Harlem Story création originale des 3eD

Publié le par Professeur L

Comédie musicale Harlem Story Fight For Freedom

Année scolaire 2011-2012

Texte de la comédie musicale écrit (et joué) par la classe de 3eD

Spectacle représenté le 31 mai et 1er juin 2012 à la Salle Art et Culture de Saint Leu d'Esserent

Création originale des élèves de 3eD

et de la Chorale du collège Jules Vallès

En partenariat avec l'Ecole de Musique de Saint Leu d'Esserent

Et la Compagnie des Lucioles de Compiègne


HARLEM STORY

Fight For Freedom


ACTE I


Chorale : « Eye Of The Tiger » (Rocky Balboa)



Scène 1 : la scène se passe dans la salle d'entraînement de boxe. Blacksad, le détective, entre sur scène pour interroger le frère de la victime qui s'entraîne avec ses amis.


BLACKSAD (à Tareq) : Bonjour. Je cherche Mohammed.

TAREQ : Qu'est-ce que tu lui veux, mon frère ?

BLACKSAD : Tu n'es pas mon frère, et tu n'as pas répondu à ma question.

TAREQ : Pour qui tu te prends ?

BLACKSAD : J'ai besoin de parler à Mohammed à propos de la mort de son frère.

TAREQ : Suis-moi. Ils se dirigent vers Mohammed qui fait de l'exercice.

TAREQ : Mohammed ! Cet homme veut te parler...au sujet de ton frère.

MOHAMMED (se retourne) : Mon frère est mort. Il n'y a plus rien à en dire.

BLACKSAD : Vous ne voulez pas savoir dans quelles circonstances votre propre frère a été tué ? Il est vrai que la police a conclu à un suicide. Mais savez-vous pourquoi il s'est suicidé ?

MOHAMMED : Il n'y a pas de suicide qui tienne. Jimmy était mon frère. Il était boxeur. Jamais il ne se serait suicidé. Il connaissait le sens des mots « combat » et « courage ».

BLACKSAD : Vous voulez dire qu'il s'agit d'un meurtre ?

BRAHIM : Bien sûr qu'il s'agit d'un meurtre ! Dans le pays où nous vivons, les Noirs sont persécutés !

BLACKSAD : Qui aurait pu en vouloir à votre frère ? Avait-il des ennemis ?

OMAR : Il avait certainement des ennuis avec sa copine.

BLACKSAD : C'était une femme mariée ?

YANIS : C'était une femme blanche.

BLACKSAD : Et alors ? Je ne vois pas où est le problème.

SAÏD : Le problème, c'est qu'en Amérique, les mariages mixtes sont interdits.

BLACKSAD : En Amérique, on est tous libres !

MOHAMMED : En Amérique, on est libre, à condition d'être blanc, et d'avoir de l'argent !

TAREQ : Quand on est noir, on ne peut pas aller où l'on veut.

BRAHIM : On ne peut pas travailler où l'on veut, dans n'importe quelle entreprise !

BLACKSAD : Nous sommes le pays de la libre entreprise. Il y a des emplois, la possibilité de s'enrichir et d'évoluer ! YANIS : Vous nous demandez d'évoluer, alors que vous, les Blancs, vous nous avez appris à nous détester nous-mêmes, comme si nous étions une race inférieure.

SAÏD : Mais ce temps est révolu !

OMAR : Nous sommes noirs et fiers de l'être !

BRAHIM : Nous sommes la couleur de l'or !

TOUS : Yeah !

MOHAMMED : Je crois que vous avez compris que vous n'êtes pas le bienvenu ici.

TAREQ : Si vous n'avez pas envie de mourir brûlé, ne remettez pas les pieds ici.

BLACKSAD : C'est une menace ?

MOHAMMED : C'est un conseil que vous feriez bien de suivre !



Chorale : Dans l’église de Harlem.



Scène 2 : Blacksad rencontre la sœur de Jimmy, Sarah, à l'église.


SARAH : Blacksad, vous ici ? Je pensais que vous n'étiez pas croyant.

BLACKSAD : Je ne suis pas ici pour prier, mais pour résoudre une affaire. Une affaire qui vous tient à cœur, puisqu'il s'agit de la mort de votre frère. Je suis allé voir Mohammed, et il est convaincu que Jimmy ne s'est pas suicidé.

SARAH : Et que vous a-t-il dit exactement ? Il ne vous a pas encore parlé de ces absurdités concernant Jessie ? BLACKSAD : Jessie ? Qui est-ce ?

SARAH : Jessie se trouve être la copine de Jimmy. Mohammed ne l'appréciait pas du tout, et n'approuvait pas leur relation.

BLACKSAD : Pour quelle raison à votre avis ?

SARAH : Parce qu'elle est blanche, et Mohammed veut l'unité des Noirs contre les Blancs.

BLACKSAD : N'y a-t-il pas d'autres raisons ?

SARAH : Que voulez-vous dire ?

BLACKSAD : Je pense que le racisme n'est qu'un prétexte. Derrière, il y a peut-être tout simplement de la jalousie. Croyez-vous que votre frère aurait été capable d'assassiner Jimmy par jalousie ?

