Requiem pour les Poilus

Publié le par Professeur L

Niveau troisième Requiem pour les Poilus

Année scolaire 2012-2013 – Collège Jules Vallès de Saint Leu d'Esserent

Niveau troisième - séquence 2 : écrire et dire la guerre

Texte de la commémoration du 13 novembre 2012 – Requiem pour les Poilus : création originale des 3eC


Personnages : 14 soldats et 3 généraux


SOLDAT 1 : Comment décrire?

SOLDAT 2 : Quels mots prendre?

SOLDAT 3 : Tout à l'heure nous avons traversé Meaux, encore figé dans l'immobilité et le silence,

SOLDAT 4 : Meaux avec ses bateaux-lavoirs coulés dans la Marne et son pont détruit.

SOLDAT 5 : Puis nous avons pris la route de Soissons et gravi la côte qui nous élevait sur le plateau du Nord... Et alors, subitement, comme si un rideau de théâtre s'était levé devant nous, le champ de bataille nous est apparu dans toute son horreur.
TOUS : Des cadavres

SOLDAT 6 : allemands, ici, sur le bord de la route, là dans les ravins et les champs,

TOUS : des cadavres

SOLDAT 7 : noirâtres,

SOLDAT 1 : verdâtres,

SOLDAT 2 : décomposés,

SOLDAT 3 : autour desquels, sous le soleil de septembre, bourdonnent des essaims de mouches;

TOUS : des cadavres

SOLDAT 4 : d'hommes qui ont gardé des pauses étranges,

SOLDAT 5 : les genoux pliés en l'air ou le bras appuyé au talus de la tranchée;

TOUS : des cadavres

SOLDAT 6 : de chevaux, plus douloureux encore que des cadavres d'hommes, avec des entrailles répandues sur le sol;

TOUS : des cadavres

SOLDAT 7 : qu'on recouvre de chaux ou de paille, de terre ou de sable, et qu'on calcine ou qu'on enterre.

SOLDAT 1 : Une odeur effroyable,

SOLDAT 2 : une odeur de charnier, monte de toute cette pourriture.

SOLDAT 3 : Elle nous prend à la gorge, et pendant quatre heures, elle ne nous abandonnera pas.

SOLDAT 4 : Au moment où je trace ces lignes, je la sens encore éparse autour de moi, qui me fait chavirer le cœur. En vain le vent soufflant en rafales sur la plaine s'efforçait-il de balayer tout cela : il arrivait à chasser les tourbillons de fumée qui s'élevaient de tous ces tas brûlants;

SOLDAT 5 : mais il n'arrivait pas à chasser l'odeur de la mort.

SOLDAT 6 : « Champ de bataille », ai-je dit plus haut. Non, pas champ de bataille, mais champ de carnage.

SOLDAT 7 : Car les cadavres, ce n'est rien. En ce moment, j'ai déjà oublié leurs centaines de figures grimaçantes et leurs attitudes contorsionnées.

SOLDAT 1 : Mais ce que je n'oublierai jamais, c'est la ruine des choses, c'est le saccage abominable des chaumières, c'est le pillage des maisons...


SOLDAT 8 : Pourquoi la vie est-elle si cruelle ?

SOLDAT 9 : Pourquoi faire la guerre ?

SOLDAT 10 : Le froid rôde dans les tranchées. Je t'écris cette lettre avec beaucoup de mal. Le froid nous paralyse, la soupe n'a pas le temps de rester chaude car nous sommes affamés et nous avons un régime très strict.

SOLDAT 11 : Le pain est rassis et les rats pullulent et envahissent les tranchées et rongent les vêtements. Les rations sont de plus en plus rares et les permissions ne nous sont plus facilement accordées. Seuls les blessés graves quittent le front.

SOLDAT 12 : Cette guerre est si terrible, si terrifiante, si traumatisante que je rêve tellement de pouvoir te revoir, de passer rien qu'une nuit avec toi, comme au bon vieux temps !

SOLDAT 13 : Je ressentais ta tendresse, la chaleur et la douceur de ta peau.

SOLDAT 14 : L'odeur de ton parfum et les battements de ton cœur résonnant dans le creux de ma main.

SOLDAT 8 : Tu es le seul espoir qui me maintient en vie dans ce carnage abominable, plongé jour et nuit dans une obscurité totale.

SOLDAT 9 : La noirceur du temps.

SOLDAT 10 : La noirceur des armes.

SOLDAT 11 : La noirceur du champ de bataille.

