'obus de 5 mètres de diamètre.

 

 

            JEAN

            Souvenir ineffaçable, je t'assure. Nous nous arrêtons à Lempire, après avoir traversé Souilly sous une pluie battante. Cantonnement, 24 heures à Sivry-le-Perche. Nous séchons nos effets et nous débarbouillons à la rivière.

 

            HENRI

            Marche de nuit interminable, pluie battante, nous croisons des trains de combats et de ravitaillement de troupes du midi. Watronville, gentil petit pays au milieu de vignes, 2e bon souvenir. Nous achetons haricots à écosser, pommes et coings, prunes et raisin. Le soir, départ précipité pour destination inconnue, de 5 à 1 heure du matin remarche de nuit, sous des éclairs de phares et d'obus éclatants au loin.

 

 

            ELLE

            On fait des abris couverts de rondins et de terre pour s'abriter contre le bombardement et, jour et nuit, ce sont attaques et contre-attaques, fusillades, bombardements, on se lance des bombes, des grenades, des pétards, des journaux, des injures, des pierres. Les marmites viennent parfois changer le caractère monotone de l'occupation. On patauge dans la boue jour et nuit. De temps en temps, quelques imprudents sont blessés par des balles traversant les créneaux.

 

 

            PIERRE

            Je n'aime pas la politique et je n'en parle jamais mais tout de même, aujourd'hui c'est le bouquet. Ce sont les députés qui font la guerre ! Qu'ils viennent prendre nos places et nous ferons les lois, je ne sais pas s'ils tiendront bien mais nous ferons, je crois, d'aussi bonnes choses qu'eux, là-bas.

 

 

            JEAN

            Je me souviens qu'une fois après avoir vu une éclipse de soleil puis la comète, puis les inondations de Paris et le feu, je disais à mes collègues : décidément, nous, notre génération, nous aurons tout vu. Il ne manque plus que la guerre. Je n'en étais pas curieux et en moi-même j'ai pensé en même temps : « pourvu que cela n'arrive jamais ! »

            Maintenant que nous sommes habitués à la guerre (on s'habitue à tout), il nous reste encore quelque chose à voir : c'est la paix.

 

            ANDRE

            Comme cela doit être agréable de vivre en temps de paix !

 

            JEAN

            Être libre.

 

            HENRI

            Pouvoir se promener aux heures perdues.

 

            MARC

            Libre.

 

            PIERRE

            Pouvoir travailler pour soi.

 

            ELLE

            Libre.

 

            ANDRE

            Ou pour les siens.

 

            PIERRE

            D'un travail que l'on aim

 

            JEAN

            Qui est notre vie.

 

            ELLE

            Se sentir avec les siens,

 

            ANDRE

            Les voir, leur parler.

 

            PIERRE

            Tout cela, ce doit être bien beau !

 

            ELLE

            Les voir, leur parler.

 

            ANDRE, MARC, HENRI, ELLE

            Vivre avec des personnes que l'on aime

 

            JEAN

            Pour lesquelles on se sent plein de sollicitude

 

            MARC

            Ne voir que des amis partout

 

            HENRI, MARC

            Avoir la liberté et avoir le droit.

 

            PIERRE, ANDRE :

            Est-ce que cela peut exister ?

 

            JEAN

            Pourquoi continuer à se tuer les uns les autres

 

            ELLE

            Et emprisonner ceux que la mort a épargnés ?

 

            ANDRE, JEAN

            Une prison n'a pas besoin d'avoir de murs pour exister.

 

 ACTE II Scène 3


 

Toc, toc, toc.

ALCMENE : Qui est là ?

JUPITER (entre en cachette avec des Ferrero rochers) (au public) : Je vais lui faire une petite surprise. (Il se place derrière elle et lui cache les yeux avec ses mains.) Devine qui je suis.

ALCMENE : Est-ce toi Amphitryon ?

JUPITER : A toi de me le dire.

ALCMENE : Monsieur, que vous avez des mains douces.