SARAH : Vous ne croyez pas ce que vous dites, j'espère ! Mohammed n'aurait jamais pu assassiner son propre frère ! Dans l'Islam, il est interdit de tuer, surtout son frère !

BLACKSAD : Pourtant, Mohammed a la haine.

SARAH : Ce sont les idées de Malcom X qui lui montent à la tête.

BLACKSAD : Et vous, vous n'adhérez pas aux idées de Malcom X ?

SARAH : Non, moi, je défends plutôt les idées de Martin Luther King. Je suis pour la non-violence. La violence ne sert à rien. La violence engendre la violence. Mais je ne suis pas pour la ségrégation. Je suis contre, car elle est anti-constitutionnelle.

BLACKSAD : Oui, mais c'est la loi.

SARAH : Les Noirs et les Blancs ne peuvent pas vivre séparément. On a besoin les uns des autres. Cette ségrégation est injuste, car elle nous rabaisse et nous maintient dans la misère.

BLACKSAD : J'admire votre combativité, Sarah. Je ne sais pas si la ségrégation disparaîtra un jour, mais ce que je sais, c'est qu'on a besoin de gens comme vous, de personnes capables de résister avec dignité, pour avancer.



Chorale : « We Shall Overcome ».



Scène 3 : Blacksad rencontre le père de Jimmy qui assiste à l'entraînement de son second fils, Mohammed, dans la salle de boxe.


OMAR : Qu'est-ce que tu fais là ?

YANIS : Notre blanc-bec n'a pas compris le message, je crois.

TAREQ : Tu as intérêt à quitter la salle immédiatement, si tu ne veux pas avoir d'ennuis.

MOHAMMED : Occupez-vous de lui, les gars. Les camarades de Mohammed se rapprochent et entourent Blacksad. A ce moment-là, le père de Jimmy et de Mohammed intervient.

LE PERE : Non ! Laissez-le ! C'est moi qui lui ai demandé de venir.

MOHAMMED : Depuis quand fais-tu venir des Blancs dans notre salle de boxe ?

LE PERE : Depuis quand demandes-tu à ton propre père de se justifier ? M. Blacksad est là pour nous aider, pour retrouver le meurtrier de ton frère. Venez avec moi, M. Blacksad, nous allons discuter. Les jeunes retournent s'entraîner. BLACKSAD : Votre second fils n'est pas très hospitalier.

LE PERE : Depuis que les idées de Malcom X lui sont montées à la tête, mon fils a totalement changé. Je ne le reconnais plus.

BLACKSAD : Je sais. Sarah, votre fille, m'a déjà tout expliqué.

LE PERE : Je ne contrôle plus mon fils. Il a la haine.

BLACKSAD : C'est normal d'avoir la haine quand on vient de perdre son frère. Peut-être qu'il cache sa tristesse derrière le masque de la haine.

LE PERE : C'est vrai, mais je ne pense pas que le racisme soit la solution à nos problèmes. Le racisme n'est jamais une solution. C'est LE problème.

BLACKSAD : Et quel est le problème de Mohammed ?

LE PERE : Mohammed a oublié. Comme tout le monde dans ce pays, d'ailleurs.

BLACKSAD : Qu'avons-nous oublié ?

LE PERE : Tout le monde a oublié l'horreur des combats, et tout ce qui s'est passé pendant la guerre.

BLACKSAD : Vous avez fait la Seconde Guerre mondiale ?

LE PERE : Oui. J'ai combattu les nazis. J'ai vu ce qu'ils ont fait. Les camps de concentration. Buchenwald. Et je n'ai pas oublié. Je refuse d'oublier. C'est en oubliant que l'on risque de commettre à nouveau les mêmes erreurs.

BLACKSAD : En oubliant, on peut avancer. On ne peut pas toujours vivre dans le passé.

LE PERE : Si on oublie, à quoi ont servi tous ces sacrifices ? Les vrais bourreaux sont ceux qui oublient.


FLASH-BACK : Un chœur de 7 déportés témoigne de la résistance dans les camps nazis. (d'après un extrait de Si c'est un homme de Primo Levi) (ils sont alignés de la façon suivante : 2, 3, 4, 1, 5, 6, 7)


DEPORTE 1 : Pourquoi ne te laves-tu pas ?

DEPORTE 2 : Pourquoi devrais-je me laver ?

DEPORTE 3 : Est-ce que par hasard je m'en trouverais mieux ?

DEPORTE 4 : Est-ce que je plairais davantage à quelqu'un ?

DEPORTE 5 : Est-ce que je vivrais un jour, une heure de plus ?

DEPORTE 6 : Mais pas du tout, je vivrais moins longtemps parce que se laver représente un effort, une dépense inutile de chaleur et d'énergie.

DEPORTE 7 : Est-ce que par hasard vous auriez oublié qu'au bout d'une demi-heure passée à décharger des sacs de charbon, il n'y aura plus aucune différence entre vous et moi ?

DEPORTE 2 : Plus j'y pense et plus je me dis que se laver la figure dans des conditions pareilles est une activité absurde, sinon frivole.

DEPORTE 3 : Une habitude machinale.

DEPORTE 4 : La lugubre répétition d'un rite révolu.

DEPORTE 5 : Nous mourrons tous !

DEPORTE 6 : Nous allons mourir bientôt.

