Les dieux se rient de nous par les 3eC

Publié le par Professeur L

Les dieux se rient de nous par les 3eC
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Les dieux se rient de nous par les 3eC

Scène 1 : Jupiter, Mars, Mercure, Pluton, Minerve

JUPITER : Mes chers collaborateurs, si nous sommes réunis ici, c'est pour discuter de la situation actuelle dans le monde. Nous sommes en 1915, et cela va faire près de deux mille ans que les hommes ne croient plus en nous. Mars, quelle est la situation ?

MARS : C'est magnifique ! La guerre est mondiale. Les hommes ont inventé de nouvelles armes : obus, gaz asphyxiants, mitraillette, shrapnels et lance-flamme. Les avions servent à mitrailler et les canons sont de plus en plus gros.

JUPITER : Parfait. Et sur le plan économique, qu'avez-vous à nous apprendre, Mercure ?

MERCURE : Les économies des belligérants s'écroulent, et les sous-marins allemands ne cessent de couler les navires alliés. Cependant, les marchands d'armes et ceux qui les fabriquent font fortune.

JUPITER : Excellent. Pluton, quel est le bilan ?

PLUTON : Pour l'année 1915, j'ai déjà 333 700 tués. J'ai l'impression qu'il s'agit de l'année la plus meurtrière du conflit.

JUPITER : Autant de morts en si peu de mois ! Mais comment font-ils ? Minerve, déesse de l'intelligence et de la stratégie militaire, avez-vous une idée ?

MINERVE : Les généraux sont des incompétents. Leurs idées militaires remontent à Napoléon. Ils n'ont pas compris qu'ils avaient changé d'époque ! La seule chose qu'ils savent faire, c'est envoyer leurs hommes à la boucherie, comme à Quennevières.

JUPITER : Quennevières ? De quoi s'agit-il ?

MINERVE : Quennevières est le premier massacre du général Nivelle.

MARS : Quennevières est une ferme située sur un plateau agricole, au nord-est de Compiègne, dans l'Oise.

MINERVE : Le 6 juin 1915, au petit matin, Nivelle ordonne à l'artillerie d'ouvrir le feu. Pendant trois heures, un déluge d'acier s'abat sur les tranchées allemandes. A 10 heures, en avance sur l'horaire prévu, les troupes d'infanterie françaises sont si nombreuses que c'est la bousculade dans les premières lignes.

MARS : Les valeureux zouaves et les tirailleurs de la 37e DI quittent alors les tranchées, s'élancent sous une chaleur de plomb (30 degrés). Environ 200 mètres les séparent des lignes ennemies.

MINERVE : Les zouaves parviennent à franchir les lignes ennemies, mais ils ne sont pas suivis !

MARS : Ils sont obligés de rebrousser chemin, sous les balles.

MINERVE : Certains d'entre eux sont enterrés vivants sous les bombes.

MARS : Au total, la bataille de Quennevières fait plus de 14 000 morts, 10 000 Français et 4 000 Allemands.

MINERVE : Et tout ça en dix jours à peine, du 6 au 16 juin 1915 !

MARS : Finalement, cette guerre m'amuse, en voyant ces imbéciles s'entretuer, pas toi Pluton ?

PLUTON : Je me réjouis d'autant plus que mon hôtel se remplit. J'ai des nouveaux clients en permanence !

MERCURE : De mon côté, le commerce des armes n'a jamais été aussi important. Les belligérants achètent et dépensent sans compter. Les profits augmentent de jour en jour.

JUPITER : Je suis quand même le grand gagnant dans cette guerre : les hommes n'ont jamais été aussi obéissants ! Des milliers de morts et aucune révolte ! C'est fantastique !

PLUTON : Je ne suis pas d'accord. La grande gagnante est la mort. Au total, il y aura plus de vingt millions de morts, sans parler des onze millions d'animaux sacrifiés.

MERCURE : A Saint-Gobain, grâce à la guerre, les bénéfices se comptent aussi en millions : les bénéfices passent de 3 millions de francs à 22 millions de francs en deux ans !

PLUTON : Je m'en vais compter mes morts. Cette guerre est splendide. Elle enrichit mon royaume.

MERCURE : Et moi je vais compter mes billets. Pour les industriels que je représente, un carnage est très rentable.

Scène 2 : Vulcain, Neptune, Junon, Vesta, Venus, Minerve, Apollon.

VULCAIN : En tant que dieu des ouvriers et des industries, je me dois de réagir face à la pénibilité du travail en usine pour les femmes. A l'usine de Renault-Billancourt, les ouvrières restent debout durant onze heures par jour. Onze heures de travail incessant ! Leur tâche consiste à fabriquer des obus. Chaque obus pèse 7 kg. En temps de production normale, 2500 obus passent en une journée entre les mains d'une ouvrière. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en une seule journée 35000 kg ! Arrivée fraîche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée.