TOUS : Et c'est en tuant

SOLDAT 12 : qu'on survit,

TOUS : c'est en pillant

SOLDAT 13 : qu'on s'alimente,

TOUS : mais c'est ensemble

SOLDAT 14 : qu'on se donne espoir pour revoir notre famille après tout ce sang versé comme dans une boucherie.

SOLDAT 8 : Quand nous sommes arrivés ici, cette terre était magnifique. Aujourd'hui les rives ressemblent à l'enfer.

SOLDAT 9 : Le son des obus,

SOLDAT 10 : le son des mitrailleuses,

SOLDAT 11 : le son des combats entre les hommes.

GENERAL 2 : Nos troupes, d'ailleurs, maintenant, se rient de la mitrailleuse. On n'y fait plus attention !

SOLDAT 12 : Ces bruits sont tellement effrayants, angoissants, que même à moitié mort, on se déplace avec une souffrance épouvantable.

GENERAL 1 : Leur artillerie lourde est comme eux, elle n'est que bluff. Leurs projectiles ont très peu d'efficacité... et tous les éclats... vous font simplement des bleus.

SOLDAT 13 : Comment te le dire ?

SOLDAT 14 : L'accepteras-tu ?

SOLDAT 8 : Auras-tu la force de surmonter cette épreuve ?

SOLDAT 9 : Lassé, je me suis mutilé, oui, moi, j'ai osé, répugné par toute cette violence, affaibli de combattre et de voir la mort partout.

SOLDAT 10 : Je l'ai vue, la mort. La mort, il n'y a que ça ici. Cela me rend fou.

SOLDAT 11 : La mort est partout. Personne ne peut l'éviter ici, et ceux qui l'ont évitée ne sont que des chanceux. Je ne sais plus à quoi m'attacher. Je perds espoir. Tu me manques.

SOLDAT 12 : La mort, le bruit des canons français qui tirent trop court, le vent annonciateur de gaz, les nettoyeurs de tranchées, les exécutions pour l'exemple, tout me fait peur. Je n'arrive plus à dormir.

SOLDAT 13 : Ma peur des Allemands. Ma peur des canonniers qui calculent mal la distance de tirs, ma peur du champ de bataille, ma peur qui traverse le dos et transperce les os.


GENERAL 3 : Les obus allemands ne sont pas si méchants qu'ils ont l'air d'être.

SOLDAT 1 : Un obus s'est abattu sur mon camarade lorsqu'on a voulu s'abriter dans un trou. Il resta dans les barbelés sans que je ne puisse rien faire. Ce souvenir m'est trop dur. Les entrailles de mon ami se sont déposées sur moi.

SOLDAT 2 : Je ne supporte plus cette image qui hante mon esprit. C'est bien pour cela que j'ai eu le courage de perdre une main, pour pouvoir te retrouver et quitter ce champ de carnage.

SOLDAT 3 : J'espère que Dieu me pardonnera pour cette rébellion.

SOLDAT 4 : Mais le courage ne suffit pas.

SOLDAT 5 : Je vais passer au conseil de guerre. Et il est fort probable que je vais être fusillé. Cette lettre est donc une lettre d'adieu. La mort me guette.

SOLDAT 6 : A chacun de mes pas, mes camarades me regardent, comme si j'étais un traître qui avait trahi sa patrie.

SOLDAT 7 : Ce que je n'oublierai jamais, c'est cette nuit où nos corps ne faisaient plus qu'un, cette nuit où nous avons symbolisé notre amour, cette nuit où la mort ne me guettait pas encore.

SOLDAT 8 : Ma main, cette main qui pour la dernière fois a touché ton si beau visage, quand elle me fait mal, je sens les battements de ton cœur que j'aime passionnément. Chaque pulsation dans ma paume me rapproche de toi. C'est comme si ton cœur était dans ma main. Je repense à la chaleur de ton corps, à la beauté de tes yeux, à ton délicat parfum.

SOLDAT 9 : Ne doute jamais de mon honneur et de mon courage. Promets-moi aussi, ma douce, lorsque le temps aura guéri ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie.

SOLDAT 10 : Ton visage est gravé dans ma mémoire et dans mon cœur, et sera mon dernier réconfort avant la fin.

SOLDAT 11 : J'ose espérer que tous ces combats n'auront pas été vains ;

SOLDAT 12 : Qu'un jour, nous vivrons en paix,

SOLDAT 13 : Que l'égalité et la fraternité gouverneront tous les hommes


TOUS : Dans la justice et la liberté !

Requiem pour les Poilus
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