DEPORTE 7 : S'il me reste dix minutes entre le lever et le travail, j'ai mieux à faire, je veux rentrer en moi-même. DEPORTE 6 : Faire le point.

DEPORTE 5 : Ou regarder le ciel.

DEPORTE 4 : Et me dire que je le vois peut-être pour la dernière fois.

DEPORTE 3 : Ou même, simplement, me laisser vivre.

DEPORTE 2 : M'accorder le luxe d'un minuscule moment de loisir.

TOUS : Non !

DEPORTE 1 : C'est justement parce que le camp est une monstrueuse machine à fabriquer des bêtes, que nous ne devons pas devenir des bêtes ; puisque même ici il est possible de survivre, nous devons vouloir survivre,

DEPORTE 3 : Pour raconter

DEPORTE 5 : Pour témoigner

TOUS : Et pour vivre !

DEPORTE 1 : Il est important de sauver au moins l'ossature, la charpente, la forme de la civilisation.

DEPORTE 2 : Nous sommes des esclaves

DEPORTE 3 : Privés de tout droit

DEPORTE 4 : En butte à toutes les humiliations

DEPORTE 5 : Voués à une mort presque certaine

DEPORTE 1 : Mais il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre avec acharnement parce que c'est la dernière :

TOUS : Refuser notre consentement.

DEPORTE 6 : Aussi est-ce pour nous un devoir envers nous-mêmes que de nous laver le visage sans savon, dans de l'eau sale, et de nous essuyer avec notre veste.

TOUS : Un devoir

DEPORTE 7 : De cirer nos souliers

DEPORTE 2 : Non certes parce que c'est écrit dans le règlement

DEPORTE 1 : Mais par dignité et par propriété.

TOUS : Un devoir

DEPORTE 3 : De nous tenir droits

DEPORTE 4 : Et de ne pas traîner nos sabots

DEPORTE 5 : Non pas pour rendre hommage à la discipline prussienne

DEPORTE 1 : Mais pour rester vivants

TOUS : Et libres dans nos cœurs !


Musique : une musique klezmer mélancolique


SLAM : Enfants de la guerre (texte de Lola et Ophélie)


Enfants de la misère Allons-nous nous en sortir ?

Allons-nous encore souffrir ?

Et rester ici pour périr ?

Je suis une feuille blanche

Sur laquelle on écrit une histoire

L'histoire d'un enfant soldat

Un enfant qui n'a pas de droits

Ce monstre, qui nous fait pleurer

C'est lui qui rend notre enfance brisée

Que la guerre soit maudite

Maudite comme le mal que l'on subit

Maudite comme le manque de nos familles

La peur a envahi nos cœurs

Nous sommes loin du bonheur, des rires de nos sœurs

Affamés et drogués

Nous perdons peu à peu pied

La guerre n'a pas de barrière

Mes frères sont tous à terre

Nous attendons la paix

En espérant le respect.




ACTE II


Scène 1 : Blacksad rencontre Jessie, l'ancienne petite amie de Jimmy dans un bar. Ambiance joviale de bar avec ambiance musicale. Danses, jeux de carte…


Blacksad (à une serveuse) : Bonjour, je cherche une certaine Jessie. Est-ce que vous sauriez où la trouver ?

Jessie : C'est moi ! Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?

Blacksad : Je m'appelle Blacksad, je suis le détective qui enquête sur la mort de Jimmy.

Jessie : Qui vous envoie ?

Blacksad : J'ai été engagé par le père de Jimmy. Je sais que vous êtes très touchée par sa mort soudaine...Comment allez-vous depuis la disparition de Jimmy ?

Jessie : J'ai encore du mal à me dire qu'il n'est plus là. Il était si jeune, si beau, si grand ! Ses yeux étaient noirs, profonds et vastes comme la nuit. J'aimais ses cheveux, sa peau, son corps tout entier. Mais ce que je préférais chez lui, c'était ses lèvres fines. Il avait la mâchoire un peu carrée, mais je trouvais ça si séduisant ! Et son corps était musclé, si musclé que me sentais en permanence protégée. Oui, Jimmy était très protecteur.

Blacksad : Pourriez-vous me dire comment vous vous êtes rencontrés ?

Jessie : Ma rencontre avec Jimmy a été assez improbable.

Blacksad : Racontez-moi tout. Je vous écoute.

Jessie : Ce soir-là, je ne l'oublierai jamais. C'était un samedi soir. Mon père avait des places pour un match de boxe. Ce n'est pas un sport que j'apprécie particulièrement, mais je n'avais pas le choix. Je devais accompagner mon père. Un point c'est tout. Nous nous rendions donc dans une grande salle. C'était un grand match. Jimmy devait affronter un grand boxeur de Boston. Au début, je n'aimais pas ces boxeurs qui se frappent tout le temps. De plus, je dois dire qu'au début je les trouvais vraiment effrayants. Ainsi, la première fois que j'ai vu Jimmy dégoulinant de sueur, j'étais un peu dégoûtée, mais en voyant ses muscles saillants, j'étais impressionnée. Il dégageait un tel charisme ! Au fur et à mesure que je le regardais, je devenais fascinée. Fascinée par sa musculature, par sa prestance, et par la sueur qui coulait sur son corps noir et luisant...J'étais en extase devant cet Apollon civilisé.

