Lettre de Poilu par Alexis et Bastien

Publié le par Professeur L

Armes et ceinturons de la Première Guerre mondiale, Musée Somme 1916 à Albert, Somme, France.

Armes et ceinturons de la Première Guerre mondiale, Musée Somme 1916 à Albert, Somme, France.

Chère Aurore,

Comment te dire ? Toutes ces atrocités ne mènent à rien. Hier encore, tous mes camarades étaient vivants. Mon meilleur ami Maël est mort sous les explosions des shrapnels allemands. Après cela, les Boches nous ont bombardés d'obus. Nous avons riposté par une attaque sur le front, mon fusil Lebel et moi avons fait une centaine de victimes. Ma compagnie et moi avons été envoyés sur un autre front, celui de Verdun. A peine arrivés sur les tranchées, nous avons fait la connaissance du lieutenant Robin, qui était heureux de voir arriver des renforts. Il nous a immédiatement ordonné de partir sur le front. A peine sorti des tranchées, le lieutenant Robin se prit une balle dans la tête. Je sens encore l'odeur du sang. Nous avons dû battre en retraite.

Le lendemain matin, les Boches nous ont attaqués au mortier et un des boyaux dans les tranchées a explosé.

Voudrais-tu savoir où je vis ? Je vis parmi les rats et les cadavres en décomposition. Nous vivons un enfer. Ou plutôt, nous sommes en enfer. Je pue, je sens la mort, et j'ai toujours l'impression d'avoir de la boue dans la bouche. La guerre nous rend aveugles et fous, et nous déshumanise, nous bestialise, nous fait devenir des monstres.

Très chère, je ne sais même pas si cette lettre te parviendra. J'ai failli mourir de froid, enseveli sous la terre jaillissant des explosions d'obus.

J'ai la haine. J'ai la haine contre le gouvernement, j'ai la haine de ne pouvoir aider mes camarades, que dis-je, mes amis, en train de souffrir le martyr, sous les balles ennemies. J'ai la haine contre les ennemis.

Tu as raison, nous sommes là pour la liberté, pour l'égalité, pour la fraternité, pour la paix. Pour notre patrie. Mais cette guerre m'oblige à faire des choses atroces que tu n'imagines même pas. Je me rappelle des visages des Boches que j'ai tués, je les vois encore dans mes rêves, dans des positions étranges.

Je souhaite de vivre mes derniers jours avec toi. Je t'aime.

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