JUPITER : C'est pour mieux te caresser mon enfant.

ALCMENE : Oh monsieur, que vous avez de grands bras !

JUPITER : C'est pour mieux te prendre dans mes bras !

ALCMENE : Que vos épaules sont larges !

JUPITER : C'est pour mieux te protéger, ma femme.

ALCMENE : Amphitryon, est-ce toi, mon amour ?

JUPITER : Viens dans mes bras, mi amore.

ALCMENE se réjouit et lui fait un câlin.

JUPITER : Viens, allons fêter nos retrouvailles dans la chambre.

ALCMENE : Déjà ? Tu viens à peine d'arriver !

JUPITER : Il n'est jamais trop tard pour s'aimer.

ALCMENE : Va déjà te laver, ça sent le fauve. Après on verra !

JUPITER : Embrassons-nous comme des fauves, ma tigresse !

ALCMENE : Avant tout ça, parlons-nous. Je suis restée seule pendant des jours !

JUPITER : Mais moi aussi je suis resté seul, face à des guerriers sanguinaires qui voulaient ma mort. Tu m'as tellement manqué ! J'ai besoin de toi !

ALCMENE : Et moi j'ai besoin de parler.

JUPITER : Je ne veux pas te raconter la guerre. Je suis fatigué de la guerre. Et puis toutes les horreurs que j'ai vues te traumatiseraient.

ALCMENE : As-tu tué des gens ?

JUPITER : Oui ! J'ai tué plein de gens ! Et c'était un très grand spectacle ! Un spectacle de sang, de violence et de fureur !

ALCMENE : Amphitryon, je ne te reconnais plus. Depuis quand aimes-tu la mort ?

JUPITER : La mort des autres ne me préoccupe pas. Je ne connais pas la mort.

ALCMENE : Es-tu devenu fou ?

JUPITER : Oui ! Je suis fou ! Fou de toi ! Fou de tes yeux, de tes cheveux, de ta beauté !

ALCMENE : Laisse-moi. Je ne sais pas qui tu es, mais tu n'es pas mon mari. Éloigne-toi de moi.

Il tente de la prendre dans ses bras, mais elle se dégage de son emprise. Elle quitte la scène.

 

ACTE II Scène 4 : support : Amphitryon d'Heinrich von Kleist, copies de Matteo et Lilian

 

AMPHITRYON : Sosie, déjà ? Tu as fait vite ! As-tu donné le message à Alcmène ?

SOSIE l'ignore.

AMPHITRYON : Sosie !

SOSIE : C'est à moi que vous parlez Amphitryon ?

AMPHITRYON : Eh bien oui ? A qui veux-tu que ce soit ? Je ne vois pas d'autre Sosie dans le coin !

SOSIE : Sosie ?

AMPHITRYON : Mais oui ! Toi ! Sosie !

SOSIE : Je crois qu'il y a erreur, Monsieur. Je ne suis pas Sosie.

AMPHITRYON : Mais enfin qu'est-ce que tu racontes ?

SOSIE : Sosie n'est pas ici, il est devant votre habitation. Il garde la maison.

AMPHITRYON : Qui est chez moi ?

SOSIE : Quelqu'un est devant chez vous. Il m'a tapé et il m'a dit que je n'étais pas Sosie.

AMPHITRYON : Sosie, enfin, serais-tu devenu fou ? Tu es mon serviteur le plus fidèle. As-tu perdu la tête pendant le voyage ?

SOSIE touche sa tête et vérifie si elle est bien accrochée.

SOSIE : Moi, ma tête, elle est bien accrochée, mais celle de Sosie, je n'ai pas pu vérifier.

AMPHITRYON : Il est fou !

SOSIE : Mais pas du tout. Je suis l'homme sans nom, et surtout pas Sosie !

AMPHITRYON. Lève-toi, brigand, te dis-je, maudit vaurien ! Sais-tu, bon à rien, que ton bavardage te mènera à la potence ? Et que pour te traiter dignement, il ne manque à ma colère qu'une bonne canne ?

