Voyage "inter-toilettaire" de Robin

Publié le par Professeur L

VOYAGE « INTER-TOILETTAIRE »

Un jour, il y a de cela dix ans, je m'étais perdu dans la jungle lors d'une exploration. Mais comme j'étais courageux, ce n'était pas cela qui me préoccupait le plus ; j'avais des envies pressantes !

Soudain, comme par magie, je tombai sur...une cabine de WC géante ! Les murs étaient faits d'or et de cuir, avec un toit en bois. Elle avait un diamant en guise de poignée. Il n'y avait pas de verrou mais un cadenas d'argent ; il s'ouvrait avec une clé dorée cachée sous un paillasson en poil de yack. Sur le tapis, un indéchiffrable LORIRgjqsr? emplaçait le traditionnel Bienvenue. L'unique fenêtre du cabanon découpait la paroi nord en forme de cœur.

J'entrai et découvris des cabinets géants. Ils brillaient de mille feux. La chasse d'eau était ornée d'un diamant qui rendrait jaloux l’Étoile d'Afrique. Le socle était en or.

Soudain, une force mystérieuse m'aspira dans les WC. Je parvins à remonter à la surface, maudissant celui qui m'avait joué ce mauvais tour. Je m'aperçus alors qu'était inscrit sur le papier hygiénique (dont il ne restait que trois feuilles) : « Je souhaite voir Chronos. »

Je lus la feuille, et, sans même se rendre compte de ce que j'avais dit, me retrouvai dans un lieu désastreux, sentant le chaos à plein nez.

Chronos, le Seigneur des Titans, m'apparut alors comme par magie. Son corps calciné, entièrement parcouru de veines de feu, me fit penser à un volcan vivant. Ses deux cornes ensanglantées auraient pu briser un mur de diamant. Il avait un rire plus maléfique que n'importe qui. Son aura donnait la nausée.

Effrayé par cet être immonde, je détournai le regard. Le spectacle qui s'offrit alors à mes yeux me fit regretter de ne pas avoir été déjà dévoré par Chronos : se dressait en effet devant moi, une des trois Hécatonchires, ces créatures pourvues de cent bras et cinquante têtes crachant du feu.

Elle me dit : « Avant de te tuer, sache que je me nomme Briarée. Je voudrais que tu le répètes aux tréfonds des Enfers. »

Elle ouvrit l'une de ses bouches. Je vis une étincelle, mais n'eus pas le temps de dire « Aaarg » que le monstre se transforma en statue. Un serpent se posa sur mon épaule. J'avais deviné ; Méduse était derrière moi. Connaissant le mythe de Persée, je pris mon miroir rose de Barbie et...me recoiffai ! Ce n'était pas le moment de penser à mon look ! J'enfilai plutôt mes talons de Barbie ; m'aidant du reflet du miroir, j'utilisai l'aiguille de mes chaussures pour trancher d'un coup net et précis la tête de Méduse. Je la ramassai en guise de trophée, sans me douter que plus tard, elle me sauverait la vie.

Mon triomphe fut éphémère : je n'aurais en effet pas dû m'attarder sur ma victoire car Chronos me dévorait déjà tout cru. Je me cognai contre ses intestins et tombai dans un lac de sucs digestifs. Dégouté, je remontai à la surface et vis des fragments de pierres flottant dans l'air. Tous les morceaux se rassemblèrent soudainement et je compris que c'était le cœur de Chronos...Deux grands yeux globuleux apparurent sur le myocarde divin, qui en plus, poussa un cri de guerre. Quel était ce nouveau monstre ? Je m'enfuis à la nage dans l'espoir de lui échapper. C'était sans compter qu'il savait flotter dans les airs tel un ballon de baudruche.

Il semblait tellement enfler que je me préparais à ce que sa peau verte et écailleuse explose dans le lac. Ses griffes étaient suffisamment puissantes pour briser de l'acier. Il était à présent à une trentaine de mètres de moi. La panique me fit nager encore plus vite. Mes battements de pieds l'aspergèrent de sucs digestifs le mettant dans une colère noire. Il tripla de volume et se para de la couleur des ténèbres. Ses dents s'allongèrent. Ses yeux devinrent fins et révulsés ; il avait un regard de tueur.

A ce moment, il disparut mystérieusement. Le croyant parti, je m'arrêtai en soupirant. Quelle erreur ! Une ombre gigantesque me fit sursauter. Je me retournai et vis le Cœur. Sa main allait s'abattre sur moi. Prenant mon courage à deux mains, je saisis la tête de Méduse et mes paupières closes, pointai son regard en direction de mon assaillant. Le temps fit une pause. J'entendis des craquements. J'ouvris un œil méfiant et vis les yeux du Cœur exorbités. Il ne ressemblait pas vraiment à une statue. Je tremblai, pensant qu'il pouvait encore me tuer à tout moment.

Une vois s'éleva alors, provenant de lointaines cordes vocales : « Tu crains que me Cœur soit encore actif. Il était cependant déjà en pierre et Méduse ne l'a rendu qu'un peu plus dur. C'est sans importance ; tu ne sortiras de toute façon jamais de mes intestins car j'ai égaré mes toilettes dans la jungle. »

Je compris la raison pour laquelle la cabine de WC à l'origine de mes tracas était si étrange : c'était le petit coin de Chronos !

Il ne me restait plus qu'à croiser les doigts et prier pour que le corps de Chronos explose. Mon vœu fut exaucé et je fus aussitôt éclaboussé par des lambeaux visqueux. Je compris que j'étais libre et poussai un cri de soulagement.

Ma joie fut de courte durée. J'étais en effet à présent sur la terre, ou plutôt le charbon, ferme. Ce monde n'était toujours pas le mien.

Derrière moi, une voix mélodieuse me dit : « Tu veux rentrer chez toi ? Je peux t'y emmener si tu le souhaites. »

Je me retournai et vis un cheval ailé d'une blancheur extrême ; c'était Pégase qui me parlait !

« Monte sur mon dos, je te ramènerai chez toi et t'expliquerai tout ce qui t'est arrivé. »

J'avais vécu tellement d'horreurs que je décidai de lui faire confiance et le chevauchai. Il déploya ses ailes immenses et nous décollâmes. Pégase m'expliqua que le papier toilette réalisait tous mes vœux. Par contre, à chacun d'eux, une feuille disparaissait ; il ne me restait donc plus qu'un seul vœu.

De retour chez moi, je poussai un cri mêlé d'horreur et de joie. J'étais trempé d'une eau et d'un suc digestif magiques dont je ne parvenais pas à me débarrasser (j'étais tout de même tombé dans les toilettes et l'estomac de Chronos, souvenez-vous). Je fis mon dernier vœu : être au sec.

Je me retrouvai instantanément tout propre. Mon rouleau de papier avait disparu.

Mon aventure vous a-t-elle plu ?

Publié dans Niveau sixième, Les contes

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