Blacksad : Vous vous êtes rencontrés tout de suite après le match ?

Jessie : Non. Après la victoire de Jimmy contre le joueur de Boston, je rentrais chez moi, bien sagement. Mais la semaine qui suivit, je ne cessais de penser à lui. Je le voyais dans mes rêves, dans mes pensées. Mais je ne le connaissais pas encore.

Blacksad : Comment avez-vous fait pour retrouver sa trace ?

Jessie : Je n'ai rien fait. C'est le destin qui nous a poussés l'un vers l'autre.

Blacksad : Que voulez-vous dire ?

Jessie : Un matin, alors que je me baladais dans Central Park, je vis Jimmy qui faisait son footing. En l'observant de loin, je ne regardai plus le chemin devant moi, et une racine me fit tomber. C'est alors qu'en relevant la tête, je le vis là, près de moi. Il me tendit la main pour m'aider à me remettre debout. Nos regards se sont croisés. Mes yeux bleus dans ses yeux noirs. Son visage était d'une pureté absolue, et son regard, d'une douceur exquise. C'est à ce moment-là que nous avons commencé à faire connaissance. J'étais tout de suite attirée par lui. C'était un homme doux et attentif. Je suis littéralement tombée sous son charme. Et apparemment cette attirance était réciproque. A croire que j'avais le don pour faire fondre ce genre d'homme.

Blacksad : Quel genre d'hommes ?

Jessie : Le genre d'homme que je ne peux pas fréquenter, à cause de leur couleur de peau. Vous voulez connaître la suite ?

Blacksad : Allez-y.

Jessie : Les jours qui ont suivi, nous nous sommes donné rendez-vous dans ce parc.

Blacksad : Comment avez-vous fait pour vous donner rendez-vous, sans que personne ne le sache ?

Jessie : Je m'étais rendue discrètement dans son vestiaire et j'avais glissé un mot dans ses affaires.

Blacksad : Qu'y avait-il d'écrit sur ce bout de papier ?

Jessie : Je vous trouve bien curieux.

Blacksad : Je ne fais rien d'autre que mon métier. Pour avancer dans cette affaire, j'ai besoin de tous les détails. Jessie : Bien sûr... « Fort est l'homme de feu qui a su faire battre mon cœur. »

Blacksad : Pardon ?

Jessie : C'est ce que j'avais écrit. Suivi de l'heure et de l'endroit du rendez-vous bien sûr.

Blacksad : Vous avez passé la journée dans le parc ?

Jessie : Nous discutions ensemble des heures et des heures. Et, un soir, alors qu'il se proposait de me raccompagner chez moi, il y eut un premier baiser. Nous nous sommes embrassés avec délicatesse et amour. Quand sa langue a frôlé la mienne, je me suis sentie comme au pays des merveilles. J'avais l'impression d'être dans un autre monde. Une autre dimension. Un univers fantasmagorique. J'avais l'impression d'avoir des papillons dans le ventre. Mon cœur battait très vite. Une vague de bonheur, de joie et d'excitation m'envahissait. C'était comme une renaissance. Je me sentais légère, aimée, et surtout en sécurité dans ses bras, quoi qu'il arrive. Dès lors, je ne me suis sentie vivre qu'à travers lui. Je sentais en moi une intense chaleur, comme une brindille allumée par un brasier immense. Il était la flamme ardente qui brûlait mon âme et mon corps tout entier. Autour de nous plus rien n'existait. Nous étions sur une île imaginaire. Une douce brise me caressait le visage. Seul le parc luxuriant et verdoyant fêtait notre amour. Un parc effleuré par la pluie, provenant du plus profond du crépuscule.

Blacksad : Vous avez vécu une véritable passion amoureuse.

Jessie : C'était un amour fusionnel, magique, mystique.

Blacksad : Le genre d'amour qui peut nous pousser à commettre l'irréparable.

Jessie : Que voulez-vous dire ?

Blacksad : On n'imagine pas jusqu'où les amants sont capables d'aller par amour. Jessie : Vous faîtes fausse route. Je l'aimais et il n'aimait que moi. Il n'y avait pas de rivale. Je lui appartenais, mais il ne m'appartenait pas. Notre histoire était trop belle, et Jimmy était trop vaillant pour abdiquer face à l'adversité, pour se soumettre à la volonté de sa famille, ou à celle de mon père. Il ne peut pas s'être suicidé.

Blacksad : Sa couleur de peau ne vous a jamais gênée ? Jessie : Je l'adorais.

Blacksad : N'avez-vous jamais ressenti une honte quelconque face à cette relation que beaucoup jugerait contre-nature ? Une femme blanche qui sort avec un Noir, on ne voit pas ça tous les jours !

Jessie : Vous vous trompez. Le fait qu'il soit noir ne me dérangeait pas. Bien au contraire. C'était un amour improbable, impossible, dangereux et passionnel à la fois. La différence de couleur ne m'a jamais posé de problème. Mais ce n'est pas du tout l'éducation que j'ai reçue tout au long de mon enfance.

Blacksad : Cela dérangeait vos familles respectives.

Jessie : Son frère me détestait.

Blacksad : Et votre père, qu'en pensait-il exactement ?