SOSIE : Si vous le prenez sur ce ton, je ne dis plus rien. Commandez, alors j'ai rêvé ou bien je suis ivre.

AMPHITRYON. Me raconter, à moi, des histoires pareilles ! Des contes invraisemblables comme ceux que nos nourrices disent le soir à l'oreille des enfants. Tu penses peut-être que je vais croire tes insanités ?

SOSIE. Les dieux nous en gardent ! Vous êtes le maître, je suis le serviteur ; vous prendrez et laisserez ce que vous voudrez.

AMPHITRYON. Soit. Je réprime ma colère, je m'impose patience pour réécouter depuis le début toute cette salade. Il faut que je débrouille cette diabolique énigme, je ne mettrai pas avant le pied à la maison. Reprends tes sens et relate-moi tout avec précision, point par point.

SOSIE. Pourtant, maître, pardonnez-moi si, de peur, je bégaie et avant que d'en venir à la chose je vous supplie de m'indiquer le ton de notre conversation. Dois-je parler selon ma conviction, en honnête garçon, comprenez-moi, ou comme on le fait d'habitude à la cour avec vous ? Vous dirai-je hardiment la vérité, ou dois-je me comporter comme un homme bien élevé ?

AMPHITRYON. Pas de singeries. Je te somme de me faire un rapport sans rien dissimuler.

SOSIE : J'allais au château tranquillement pour apporter la lettre. Puis, au loin, j'ai vu un homme étrange devant la porte du château. J'avance, puis je vois mon propre reflet. Alors je lui demande qui il est, mais à ce moment, il me bat. Il dit qu'il est Sosie, et que moi, je suis l'homme sans nom. Il a pris la lettre et a dit qu'il allait s'en charger. Il m'a tellement frappé qu'il ma convaincu.

AMPHITRYON : D'accord, même si cela est absurde, dis aux hommes que je vais de ce pas au château pour voir ce qui se passe vraiment. Ma femme est peut-être en danger.

 

 

ACTE II Scène 5

 

Toc, toc, toc.

ALCMENE : Qui est là ?

AMPHITRYON : C'est moi !

ALCMENE : Encore toi ! Tu oses revenir ici ?

AMPHITRYON : Ma chérie ! Je te revois enfin !

ALCMENE : Je te revois, encore !

AMPHITRYON : Comment ça ? Je viens à peine de revenir. Cela fait trois mois qu'on ne s'est pas vus !

ALCMENE : Arrête de me prendre pour une sotte !

AMPHITRYON : Mais enfin, de quoi parles-tu ? N'as-tu pas reçu ma lettre ?

ALCMENE : J'ai bien reçu ta lettre. J'ai compris que la guerre était horrible. Mais je ne pensais pas que tous ces massacres allaient te rendre fou !

AMPHITRYON : Je ne suis pas fou ! Pourquoi dis-tu que je suis fou ? Si je suis fou, je suis fou de toi, de tes cheveux, de tes yeux !

ALCMENE : Je sais, je sais, tu me l'as déjà dit tout à l'heure ! Tu as perdu la mémoire ?

AMPHITRYON : Tout à l'heure ?

ALCMENE : Oui, tout à l'heure, quand tu as voulu me sauter dessus !

AMPHITRYON : Mais enfin, que racontes-tu ? Est-ce ainsi que l'on accueille son mari qui revient de la guerre ?

ALCMENE : Arrête ta comédie ! Je ne changerai pas d'avis !

AMPHITRYON : Quelle comédie ? C'est toi qui joues je ne sais quelle comédie ! Je ne t'ai rien fait !

ALCMENE : Tu n'es plus le bienvenu ici. Je suis fatiguée de toi, de ton odeur !

AMPHITRYON : Mon odeur ? (regarde le public en sentant ses aisselles et en faisant mine de ne pas comprendre)

ALCMENE : Oui, ton odeur ! Tu pues !

