Autoportrait d'Henri Aimé Gauthé par Doriane

Publié le par Professeur L

Mémorial franco-britannique de Thiepval dans la Somme dédié aux soldats britanniques disparus lors de la Bataille de la Somme

Mémorial franco-britannique de Thiepval dans la Somme dédié aux soldats britanniques disparus lors de la Bataille de la Somme

Ce poème est en alexandrin. Dans chaque vers, les six premières syllabes, qui forment un hémistiche, montrent un aspect gentil et gai de l'auteur, alors que le second hémistiche est plutôt fade, triste, et montre finalement le côté monstrueux du personnage qui se décrit. C'est ce que l'on appelle une antithèse. La multiplication des antithèses permet de montrer la double personnalité de l'auteur, un peu comme dans Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson : le héros de ce roman fantastique est docteur le jour et assassin la nuit. La perversité évoquée dans le poème fait également penser au Coeur révélateur d'Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire. Nous pourrions presque qualifier l'auteur de schizophrène.

L'auteur multiplie les antithèses et oppose le vocabulaire mélioratif et le lexique péjoratif pour se décrire dans chaque alexandrin, et parfois à l'intérieur d'un même hémistiche : "mon sourire est amer et mon rire est décevant".

Les vers "Ma lèvre est rouge comme une fraîche blessure" et "je fais pour m'amuser des piqûres atroces" nous font immédiatement penser à l'aspect de la guerre, aux balles, au sang et aux cadavres. Certaines rimes sont embrassées et donnent un rythme mélancolique, alors que les seconds hémistiches en rapport avec la guerre donnent un aspect ténébreux et pathétique. Le personnage ne sait plus qui il est vraiment. Il se dénigre et se dévalorise. La guerre lui a inspiré de nouveaux traits de caractère comme la méchanceté, l'amertume et la grossièreté.

Pour le peuple, le soldat français est un héros, mais lui ne supporte pas cette idée. Il se décrit dans le texte comme un anti-héros. Il se trouve laid, il ne se supporte plus, à cause de ses actes. La périphrase "je suis le chevalier de la piètre figure" fait directement référence à Don Quichotte, le héros de Cervantès, et montre qu'en voulant être admiré, il est devenu ridicule à ses propres yeux.

Le soldat écrit pour se remonter le moral et faire face à la déshumanisation. La déshumanisation est le processus par lequel on enlève à un être humain sa dignité. En effet, dans les tranchées, les soldats de la Première Guerre mondiale vivent dans de telles conditions qu'ils finissent par avoir le sentiment de perdre leur dignité. La dignité, c'est ce que possède tout être humain. Cela veut dire qu'il n'est pas traité comme un objet, qu'il a une valeur.

L'auteur écrit une catharsis, pour tenter de ne pas se perdre dans sa personnalité, de résister à ce changement radical de soi, car l'écriture est le dernier moyen pour qu'il garde sa civilité et sa dignité.

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