Jessie : Il m'interdisait de le voir. J'avais l'impression d'être Raiponce enfermée dans sa tour. Mais je faisais tout pour sortir en cachette et rejoindre Jimmy, ne serait-ce que pour faire enrager mon père. De toute manière, mon père n'avait rien à dire. Tous ses propos racistes et sa discrimination envers les personnes de couleurs m’écœurent au plus haut point.

Blacksad : Quel métier exerce votre père ?

Jessie : Il est lieutenant de police...Vous ne croyez tout de même pas que mon père est impliqué dans cette affaire ? Blacksad : Je n'écarte aucune piste.

Jessie : Peut-être, mais je ne peux pas l'imaginer. C'est mon père ! Il ne ferait jamais une chose pareille ! Vous savez, Jimmy avait beaucoup de rivaux dans le monde de la boxe.

Blacksad : J'irai mener mon enquête là-bas aussi. En attendant, je vous remercie pour le temps que vous m'avez consacré. Je vous promets de faire tout mon possible pour éclaircir cette affaire et retrouver le meurtrier.

Jessie : De toute façon, plus rien ne pourra faire revenir mon Jimmy. C'était mon premier véritable amour. Mon seul et unique amour. Et depuis qu'il est parti, je ne ressens plus rien. C'est comme si on avait percé un trou béant dans ma poitrine. Jimmy est mort, et d'une certaine façon, je le suis aussi avec lui. Il était ma joie, mon bonheur, ma vie. Blacksad : Ne perdez pas espoir, Jessie. Ne perdez pas espoir.



Chorale: “Dans la chapelle de Harlem”



Scène 2 : Blacksad rencontre l'ancien entraîneur de Jimmy dans la salle de boxe. Plusieurs sportifs s'entraînent pendant qu'ils discutent. BLACKSAD demande à un sportif de lui indiquer où se trouve l'entraîneur. Le sportif le lui montre du doigt. Blacksad se dirige vers l'entraîneur.


BLACKSAD : Excusez-moi. Auriez-vous quelques minutes à me consacrer ?

ENTRAINEUR : Faut voir. C'est à quel sujet ?

BLACKSAD : C'est au sujet de l'un de vos anciens boxeurs. Jimmy.

ENTRAINEUR : J'ai déjà dit tout ce que je savais à la police.

BLACKSAD : Vous croyez sérieusement à la thèse du suicide ?

ENTRAINEUR : Tout ce que je sais, c'est que de toute façon, Jimmy n'avait plus beaucoup de temps à vivre. BLACKSAD : Pour vous, il s'agit donc bien d'un meurtre.

ENTRAINEUR : Je n'ai pas dit ça. Mais Jimmy s'était mis à dos beaucoup de monde. Son frère ne lui parlait plus depuis qu'il sortait avec une Blanche. Son père était contre cette relation.

BLACKSAD : Et vous ? Qu'en pensiez-vous ?

ENTRAINEUR : Depuis qu'il sortait avec cette fille, Jimmy n'était plus le même. Il était moins dur, moins violent. Il disait même qu'il voulait arrêter la boxe et faire des études. Il déraillait complètement. Avant de mourir, tout le monde l'avait laissé tomber.

BLACKSAD : Pour vous il s'est donc suicidé ?

ENTRAINEUR : Vous ne savez pas tout.

BLACKSAD : C'est la raison de ma présence ici. Dites-moi tout ce que vous savez.

ENTRAINEUR : Si je vous révèle ce que je sais, je risque gros dans l'affaire, et ma vie sera menacée.

BLACKSAD : Menacée par qui ?

ENTRAINEUR : Par la mafia.

BLACKSAD : La mafia ? Quel est le rapport avec Jimmy ?

ENTRAINEUR : On voit bien que vous n'êtes pas du quartier, vous.

BLACKSAD : C'est exact. C'est pourquoi j'ai besoin de toutes les informations, pour être sûr de bien comprendre. ENTRAINEUR : Lors du dernier match, Jimmy devait affronter un Italien. La mafia était venue le voir pour lui faire comprendre qu'il devait perdre ce match, s'il voulait continuer à vivre et faire des études à la fac.

BLACKSAD : Je crois que je commence à comprendre.

ENTRAINEUR : Si vous aviez connu Jimmy, vous auriez su qu'il n'était pas sensible à ce genre de menaces. Bien au contraire ! Jimmy était un homme libre, qui refusait toutes les injustices. Personne ne pouvait lui dicter sa conduite, surtout sur le ring !

BLACKSAD : Il a donc tout fait pour gagner.

ENTRAINEUR : Et il a gagné ! Vous auriez dû le voir affronter son adversaire ! On aurait dit un lion !

BLACKSAD : On n'a jamais vu un lion se suicider.

ENTRAINEUR : Je vous ai dit tout ce que je savais. A présent, si vous voulez bien me laisser, mes boxeurs ont besoin de moi.

BLACKSAD : Avant de partir, j'aurais une dernière question à vous poser.

ENTRAINEUR : Faites vite.

BLACKSAD : Pourquoi continuer d'entraîner des jeunes à la boxe dans ce quartier puisque la mafia truque les matchs ?