AMPHITRYON : Je rentre de la guerre, et il faudrait que ça sente la rose ?

ALCMENE : Tu pues la mort, le sang, les cadavres ! Tu pues la guerre ! L'homme dont je suis tombée amoureuse aimait la paix. Il aimait mon cœur, il m'écoutait et me comprenait. Il était attentionné.

AMPHITRYON : Et comment vas-tu faire pour vivre sans moi ?

ALCMENE : Ne t'inquiète pas. Je sais me débrouiller toute seule. Je suis indépendante. Et avec les autres femmes de la cité, on va s'organiser et faire la révolution ! Le pouvoir aux femmes !

 

ACTE II Scène 6 : Alcmène, Amphitryon, Chloé, Atalante, Dieudora, Arachné, Dryobé, Hector, Achille, Patrocle.

 

ALCMENE : Les filles ! Révoltons-nous ! Rasons le pays de tous les hommes ! Levez le pavillon d votre conviction !

AMPHITRYON : Mais qu'avons-nous fait ? Je ne t'ai fait aucun mal !

ALCMENE : Justement ! Tu ne fais jamais rien !

AMPHITRYON : Je reviens de la guerre. Pour toi, la guerre, c'est rien ?

ALCMENE : La guerre ! La guerre ! La guerre ! Vous n'avez que ça à la bouche ! Réunissons-nous, les filles ! Pour avoir plus de droits envers nos maris !

CHLOE : Tu as tout à fait raison ! Pendant que les hommes s'amusent à la guerre, nous, nous ne faisons que travailler !

ATALANTE : Nettoyer !

DIEUDORA : Balayer !

ARACHNE : Astiquer !

DRYOBE : Vous pensez que la guerre n'est qu'un jeu ? On se fait mitrailler toute la journée,

HECTOR : On ne peut même pas se reposer,

ACHILLE : Et on est obligé de marcher sur les cadavres de nos copains pour essayer de survivre !

AMPHITRYON : La guerre n'est pas un amusement. C'est un devoir de défendre la patrie.

PATROCLE : Nous sommes des guerriers, pas des femmes !

ATALANTE : Ce n'est pas un devoir d'abandonner sa femme et ses enfants pour aller massacrer d'autres femmes et d'autres enfants !

ALCMENE : C'est pourquoi, femme, je vous encourage à vous révolter contre les hommes !

DIEUDORA : Elle a raison ! Nous sommes des femmes, pas des objets !

CHLOE : Je suis partante !

ARACHNE : Je suis avec vous !

DIEUDORA : Et moi aussi !

ACHILLE : Mais enfin, vous êtes devenues folles ?

HECTOR : Que voulez-vous en fait ?

ALCMENE : Ce que nous voulons, c'est la liberté !

DIEUDORA : Le respect ! Nous sommes fières d'être des femmes !

PATROCLE : Mais on vous respecte !

ACHILLE : Patrocle a raison ! Quand nous partons mourir à la guerre, vous, vous restez bien tranquillement à la maison, au chaud !

ARACHNE : Oui, et nous restons seules !

CHLOE : Et quand vous êtes à la maison, vous restez sur le canapé, à regarder un match de foot à la télé, en buvant des bières.

DIEUDORA : Pendant que nous, nous nous occupons de tout !

DRYOBE : En parlant de bière, si on allait boire quelque part ?

ATALANTE : Mais c'est incroyable ! On essaie de coopérer, de discuter, et vous continuez de penser uniquement à boire et à nous traiter comme des objets.

ALCMENE : Femme, réveille-toi ! Le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ! Reconnais tes droits ! Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son mari, car elle n'a pas assez de droits ! Nous refusons d'être moins payée par rapport aux hommes pour le même métier ! Nous refusons la soumission !

 

 

ACTE III

 

Scène 1 : Mercure, Alcmène

 

MERCURE : Bonjour Alcmène.

