Germinal de Zola, la manifestation des ouvriers, commentaire de Lucis et Alexis

Publié le par Professeur L

Germinal de Zola, la manifestation des ouvriers, commentaire de Lucis et Alexis

Texte 6

 

Année scolaire 2018-2019 – Lycée Cassini (Clermont-de-l'Oise)

Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme

Etude d'une œuvre intégrale : Germinal de Zola (1885)

Séance 3 : Germinal - Zola - Extrait de la quatrième partie, chapitre 7

 

Commentaire de Lucie et Alexis

Les phrases en italique sont rajoutées par le professeur.

 

Dans ce texte, les femmes apparaissent comme des amazones en furie, des créatures animalisées et déshumanisées. Tout d’abord, ce sont les bourgeois qui regardent la scène. Nous pouvons penser cela car au lieu d’utiliser le terme de « femmes » pour désigner les personnages féminins, l’auteur emploie le mot de « femelles ». Les bourgeois considèrent que les manifestants sont des animaux. Ils méprisent cette classe sociale. L’auteur met aussi en valeur l’aspect protecteur et angélique, en tous les cas maternels, de ces femmes : « quelques unes tenaient leurs petits entre leurs bras ». Mais ces enfants servent d’étendard à ces femmes criant leur misère : « tenaient leurs petits entre les bras, le soulevaient, l’agitaient, ainsi qu’un drapeau de deuil et de vengeance. » Ce n’est pas tant l’amour maternel qui ressort que la haine et le ressentiment. Les femmes font donc ressortir à la fois de la pitié et du dédain chez les bourgeois : « quelques-unes cherchent à faire ressentir de la pitié aux bourgeois ». Elles paraissent comme des bêtes qui ne font qu’enfanter : « femelles lasses d’enfanter des meurt-de-faim ». Emile Zola met aussi en valeur l’aspect guerrier et combatif en décrivant certaines femmes : « des gorges gonflées de guerrière ». Cela nous plonge dans une dimension révolutionnaire. L’auteur nous offre une vision panoramique et en plongée de cette foule en colère, ce qui donne une dimension épique et effrayante.

L’auteur met aussi en valeur l’arrivée des hommes. Il la décrit comme une foule surgissante : « et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux… » La description des hommes est péjorative et très dégradante : « ne distinguait ni les culottes déteintes, ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. » Cette description nous ramène au mépris des personnes qui les observent. Cela nous donne l’impression que dans cette foule, les hommes se ressemblent. Ces hommes n’ont aucune différence physique. Ils sont traités comme des animaux dans le regard des bourgeois qui les observent avec effroi. Le regard des bourgeois déshumanise ces hommes.

 

En effet, ces manifestants en colère sont réellement dédaidnés par Madame Hennebeau. Elle évoque des êtres laids qui la dégoutent : « quels visages atroces ». Elle les compare à des voleurs, à des malfrats, à des mauvaises personnes, ce qui prouve encore une fois son mépris : « D’où sortent-ils donc, ces bandits-là… » Les bourgeois, face à la colère et au dénuement de cette foule d’ouvriers, éprouvent de la pitié et du dégoût (un double mouvement de fascination et de répulsion). L’auteur nous rappelle ainsi que les bourgeois ont peur de ces manifestants. Ils les décrivent comme des bêtes sauvages : « vieilles affreuses, hurlaient si fort que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. » L’auteur développe à la travers le regard des bourgeois une galerie de portraits monstrueux, à la fois grotesques et ridicules. Ce passage peut nous faire penser aux gargouilles, ces créatures maléfiques et affreuses qui ornent les façades des cathédrales et des édifices religieux. Mais l’écrivain va encore plus loin dans la déshumanisation. Il les décrit véritablement comme des bêtes sauvages, des animaux farouches : « avaient allongés en mâchoires de bêtes fauves », ce qui donne un côté terrifiant à ces manifestants.

D’où l’ironie utilisée par l’auteur dans ce spectacle vu à travers le regard des bourgeois. L’auteur fait preuve d’une double ironie : il prend de la distance à la fois par rapport aux ouvriers et par rapport aux bourgeois. Le souffle épique de la révolution rêvée par Etienne se transforme en émeute barbare et grotesque, et Zola se moque aussi du regard à la fois dégoûté et terrifié que les bourgeois portent sur ces ouvriers. En effet, les bourgeois sont effrayés par le souvenir de la Révolution de 1789 (et celle de 1848) : « cette hache unique, qui était comme l’étendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d’un couperet de guillotine ». Dans ce passage l’auteur compare la hache à la guillotine, cet instrument de mise à mort qui a vu passer pendant la Révolution le roi et beaucoup d’aristocrates et de bourgeois. L’auteur se moque du fantasme des bourgeois qui sont hantés par le traumatisme de la Terreur.

 

Pour conclure, nous pouvons constater que les bourgeois sont terrifiés mais aussi écœurés par ces manifestants issus du prolétariat. Ils les caricaturent, les déshumanisent, les décrivent comme une bande armée de fous furieux. D’où leur mépris mais aussi une ironie de l’auteur qui rapporte ce regard terrifié des bourgeois dans cet extrait. La galerie de portraits monstrueux n’est pas sans faire penser à la description de la cour des miracles au début de Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo.

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