Ce paysage morbide et noirâtre par Anaëlle et Ibtissem

Publié le par Professeur L

Cyrus Le Roy Baldrige (1889-1977), artiste, illustrateur, auteur et aventurier américain. Soldats américains sur le front de Belgique. Musée franco-américain du château de Blérancourt, Aisne, France.

Cyrus Le Roy Baldrige (1889-1977), artiste, illustrateur, auteur et aventurier américain. Soldats américains sur le front de Belgique. Musée franco-américain du château de Blérancourt, Aisne, France.

Chère Maria,

Ce paysage morbide et noirâtre a remplacé les douces couleurs de tes lèvres. Des milliers de soldats meurent chaque jour sous les explosions de centaines de bombes. Ici, je rêve de conditions meilleures, car nous voilà à marcher sur les cadavres de nos amis proches, décédés pendant la bataille. Je ne pense même plus à moi, je ne me rase plus, je ne me lave plus. Je vis dans la crasse, au milieu des rats et des poux. Je ne parviens plus à dormir, de peur de me faire bombarder par les Huns.

Cette guerre s'avère plus longue que prévue. C'est un véritable massacre. Le bruit des balles et des obus gronde dans ma tête et mes oreilles. Je suis traumatisé. Mais je ne suis pas le seul. Tu sais, ici, nous sommes dirigés par des fous qui seraient prêts à réveiller les morts pour les forcer à nouveau au combat.

Ah ! très chère, je me rappelle de ta douce voix. J'aimerais être à tes côtés. Mais si je suis parti pour faire cette guerre, c'est pour une bonne raison. C'est parce que les mots de liberté, d'égalité et de fraternité me font rêver. Si je me bats, c'est pour montrer que nous avons les mêmes valeurs, et que Français, Américains, Noirs et Blancs, nous sommes égaux. En effet, je ne supporte plus cette ségrégation qui sévit dans notre pays depuis trop longtemps déjà.

Je me rappelle de nos sorties à l'église et aux bals. Je me rappelle de mon métier : confectionner des meubles, c'était mon rêve de gamin. C'est à présent mon rêve d'adulte et de soldat. Ma maison me manque, mon travail me manque, mon piano me manque, mais par-dessus tout, tu me manques.

Nous nous battons néanmoins et avons tous le même espoir : que ce massacre se finisse et que nous revenions victorieux. Nous n'en pouvons plus de cette guerre qui nous déshumanise et qui nous terrifie ! Même si parfois nous passons de bons moments entre copains de tranchée, cela ne suffit pas, car derrière chaque cadavre se cache une famille brisée, un espoir de revenir anéanti. L'odeur nauséabonde de la mort imprègne tout. Nous irons tout droit en enfer si cela continue !

J'espère revenir vivant. Si je ne reviens pas vivant, je voudrais te dire une dernière fois : je t'aime !

John

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