ALCMENE : Sosie ! Te voici enfin ! Où étais-tu passé ? Ne me dis pas que c'est mon mari qui t'envoie, car si c'est le cas, s'il espère une réconciliation, il se trompe !

MERCURE : Ce n'est pas Amphitryon qui m'envoie.

ALCMENE : Qui donc alors ? C'est ta femme qui t'a mis dehors ? Et tu viens demander l'hospitalité chez moi ? Tu n'es pas au courant ? Les femmes ont décidé de prendre le pouvoir !

MERCURE : Je suis au courant. J'ai observé les événements récents de la cité. Et mon maître se sent responsable du désordre ambiant.

ALCMENE : Il peut avoir des remords ! Amphitryon est le seul responsable !

MERCURE : Mon maître n'est pas Amphitryon.

ALCMENE : Mais enfin que dis-tu ? Est-ce encore une de tes mauvaises plaisanteries, Sosie ?

MERCURE : Je ne suis pas Sosie.

ALCMENE : Ah non ? Et qui es-tu donc alors ? Jules César ?

MERCURE (il enlève son masque) : Je suis...

ALCMENE : Mercure ! Le messager des dieux !

MERCURE : Lui-même !

ALCMENE : Est-ce Jupiter qui t'envoie ?

MERCURE : Tout juste.

ALCMENE : Et que désire-t-il de moi ?

MERCURE : Il veut que tu sois sa femme.

ALCMENE : Pardon ?

MERCURE : Et il te demande de le pardonner.

ALCMENE : Le pardonner ? Mais de quoi ?

MERCURE : Il regrette d'avoir été si...audacieux, avec toi, tout à l'heure.

ALCMENE : Mais Jupiter ne m'a rien fait. Je ne l'ai même jamais vu !

MERCURE : Détrompe-toi. L'homme que tu as pris pour ton époux tout à l'heure, c'était Jupiter lui-même, qui avait pris l'apparence d'Amphitryon, uniquement pour te séduire.

ALCMENE : Mais alors, Amphitryon est innocent ? Ce n'est pas lui qui voulait à tout prix m'embrasser ?

MERCURE : Jupiter a vu les conséquences de ses actes. Il ne voulait pas créer la révolution.

ALCMENE : C'est trop tard. Plus rien n'arrêtera l'émancipation des femmes, ni les hommes, ni les dieux. Le mouvement est lancé.

MERCURE : Pour se faire pardonner, Jupiter a une dernière chose à te proposer.

ALCMENE : Je m'attends au pire.

MERCURE : Je l'entends arriver. Je sens sa présence. Il est là. Ma mission est terminée. Au revoir, Alcmène.

ALCMENE : Mais que me veut-il exactement ? Attends ! Ne pars pas ! Réponds-moi !

 

 

ACTE III, Scène 2 : Jupiter, Alcmène (scène écrite à partir des copies de Tiffaine, Julie, Calvin, Thomas, Romain, Anne-Sophie, Matteo, Thomas, Charlotte, Bastien, Lilian, Léa, Nicolas et Alexis)

 

Jupiter arrive derrière Alcmène. Il s'apprête à lui donner une rose par derrière, pour lui faire une surprise, mais au moment d'agir, Alcmène se retourne et observe Jupiter dans la position ridicule de quelqu'un qui vient d'être surpris au moment de préparer une farce.

 

ALCMENE : Ainsi Mercure disait donc vrai. Que me vaut l'honneur de votre présence, ô roi des dieux ?

JUPITER : Mon fils Mercure ne t'a pas informé ?

ALCMENE : Il m'a simplement dit que vous désiriez me voir.

JUPITER : Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour la farce de tout à l'heure. En prenant l'apparence de ton mari, je pensais que l'entreprise allait être plus facile.

ALCMENE : Quelle entreprise ?