ENTRAINEUR : La boxe permet à tous ces jeunes de canaliser leur violence, d'apprendre la discipline et le goût de l'effort. Cette soif de liberté et de dignité, jamais aucune mafia ne pourra nous l'enlever.



Chorale : « Beat It » de Michael Jackson.



Scène 3 : Blacksad rencontre le père de Jessie, M. Karup.


BLACKSAD : Bonsoir Monsieur KARUP.

KARUP : A qui ai-je l'honneur ?

BLACKSAD : John Blacksad, détective privé.

KARUP : Depuis quand les détectives privés enquêtent-ils sur des officiers de police ?

BLACKSAD : J'enquête sur la mort d'un boxeur noir, Jimmy. J'ai cru comprendre que vous le connaissiez.

KARUP : Ce Jimmy s'est suicidé. Nous avons déjà enquêté là-dessus. Affaire classée.

BLACKSAD : Ce n'est pas ce que pense l'entourage de Jimmy. Tout le monde pense qu'il s'agit d'un meurtre déguisé en suicide.

KARUP : Il est toujours difficile d'admettre que l'un des siens s'est suicidé.

BLACKSAD : Ce « suicide » n'a pas l'air de vous toucher. Pourtant, Jimmy était un proche...

KARUP : Que voulez-vous dire ?

BLACKSAD : Vous savez très bien ce que je veux dire. Jimmy était le petit ami de votre fille, Jessy.

KARUP : Vous êtes bien renseigné.

BLACKSAD : Je fais mon job. Votre fille m'a appris que vous n'acceptiez pas cette relation.

KARUP : Jessie mérite mieux qu'un Noir des cités.

BLACKSAD : Vous ne vouliez pas que Jessie vive une aventure avec un Noir.

KARUP : Je sais ce que vous pensez. Mais ce n'est pas ce que vous croyez. BLACKSAD : Que suis-je censé penser ? KARUP : Vous pensez que je suis raciste.

BLACKSAD : Je ne suis pas là pour vous juger. Seulement pour trouver la vérité.

KARUP : Jessie est une fille qui a besoin d'être protégée. Je ne voulais pas qu'elle passe son temps dans des quartiers violents comme à Harlem.

BLACKSAD : C'est très louable de votre part. Mais Jessie et Jimmy se voyaient surtout dans Central Park, bien loin des quartiers chauds.

KARUP : Avez-vous des enfants, Monsieur Blacksad ?

BLACKSAD : Non. Je n'ai pas cette chance.

KARUP : Dans ce cas, vous ne pouvez pas comprendre. Ce que je veux avant tout, c'est le bonheur de ma fille. Je veux qu'elle soit heureuse. Et en sécurité.

BLACKSAD : En quoi Jimmy menaçait-il son bonheur et sa sécurité ?

KARUP : Jimmy était un boxeur noir de Harlem. Cela suffit pour menacer la sécurité d'une jeune femme blanche. Il fréquentait des endroits louches et des personnes dangereuses.

BLACKSAD : Vous n'avez pas essayé de comprendre les sentiments de votre fille ?

KARUP : Si. Au début, j'ai essayé. J'ai essayé de ne pas voir en Jimmy un Noir. J'ai essayé de l'individualiser. BLACKSAD : Pourquoi ne pas l'avoir accepté alors ?

KARUP : Il y avait ces émeutes de Noirs dans tout le pays. Et ce fanatique de Malcom X qui veut renverser le pouvoir au profit de sa communauté. Cela devient dangereux pour un couple mixte de s'aimer.

BLACKSAD : Mais de plus en plus de Blancs et de Noirs vivent en couple. Ce n'est pas en les empêchant de vivre ensemble que l'on va améliorer la sécurité du pays.

KARUP : Je ne voulais pas que Jessie souffre du regard des autres. Je ne voulais pas qu'elle soit victime du racisme des Blancs et du rejet des Noirs.

BLACKSAD : Un jour viendra où les Noirs et les Blancs vivront ensemble. Ce jour-là, les regards des uns et des autres auront changé.

KARUP : Vous êtes un utopiste, Monsieur BLACKSAD.

BLACKSAD : Parfois, ce sont les rêves qui permettent d'avancer.

KARUP : Le rêve de Jessie et Jimmy, c'était de vivre à Harlem pour aider les gens du quartier à s'en sortir. Comme si l'on pouvait attendre des progrès de la part des délinquants !

BLACKSAD : Et c'est une balle de revolver qui a brisé ce rêve.

KARUP : Peut-être que c'est mieux ainsi.

BLACKSAD : Votre fille est désespérée.

KARUP : Elle s'en remettra.

BLACKSAD : A la seule condition de retrouver le meurtrier.

KARUP : Parfois Monsieur Blacksad, il est bon de ne pas trop remuer le passé.

BLACKSAD : Votre fille a besoin de connaître le passé pour construire l'avenir. Son avenir.



Chorale : « Jimmy je ne suis pas noir » (d’après « Armstrong je ne suis pas noir » de Nougaro)





ACTE III



Scène 1 : Dans le bar Blacksad rencontre Weekly, un ami journaliste, qui lui donne des informations précieuses sur l'affaire. Blacksad cogite en vidant des verres de whisky.


