Miette, Silvère et les insurgés par la Seconde 16

Publié le par Professeur L

La Liberté guidant le peuple (1830), détail, Eugène Delacroix (1798-1863), Musée du Louvre, Paris, France.

La Liberté guidant le peuple (1830), détail, Eugène Delacroix (1798-1863), Musée du Louvre, Paris, France.

5. Miette et Silvère se sont embrassés pour la première fois sur les bords de la Viorne, à la Fête-Dieu dernière, dans les broussailles.

 

6. La masse des Républicains rebelles est décrite comme une masse « noire » (p. 57) car ils sont tellement nombreux qu'on ne les distingue pas tous. Ici, nous avons une périphrase car la foule est désignée par une « masse noire ». Cela insiste sur le nombre élevé et inextricable de républicains. La première fois, la masse républicaine apparaît comme un soulagement pour Silvère. En effet, cette expression : « « Ce sont eux ! », sécria Silvère dans un élan de joie et d'enthousiasme », insiste bien sur le fait que Silvère est heureux de leur apparition. On a même l'impression qu'il les attendait avec impatience. Ici, le point de vue de Silvère est mélioratif sur cette masse des républicains car il insiste sur la puissance du groupe : « grandiose », « irrésistible », « superbe » (p. 59). Il les décrit comme des héros. Le registre utilisé est le registre épique car les républicains sont des héros et Silvère est en admiration devant eux. De plus, nous avons la présence de nombreuses figures de style typiques du registre épique, telles que les énumérations et les gradations. En effet, cette expression « un élan superbe, irrésistible...terriblement grandiose » (p. 59) est une gradation, une énumération et une hyperbole qui insistent sur l'héroïsme de la masse des républicains.

Les républicains rebelles sont décrits comme une « masse noire », « un grondement de bruits » qui s'accentuent et devenant « le piétinement d'une armée en marche », dans « un roulement continu et croissant, des brouhahas de la foule, d'étranges souffles d'ouragan cadencés et rythmiques », une gradation révélant des milliers d'insurgés à la cadence monotone apparues pour la première fois comme « les coups de foudre d'un orage » avec La Marseillaise chantée avec vengeance, « avec une furie vengeresse » par « des bouches géantes dans de monstrueuses trompettes », une hyperbole affirmant le vacarme des insurgés, comme le prouvent ces exemples : « Et la campagne endormie s'éveilla en sursaut », « elle frissonna », « un tambour que frappent les baguettes », et « retentit jusqu'aux entrailles », révèlent aussi de la peur par ces mots : « sursaut », « frisonna », « retentit ». Cette première apparition assourdissante et hurlante des insurgés est décrite à travers le point de vue de Miette, puisque « ce chant lointain avait suffisamment arraché Silvère de ses bras », de même « qu'il lui sembla que la bande entière venait se mettre entre elle et lui ». Le registre épique vient en quelque sorte dominer une scène jusque là marquée par le lyrisme amoureux. Ce spectacle épique révèle un nouvel aspect de la personnalité de Miette, puisqu'elle passe de la peur à l'enthousiasme en passant par la jalousie, et, emplie d'énergie rebelle, elle est comparée à un jeune loup : « Pareilles aux crocs d'un jeune loup », ce qui révèle une nature sombre et coriace.

La masse est composée de plusieurs catégories d'hommes. Tout d'abord, les bûcherons des forêts de la Seille qui sont des « grands gaillards », « des défenseurs aveugles et intrépides » (p. 62). Le contingent de la Palud est composé d' « ouvriers » et de « chasseurs et des charbonniers » (p. 62). Les hommes de Saint-Martin-de-Vaulx sont formés « d'ouvriers », « de bourgeois », et de « riches » (p. 63). Les insurgés d'Alboise et des Tulettes sont deux bataillons. Les contingents de Farevolles et des villages voisins sont « vêtus de blouses bleues » avec une « ceinture rouge » serrée à la taille, ce qui rappelle les couleurs révolutionnaires et patriotiques. Les paysans ont une veste courte et formes les « campagnes ». Il y a la présence du curé également. Enfin, les « Pruinas » et les « Roche-Noires » sont des contrebandiers qui font également partie de ce peuple des insurgés. Les insurgés sont comparés à une « tempête humaine » comme le montre cet exemple : « de nouvelles masses noires, dont les chants enflaient de plus en plus la grande voix de cette tempête humaine ». L'épopée humaine vient également submerger l'épopée de la nature.

Ils sont comparés à des contingents alors que ce n'est pas une armée. C'est simplement un groupe de personnes qui se révoltent. Cela met en évidence les différents types de personnes selon leurs classes sociales et leurs métiers. La description des insurgés fait ainsi penser au tableau de Thomas Couture qui s'intitule  L'enrôlement des volontaires , car sur ce tableau, nous avons la présence de plusieurs classes sociales, comme les riches, les paysans. De plus, dans les deux cas, il y a la présence de grands gaillards, d'un homme à cheval, du drapeau français et d'une révolte. L'effet produit dans le livre et dans le tableau est semblable. Cet effet est un effet d'amplification et de chamboulement. Dans les deux cas, les insurgés sont représentés comme novices en matière de guerre : « bande d'hommes indisciplinés » (p. 58), et comme faiblement équipés, mais néanmoins déterminés : « Ils n'ont que des faux, ceux-là, mais ils faucheront la troupe aussi rase que l'herbe de leurs prés » (p. 64) La description par Zola des insurgés et de leur défilé fait penser également au tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix par ces exemples : « A ce moment elle fut la vierge Liberté », car en effet, on décrit Miette avec un drapeau guidant les insurgés avec un ouvrier qui affirme : « la Chantegreil portera le drapeau ». Miette devient aux yeux de Silvère l'allégorie de la Liberté, à l'image du personnage central qui guide les révolutionnaires dans le tableau de Delacroix. Miette est d'ailleurs coiffée « d'une sorte de bonnet phrygien » et représente explicitement la « vierge Liberté ». Miette, tout comme Marianne, porte un drapeau dans la main : « qui serrait si nerveusement leur drapeau ». Enfin, sur le tableau de Delacroix, un homme est représenté avec un fusil, tout comme désire être Silvère auprès de Miette : « avoir un fusil sur l'épaule ». Un même élan de liberté, d'égalité et de fraternité semble traverser la foule des insurgés.

Thomas Couture (1815-1879), L'Enrôlement des volontaires de 1792, 1848, étude, travail de préparation, premier projet.

Thomas Couture (1815-1879), L'Enrôlement des volontaires de 1792, 1848, étude, travail de préparation, premier projet.

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