Autoportrait d'Henri Aimé Gauthé par Florie

Publié le par Professeur L

Mémorial de Thiepval dans la Somme. Tombes des soldats tués pendant la Bataille de la Somme en 1916.

Mémorial de Thiepval dans la Somme. Tombes des soldats tués pendant la Bataille de la Somme en 1916.

Ce texte a été écrit par le fils d'un limonadier de Château-Chinon, Henri Aimé Gauthé, simple soldat de la 2e classe et agent de liaison. Il se décrit ainsi : "Je suis doux et timide avec des airs pervers" (vers 3) ; "j'ai les cheveux très bruns avec des fils d'argent" (vers 4) ; "je fais pour m'amuser des piqûres atroces" (vers 7). On peut remarquer que pour chaque alexandrin, les hémistiches s'opposent comme dans ce vers : "Je fais pour m'amuser des piqûres atroces". Le premier hémistiche révèle un côté innocent, tandis que le second montre tout le contraire. Toutes ces antithèses montrent que le personnage vit des choses atroces à tel point qu'il se déshumanise petit à petit. La façon dont est écrit ce texte nous montre à quel point la guerre est horrible, à quel point elle peut changer un homme et le changer en un monstre, un anti-héros. On voit que cet auteur a une double personnalité, comme dans l'ouvrage de Robert Louis Stevenson intitulé L'Etrange cas du docteur Jekyll et Mister Hyde, où le héros de cette histoire est un médecin le jour et un bandit la nuit. Pour Henri Aimé Gauthé, la guerre ne change pas les simples personnes en héros, au contraire. Cela les change en des personnes dangereuses, sans aucune estime de soi, se sous-estimant et se rabaissant, comme il nous le montre dans ces vers : "Mon sourire est amer, mon rire décevant" (vers 8) ou " j'ai le nez gros et gras - nez de caricature" (vers 9) ainsi que " au fond de mes yeux danse une froide lueur".

L'auteur a écrit ce texte pour se libérer de tout ce qu'il peut endurer pendant la guerre. L'écriture lui a permis de s'évader un instant de la dure réalité. Ce texte est une sorte de catharsis pour l'auteur. L'écriture est sûrement la dernière chose qui le rattache à l'humanité. Pour lui, un soldat n'est qu'une vulgaire personne entraînée à tuer d'autres personnes. Il n'est pas un héros mais plutôt une personne dénuée de tout sentiment humain. Pour Henri Aimé Gauthé, les ennemis ne sont plus les Allemands, mais lui-même, le monstre qu'il est devenu à cause de cette guerre, comme on peut le constater dans ces vers : "Je suis le chevalier de la piètre figure".(vers 10) Il essaie donc en écrivant ce poème de conserver sa dignité et son honneur.

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