BLACKSAD (sur la musique de Mannish Boy de Muddy Waters) : Un frère musulman qui n'accepte pas les Blancs, un père blanc qui n'accepte pas les Noirs, la mafia qui avait des comptes à régler...Ce Jimmy avait trop d'ennemis. Mais qui avait le plus intérêt à le voir disparaître ?

WEEKLY : Salut Blacksad ! Alors cette enquête ? Ça avance ?

BLACKSAD : J'en suis au point mort. Je suis à peu près convaincu que Jimmy ne s'est pas suicidé, mais je n'ai que des soupçons. Aucune preuve.

WEEKLY : Dans ce cas, l'ami Weekly a bien fait de venir. Tiens, regarde. (il lui tend un rapport)

BLACKSAD (lit le rapport) : D' après tes informations...

WEEKLY : L'arme trouvée aux pieds de Jimmy ne correspond pas à la balle qui l'a tué !

BLACKSAD : La balle utilisée semble provenir d'un Colt M1911...

WEEKLY : Que seule la police de New York utilise !

BLACKSAD : Mais alors, il ne peut y avoir qu'un seul coupable !



Scène 2 : Blacksad, Sarah, Jessie, Michelle (copine de Yanis), Tina (copine d'Omar), Naomie (copine de Brahim) , Mohammed, Yanis, Tareq, Saïd, Brahim, Omar, Karup. Tout le monde est réuni dans la salle de boxe pour entendre la révélation de Blacksad qui vient de découvrir l'identité du meurtrier. Tout ce petit monde bavarde, inquiet.


KARUP : Pourquoi nous avoir fait venir ici ? Il est tard. Personne ne vient s'entraîner à cette heure de la nuit.

SARAH : Avez-vous quelque chose d'important à nous dire, Monsieur Blacksad ?

BLACKSAD : Je sais qui a tué Jimmy.

MOHAMMED : Nous vous écoutons.

BLACKSAD : Celui qui a commis le meurtre a utilisé un Colt M1911.

JESSIE : Et alors ? Qu'en déduisez-vous ?

KARUP : N'importe qui aurait pu utiliser une telle arme. Tout le monde possède un revolver.

BLACKSAD : Pas ce genre d'arme, Monsieur le Commissaire. Vous le savez même mieux que tout le monde.

JESSIE : Que veut-il dire, papa ?

KARUP : Qu'insinuez-vous ? Expliquez-vous, que l'on comprenne où vous voulez en venir.

BLACKSAD : Le Colt M1911 est une arme que seule la police de New York est autorisée à utiliser. Dites-moi Karup, pourquoi avoir prétendu que vous travailliez le soir où Jimmy a été tué, alors que personne ne vous a vu au commissariat ?

JESSIE : Réponds papa ! Dis quelque chose ! Explique-lui ce que tu faisais ce soir-là !

KARUP, après un silence : Il a raison. Mais je ne voulais pas le tuer ! C'était un accident !

MOHAMMED : Attrapez-le !

Karup tente de s'enfuir, mais il est rapidement maîtrisé par la bande de Mohammed. (le coupable et les poursuivants quittent la scène et vont jusqu'au bout de la salle, au milieu du public)

KARUP : Lâchez-moi ! Jessie, il faut que tu me comprennes ! Je ne voulais pas en arriver là ! C'était un accident ? Je... MOHAMMED : Tais-toi ! Tu vas payer pour ce que tu as fait !

BRAHIM : Sale raciste ! Tu me dégoûtes !

OMAR : Tuons-le !

SAÏD : Pendons-le !

MOHAMMED : Après ce que tu as fait, tu ne mérites qu'une seule chose : la mort !

BLACKSAD : Non ! Arrêtez !

MOHAMMED : Ce chien va payer pour ce qu'il a fait à mon frère ! Monstre !

MICHELLE : Cet homme est probablement le meurtrier. Certes. Mais tuer un meurtrier, ce n'est pas faire triompher la justice. Tuer un tueur, assassiner un assassin, c'est cautionner le crime ! C'est accepter que la société soit injuste et cruelle !

BRAHIM : Écoute bébé, c'est pas une histoire de filles. Laisse les hommes régler ça.

SARAH : Vous voulez condamner un homme à mort, et en plus nous condamner au silence !

TINA : Si vous nous imposez le silence, si vous voulez assassiner cet homme dans le plus grand secret, loin du tribunal, c'est que vous reconnaissez vous-même que vous n'accomplissez pas la justice en faisant cela !

NAOMIE : Tina a raison ! Vous confondez la justice et la vengeance !

OMAR : œil pour œil, dent pour dent. C'est une règle écrite dans les livres sacrés ! C'est la loi du talion !

MICHELLE : Si tout le monde appliquait la loi du talion, nous serions nous borgnes ou aveugles.

TINA : Vous vous dites croyants, mais d'après la Bible et le Coran, il est interdit de tuer !

JESSIE : Où est-il écrit que c'était un devoir de tuer un père de famille !

BRAHIM : N'essaie même pas d'insinuer que nous sommes pareils. Tu cherches simplement à défendre ton père. Tuer un meurtrier, c'est accomplir la justice. Et Dieu est justice !

SARAH : Tu dis accomplir la parole de Dieu, mais tu ne fais que salir ses propos.

