La Fortune des Rougon, l'arrivée des insurgés commentée par la Seconde 16

Publié le par Professeur L

Caspar David Friedrich (1774-1840), Deux hommes contemplant la lune (1825-1830), huile sur toile (34,9 x 43,8), Metropolitan Museum of Art, New York, USA.

Caspar David Friedrich (1774-1840), Deux hommes contemplant la lune (1825-1830), huile sur toile (34,9 x 43,8), Metropolitan Museum of Art, New York, USA.

Séance 4 : lundi 26 novembre 2018

Support : La Fortune des Rougon d’Emile Zola, chapitre I, pp. 59-60

 

Problématique : comment l’auteur fait paraître une surpuissance des insurgés ?

Autre problématique possible : Comment l’auteur décrit les insurgés à l’aide de l’épopée ?

 

Dans un premier temps, Zola décrit les insurgés en prenant le point de vue de Miette. Elle n’est pas favorable à ce mouvement d’insurgés parce que ça l’éloigne de Silvère : « arraché Silvère de ses bras ». Silvère s’éloigne de Miette contre le gré de cette dernière. Le mot « arraché » est une hyperbole pour insister sur le fait qu’on lui prend quelque chose d’important, qu’on lui vole quelque chose qui lui appartient, qui fait partie d’elle. L’allitération en « r » permet de souligner une sorte de rage et d’énervement, de férocité et de colère mêlée de déception. L’amour entre Silvère et Miette semble fusionnel : « Ils étaient si heureux…si étroitement unis, si seuls, si perdus dans le grand silence et les clartés discrètes de la lune ». L’amour entre Miette et Silvère est un amour platonique et non charnel car ils ne sont liés que par l’âme et le cœur. Dans cette phrase, l’énumération, le parallélisme, l’anaphore et la gradation servent à exprimer la force de leur amour. Ils vivent une véritable idylle amoureuse : c’est simple, innocent, enfantin, idéal, poétique.

Caspar David Friedrich (1774-1840),  Uttewalder Grund, huile sur toile, 1825, 91,5 x 70,5, Lentos Kunstmuseum Linz, Allemagne.

Caspar David Friedrich (1774-1840), Uttewalder Grund, huile sur toile, 1825, 91,5 x 70,5, Lentos Kunstmuseum Linz, Allemagne.

Ici les insurgés sont décrits de manière méliorative afin d’insister sur leur puissance : « grandiose », « superbe », « irrésistible ». L’auteur adopte le point de vue de Silvère. Il les décrit comme des héros. C’est le registre épique. Les insurgés font penser à une « tempête humaine », à un « torrent » : « la route devenue torrent, roulait des flots vivants ». L’allitération en «r » insiste sur la puissance, la colère et la rage. L’accumulation et la personnification de la nature qui chante La Marseillaise nous montre que la nature est avec les insurgés : « des bouts de l’horizon, des rochers lointains, des pièces de terre labourées […] des voix humaines ». Les insurgés et la nature fusionnent dans un élan fraternel. L’intervention de la nature est caractéristique du registre épique. Et en même temps, la fusion de l’homme et de la nature est une idée romantique.

Zola caractérise les insurgés à travers une gradation : « bande », « masse noire », « bataillons », « armée », « peuple innombrable ». L’écrivain procède à une amplification pour souligner la puissance des insurgés. De plus, le texte est saturé d’hyperboles : « ardentes », « innombrables », « géantes », « monstrueuses », « grandiose », « le rugissement ». Ces mots soulignent la férocité et la grandeur des rebelles. Enfin, le sens de l’ouïe prédomine dans ce passage évoquant l’arrivée des insurgés : « un éclat assourdissant », « rugissement », « les chants lointains », « tous ces échos », « de monstrueuses trompettes », « notes ardentes », « la grande voix », « un tambour que frappent les baguettes », « écoutait », « acclamant », « refrain », « ondes sonores », « criait ». Le champ lexical de l’ouïe permet de créer du mystère et de l’inquiétude.

John Trumbull (1756-1843) , Paysage romantique (1783), huile sur toile, Dayton Art Institute, USA.,

John Trumbull (1756-1843) , Paysage romantique (1783), huile sur toile, Dayton Art Institute, USA.,

Au terme de cette analyse, l’auteur fait paraître la surpuissance des insurgés en évoquant le champ lexical de l’ouïe, mais également grâce à la gradation. L’auteur oscille entre vision méliorative et péjorative dans sa description des insurgés. Le registre épique est utilisé. Zola donne un rôle héroïque aux rebelles. Ceux-ci sont glorifiés à travers le point de vue de Silvère.

On peut comparer ce texte à la toile de Thomas Couture intitulée L’Enrôlement des volontaires de 1792 (MUDO, Beauvais). Les points communs entre ces deux œuvres sont la révolte du peuple, la fraternité, le faible armement et plus loin, à la fin du chapitre, Miette, comme dans le tableau, devient l’allégorie de la République. On peut penser également à La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix (Musée du Louvre, Paris, France). Enfin, ce texte rappelle le poème de Victor Hugo intitulé « Les Chutes » puisque dans les deux cas on a l’image d’un torrent et le registre épique.

 

La Marseillaise (départ des volontaires de 1792) Sculpture de François Rude, terminée en 1836 - Arc de Triomphe de L'Etoile, Paris

La Marseillaise (départ des volontaires de 1792) Sculpture de François Rude, terminée en 1836 - Arc de Triomphe de L'Etoile, Paris

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article