VESTA : Tous ces obus défilant entre leurs mains s'ajoutent au poids de leur tristesse.

VENUS : La tristesse de ne pas être aux côtés de leur frère

JUNON : de leur enfant

MINERVE : de leur mari.

VESTA : Le poids de cette besogne les déshumanise et les rend comme de vulgaires machines.

JUNON : En tant que déesse du mariage, j'aimerais réagir à l'envoi des jeunes soldats à la guerre. Celle-ci provoque la destruction des familles et des couples.

VESTA : Les femmes deviennent veuves et elles n'auront plus l'occasion d'avoir des enfants !

VENUS : En tant que déesse de l'amour, comme l'ont très bien dit Junon et Vesta, je tiens à souligner que des générations vont manquer à l'appel. On le constate en observant la pyramide des âges. La guerre a provoqué une chute brutale de la natalité.

JUNON : La disparition de milliers de jeunes paysans accélère le vieillissement du monde rural.

VENUS : L'amour familial disparaît. Les parents vont jusqu'à pousser leurs enfants dans les bras de la mort pour gagner la guerre.

MINERVE : En tant que déesse de la stratégie et de l'intelligence, je constate que cette guerre provoque l'éveil de la bestialité chez les soldats, et leur déshumanisation. Prenons comme exemple la ville de Senlis, dans l'Oise. Dès septembre 1914, les Allemands pénètrent dans la ville, prennent des otages civils, et passent à tabac Eugène Odent, le maire de la ville. Celui-ci est ensuite exécuté de deux balles dans la tête. Quelques heures auparavant, les Allemands ont également passé par les armes un groupe de six otages. Le plus jeune avait 17 ans. Le même jour, les Allemands prennent sept civils comme bouclier humain. Parmi ces civils, une fillette de 5 ans !

NEPTUNE : Cette guerre est en train de provoquer un effondrement naturel. Ce n'est pas seulement une guerre entre les hommes. C'est une guerre contre le monde. Des millions d'animaux sont tués.

APOLLON : En tant que dieu du soleil, je pense que je ne devrais même plus briller pour ce monde de monstres. La perte de dignité est tellement importante chez les hommes que le soleil ne devrait même plus briller pour de tels monstres.

JUNON : L'instant est critique. En ce moment, sur Terre, des milliers de personnes s'entretuent et deviennent des monstres. Tous les principes que nous avons instaurés sont maintenant oubliés.

APOLLON : S'ils continuent comme ça, il n'y aura plus rien sur Terre.

VESTA : Plus d'enfants.

JUNON : Plus de mariage.

MINERVE : Plus de génération.

VENUS : Et plus d'amour !

MINERVE : Et le pire, c'est que la haine engendre la haine.

JUPITER : Tu as raison. Je pense qu'il y aura une autre guerre, une revanche de celle-ci. Nonobstant, cette guerre a détruit des milliers de familles. Il faut croire que l'homme n'a plus besoin des dieux pour multiplier les sacrifices.

Scène 3 : le chœur des soldats.

Scène 4 : Mars, Minerve et Jupiter

MARS : Cette guerre est mon triomphe. As-tu vu ma très belle victoire ?

MINERVE : Oui, je l'ai vue.

MARS : Cela t'énerve que j'ai gagné ?

MINERVE : Non. Ce n'est pas une guerre que tu as déclenchée. C'est un véritable carnage. Voilà le reflet de ta stratégie guerrière !

MARS : C'est peut-être le reflet de ma stratégie guerrière, mais...

MINERVE : Mais quoi ? Sur les plans guerrier et moral, je suis bien plus forte que tu ne le penses.

MARS : Peut-être, mais mon caractère ne fait que refléter ce qui se passe parmi les hommes.

MINERVE : Bien, mais je pense que tu as oublié qu'avant que tu ne décides de déclencher cette guerre, les gens avaient des idées, des passions, des familles, et aussi trois grandes idées que tu as oubliées.

MARS : Mais enfin de quoi parles-tu ? Jupiter, il est temps de calmer ta fille.

JUPITER : Laisse-la parler. On t'a assez entendu.

MINERVE : Je parle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

MARS : C'est en effet quelque chose que j'avais oublié.

MINERVE : Réapprends-les et surtout apprends que même si cette guerre a décimé des millions de personnes, ces trois mots ne sont pas morts. Car on peut tuer des hommes, mais on ne peut pas tuer des idées.

MARS : C'est bien, mais que comptes-tu faire ?

MINERVE : Que pouvons-nous faire ?

JUPITER : Rien. Nous ne pouvons rien faire. Nous ne pouvons plus interférer dans leurs vies. Ils se sont forgé leurs propres caractères. Nous ne sommes que des contrôleurs du ciel. Les hommes seuls sont les pilotes de leur destinée, et ils ont trouvé trois idées qui leur permettent d'avancer, et qu'ils ne doivent surtout pas oublier : la liberté, l'égalité et la fraternité.

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