Lettre de Poilu par Olivia et Anthony

Publié le par Professeur L

Reconstitution d'une tranchée, Musée Somme 1916, Albert.

Reconstitution d'une tranchée, Musée Somme 1916, Albert.

  Quelque part sur le front, près de Verdun, septembre 1916.

             

 

                  Ma tendre femme,

 

               J'espère que tu vas bien. Ici c'est une catastrophe. Comment t'expliquer ? Quels mots utiliser ? Que de combats atroces ! La guerre est un chef-d’œuvre de violence, des déchaînements de rage, une apocalypse. Mais restent les moments de calme, comme si nous décidions, dans chaque camp, qu'il y avait assez de morts. Puis quelques temps après, la guerre reprend. Le ciel est toujours couvert en ce mois d’octobre et la moindre petite averse provoque des rafales de boue ou pire encore l’effondrement des tranchées. Nous sommes toujours dans les zones de combats, on est mal fourni en nourriture, en eau potable et en couvertures. J'ai beaucoup maigri, j'ai des cernes et je suis mal rasé, j’imagine que je ne suis pas très beau à voir. Mais je ne suis pas blessé alors que ça fait deux ans que j'y suis.. On court de tranchée en tranchée, aussi vite que possible puisque la boue s'accroche à nos bottes tout en essayant d'esquiver les balles, les débris d'obus. Je suis plus un survivant qu'un combattant.

          Les généraux nous encouragent à tenir bon pour la France, pour la patrie, pour la paix, pour la fraternité et pour les honneurs que l'on recevra à la fin même si je ne sais pas si je vais tenir jusque là. Et puis à quoi ça sert, les honneurs ? ça ne redonne pas la vie, une jambe ou un bras mutilé !

            Pour vivre ici, il faut beaucoup de courage, pour survivre aux rats, à la faim, aux odeurs irrespirables, aux cadavres verdâtres, noirâtres, décomposés, qu'ils soient français ou allemands. Le pire, c'est de voir les cadavres des animaux qui hurlent de pitié.

           Puis lorsque l'on va en première ligne, ce n'est pas du courage, c'est une sorte de suicide et face à cela,  peu importe combien d'Allemands seront tués grâce à nous. Leurs multiples prières ne servent à rien nonobstant. Quelques soldats survivent mais davantage en meurent, comme un de mes amis malheureusement. Encore heureux pour moi, j'y ai survécu.

           Depuis longtemps cette guerre ne nous appartient plus. Maintenant, que l'on gagne ou que l'on perde, ça compte peu puisque je me bats pour toi, pour ma vie, car les armes offensives, c'est-à-dire les mitrailleuses, les obus, les barbelés tranchants, les snipers meurtriers, les mines tueuses, sans oublier les avions et les tanks, sont aussi diurnes que nocturnes. La plupart des soldats meurent à cause des schrappnels terrifiants.

         La guerre, c'est pire que l'enfer. Les bruits des combats nous empêchent d’entendre les ordres des généraux. Les combats ne sont pas organisés ; on court partout, la panique et la peur règnent. Il faudrait faire reculer les Allemands et les tuer.

 

           Si tu savais comme je suis en colère, j'ai la rage contre les officiers, les généraux mais surtout contre le gouvernement car ils ne parviennent pas à trouver une issue politique au conflit et ils poussent des millions de soldats à mourir au front dans des conditions affreuses. J'en ai tellement assez de ce milieu de vie. Tout ce sang, toute la boue et les poussières, la pluie et le temps gelé ! Je me sens tellement déshumanisé, toi-même tu sais que je suis si doux et câlin et pas un assassin. Ça me dégoûte de voir ces milliers de cadavres verdâtres, noirâtres, décomposés.

         Chaque seconde, j'appréhende la prochaine minute qui pourrait me tuer.

 

        Pour terminer, je voudrais te dire que je t'aime et t'aimerai toujours, et j’espère te revoir. Notre vie me manque tellement.  Embrasse nos deux filles que j'aime, Jacqueline et Georgette.

 

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