JUPITER : Alcmène, depuis le premier jour où je t'ai vue, je ne pense plus qu'à toi. Je croyais pouvoir me protéger derrière un stratagème : celui de prendre l'apparence de ton mari, pour t'avouer cette vérité puissante qui motive tous mes actes : je t'aime. Je t'aime à la folie, comme un fou, et ma passion est si vive que...

ALCMENE : Stop ! Jupiter, avec tout le respect que je vous dois, je crains que vous ne fassiez fausse route.

JUPITER : Ah bon ? Mais pourquoi ?

ALCMENE : Parce que je ne vous aime pas.

JUPITER : Mais tu n'aimes pas ton mari non plus, puisque vous vous êtes disputés tout à l'heure !

ALCMENE : Un instant. Si je me suis disputée avec lui, c'est d'abord de votre faute. Et ce n'est pas parce que je me dispute avec mon mari que je ne l'aime plus, bien au contraire. Mais il faut qu'il comprenne qu'une femme n'est pas un objet.

JUPITER : Certes. Surtout une femme aussi belle que toi. C'est pourquoi je suis venu te faire une dernière proposition.

ALCMENE : Je vous écoute.

JUPITER : Ton mari ne te satisfait pas. Il te prend pour un objet. Laisse-moi t'offrir un don qui te rendra supérieure à tous les objets, à tous les animaux, à tous les êtres humains ! Si tu acceptes de venir avec moi dans le royaume des Dieux, je t'offrirai l'immortalité !

ALCMENE : L'immortalité ? Mais qui vous dit que je désire l'immortalité ?

JUPITER : Qui ne désire pas triompher de la mort ?

ALCMENE : Eh bien moi ! Je ne veux pas de votre immortalité.

JUPITER : Comment ? Tu n'as jamais voulu être une déesse ?

ALCMENE : En toute vérité, non. A quoi cela pourrait-il bien me servir ?

JUPITER : Tu aurais le pouvoir absolu.

ALCMENE : Je ne veux pas le pouvoir absolu. Je ne veux pas commander. Je veux juste être aimée par mon mari, mes amis et ma famille.

JUPITER : Si tu me rejoins, tu pourras marcher sur l'eau, être dans les nuages, être aimée et révérée par tous les êtres vivants !

ALCMENE : Si je suis respectée par les hommes, en tant que femme, et non en tant que déesse, ce sera déjà une grande victoire. Et je ne veux pas aller sur l'eau ou dans les nuages. Je préfère avoir les pieds sur terre.

JUPITER : Pour être respectée par les hommes, il faut de l'argent. Tu as mis ton mari à la porte. Tu n'as plus d'argent. Si tu acceptes mon offre, tu n'auras plus besoin d'argent pour vivre. Les Immortels ne dépendent pas de l'argent. Cependant, avec moi, tu posséderas des richesses infinies ! J'ai des diamants, de l'or, de l'argent, du bronze, j'ai tous les bijoux qu'une femme peut espérer avoir !

ALCMENE : Ma liberté est ma seule richesse. Et je ne la céderai pour rien au monde.

JUPITER : En étant immortelle, tu conserveras ta beauté éternellement. Tu ne connaîtras ni la maladie, ni la souffrance, ni la vieillesse.

ALCMENE : Comment éprouverai-je du plaisir si je ne connais plus la douleur ? Si je ne connais plus que le plaisir, je ne saurai plus faire la différence entre la souffrance et le bonheur. Je ne ressentirai plus rien. Et si un ami souffre ou meurt, je serai alors incapable de compassion.

JUPITER : Tu ne connaîtras plus la faim ni la soif. Tu n'auras plus besoin de te nourrir et de te désaltérer ! Tu seras immortelle !

ALCMENE : Mais cela me priverait du plaisir de manger ! On ne mange donc rien dans le royaume des dieux ?

JUPITER : Si bien sûr ! Tous les jours, nous buvons de l'ambroisie !

ALCMENE : Tous les jours ?

JUPITER : Et pour l'éternité !

ALCMENE : Rien d'autre ?

