Lettre de Poilu par Julien et Nolan

Publié le par Professeur L

Ma chère Jeanne,

Ici, les tranchées sont très étroites et les poux y règnent en compagnie des rats. Il y a de la boue partout à cause des trois dernières semaines de pluies intenses. J'ai l'impression que le ciel pleure pour nous. Les Boches nous lancent des grenades régulièrement. Nous avons reçu la nouvelle cargaison d'arme : des fusils Lebel sans lesquels nous ne pourrions nous défendre. Tu les verrais, ce sont de véritables machines à tuer qui pèsent cinq kilos chacune.

Ici, ce n'est pas une guerre, mais un champ de carnage. Qui pourrait arrêter ce massacre ? Qui ? Je suis sûr que ce soir, nous aurons de nouveau des bombardements d'obus. Chaque nuit, je repense à tous ces hommes que j'ai tués, que j'ai enlevés à leurs familles. C'est horrible, mais je le fais pour la France. L'odeur des cadavres décomposés se répand peu à peu et elle nous remplit nos poumons de l'odeur de la Mort.

Cette guerre assassine, tue, démoralise, déshumanise, maltraite, bestialise, dégoûte et épouvante. Il nous a monté contre les Allemands, le gouvernement. C'est lui qui nous tue.

Maintenant, à côté de moi, j'ai la vue d'un soldat décomposé. Son cadavre est noirâtre et verdâtre. Car ici, l'odeur de la Mort ne s'est pas dissoute. Elle restera à jamais dans nos coeurs.

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