MICHELLE : Le geste de Karup est répréhensible et doit être sévèrement puni. Mais la vie est sacrée, et nul ne peut y attenter !

SAÏD : Ceux qui répandent la terreur par le sang méritent la mort !

BLACKSAD : Vous n'êtes pas des meurtriers, je le sais. Si vous le lynchez, vous serez rendus coupables de meurtre ! MOHAMMED : Tout homme doit payer pour le crime qu'il a commis !

NAOMIE : Tout homme a droit à un jugement équitable !

YANIS : Tuer un meurtrier, c'est accomplir la justice. C'est compléter le manque d'équité dans ce monde corrompu ! MICHELLE : Tuer le meurtrier n'arrête pas le crime. Le mal est déjà fait. Et en tuant le coupable, on ajoute un meurtre au meurtre ! L'assassiner reviendrait à multiplier le meurtre !

SARAH : Trop de sang a coulé.

OMAR : Mais cet homme, ce monstre, ce diable blanc a pris la vie de Jimmy !

TINA : En le tuant, vous allez devenir comme lui : des meurtriers. Vous aurez du sang sur les mains. Comme lui. Si vous le tuez, vous ne vaudrez pas mieux que lui.

MICHELLE : Et je ne souhaite pas être la petite amie d'un meurtrier.

NAOMIE : Moi non plus. Si tu assassines cet homme Brahim, tu peux me dire adieu. L'homme que j'aime est un boxeur courageux qui veut un monde meilleur. Ce n'est pas un assassin.

TAREQ : En le tuant, on l'empêche de commettre un nouveau crime, une nouvelle tuerie contre notre communauté ! YANIS : Qui vous dit qu'il ne recommencera pas ? Qui vous dit qu'il ne tuera pas encore l'un des nôtres ?

OMAR : Il mérite de mourir, un point c'est tout.

SARAH : Mais réfléchis ! En le tuant, ce n'est pas lui que tu vas punir, mais Jessy, sa propre fille !

MICHELLE : Sarah a raison. Vous ne croyez pas qu'elle a assez souffert ?

NAOMIE : Jessy a perdu Jimmy, l'amour de sa vie. Et à présent vous voulez doubler sa souffrance en supprimant son propre père, la seule famille qui lui reste ?

BRAHIM : Mais qui voudrait d'un père assassin ?

TAREQ : Qu'il meure !

MICHELLE : Vous êtes envahis par la haine ! Aveuglés par elle ! Pense à nos futurs enfants, Yanis ! Veux-tu leur offrir un monde de violence et de fureur ?

TINA : Et toi ? Omar, mon amour, je ne te reconnais plus. Ouvre les yeux ! Écoute la voix de ton cœur ! Penses-tu que notre enfant voudrait avoir un père assassin ?

SARAH : Si vous voulez le pendre, alors il faudra moi aussi me tuer.

MOHAMMED : Mais enfin Sarah que fais-tu ? Sarah prend une corde et se la met autour du cou.

SARAH : J'ai déjà perdu un frère. Je ne veux pas en perdre un deuxième sur la chaise électrique. Si tu veux tuer, alors aie le courage de tes convictions, et va jusqu'au bout. Omar, Yanis et Brahim finissent par lâcher Karup. Tareq met sa main sur l'épaule de Mohammed pour lui signifier qu'il est temps d'arrêter.

MOHAMMED : Mais cet homme m'a enlevé mon frère ! J'ai mal ! J'ai tellement mal ! Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Jimmy aimait la paix ! Il aimait la vie ! Il ne méritait pas la mort !

KARUP : J'ai fait ça pour ma fille. J'avais peur pour elle. J'ai d'abord pensé à son bonheur. Je ne voulais que son bonheur. Elle est ma raison de vivre. Je ne voulais pas la perdre.

MOHAMMED : Tu as tué mon frère. Tu mérites de mourir.

BLACKSAD : Il mérite surtout de passer le reste de ses jours avec ce poids sur la conscience. En prison, il aura le temps de penser à tout le mal qu'il a causé.

KARUP : Je suis désolé. Les mots ne peuvent exprimer ce que je ressens. Désormais, j'ai honte. Honte d'avoir commis un meurtre. Honte d'être l'homme qui a causé le malheur de ma propre fille, d'un frère et d'une sœur. Je m'en voudrai jusqu'à la fin de mes jours. Je ne mérite pas votre pardon.

JESSIE : Tu es mon père, j'apprendrai à te pardonner. Je ne peux pas te haïr. Mais je ne peux plus t'aimer. En tuant Jimmy, tu as perdu tout ce qui faisait de toi un homme bon. Tu étais un modèle pour moi. Aujourd'hui, je ne sais plus qui tu es. Le père que j'aimais a disparu. A présent, je me sens si seule. J'ai froid. Sarah se rapproche d'elle et lui donne une veste sur ses épaules pour la réconforter.

SARAH : Tu n'es pas seule, Jessie. Je serai toujours là pour t'aider, et pour avancer. Le monde n'a plus besoin de larme ni de sang. Ce que nous voulons à présent, c'est la justice, pas la vengeance. Seule la justice nous ouvrira les portes d'un monde meilleur.


Chorale : « Black Or White » de Michael Jackson.


FIN

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