JUPITER : L'ambroisie est la boisson des dieux !

ALCMENE : Mais je ne veux pas passer l'éternité à boire toujours la même boisson, et rien d'autre ! Cela me priverait d'un nombre infini de plaisirs gastronomiques : c'est un tel plaisir de goûter des mets variés ! Connaissez-vous le goût sucré de la clémentine ? C'est un fruit rond comme une planète. Sa peau est flamboyante comme le soleil. Sa texture granuleuse donne l'impression d'être en vacances et son odeur nous rappelle notre si belle enfance. Quand je commence à la déguster, mes papilles pétillent comme un verre de champagne.

JUPITER : Cela n'est rien comparé à l'ambroisie.

ALCMENE : Et les dieux savent-ils faire un tiramisu ?

JUPITER : Qu'est-ce que c'est ?

ALCMENE : Le tiramisu, c'est comme un pays de glace recouvert d'un ciel de cacao. La crème est comme un sable mouvant dans lequel on a envie de s'enfoncer profondément. Et le goût du café nous transporte dans un champ aux senteurs tropicales ! Me priver d'un tel bonheur serait pire que la mort !

JUPITER : La vie éternelle ne t'intéresse pas ?

ALCMENE : La vie éternelle que vous me proposez, Jupiter, est celle d'un vulgaire caillou : sans passion, sans plaisir, sans but. Un caillou ne meurt pas. Mais il ne vit pas non plus.

JUPITER : Tu ne crains pas la mort ?

ALCMENE : Mais la mort, c'est ce qui pousse les vivants à donner un sens à leur existence ! Sans la mort, les humains ne chercheraient pas à s'entraider, à progresser, et à s'aimer.

JUPITER : Pourtant les hommes se font la guerre.

ALCMENE : C'est parce qu'ils oublient qu'ils vont mourir un jour. La pire des barbarie, c'est de se croire immortel. La mort fait partie du cycle de la vie. Nul ne peut y échapper. C'est mon destin. Et je ne veux pas le trahir en acceptant l'immortalité. Je veux rester fidèle à mon destin, à ma vie, et au genre humain. Je suis solidaire des êtres vivants et de ma planète.

JUPITER : Tu dis non à l'immortalité ?

ALCMENE : Je dis oui à la vie. Pourquoi me regardes-tu ainsi ?

JUPITER : Je ne comprends pas. N'importe qui aurait accepté mon offre.

ALCMENE : Je ne suis pas n'importe qui. Je suis Alcmène, épouse d'Amphitryon.

JUPITER : Tu es la première personne qui voit que la vie et la mort sont une chance pour les humains.

 

ACTE III, scène 3 : tous les acteurs. Les filles d'un côté et les garçons de l'autre. Alcmène et Amphitryon sont au centre.

 

AMPHITRYON : Ma chère épouse, nous devons parler.

ALCMENE : Je t'écoute.

AMPHITRYON : Faisons la paix. Nous ne pouvons nous faire la guerre éternellement. Les hommes deviennent fous sans les femmes. Ils sont de plus en plus violents. Si la situation perdure, c'est tout notre pays qui est en danger.

ALCMENE : Que proposes-tu en échange de la paix ?

AMPHITRYON : Quelles sont tes conditions ?

ALCMENE : Mes conditions sont celles qui furent votées par l'assemblée des femmes ici présentes : nous exigeons l'égalité salariale, l'égale répartition des tâches ménagères, et la fin des violences conjugales !

AMPHITRYON : Ce que tu demandes là ne peut être réalisé en un seul jour.

ALCMENE : J'en ai conscience. Mais c'est à ce prix que nous retrouverons l'harmonie, la paix et la justice dans notre pays. Rejoins mon combat, Amphitryon. C'est aussi le combat des hommes, s'ils veulent vivre libres. Hommes, femmes, ensemble, rejoignons nos forces pour donner un monde meilleur à nos enfants !

Cris de joie. Tout le monde fait la fête.

 

FIN 

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