Germinal - Zola - Quatrième partie - chapitre 7, commentaire de Lysa et Miranda

Publié le par Professeur L

Illustration du Petit Journal, octobre 1892.

Illustration du Petit Journal, octobre 1892.

Texte 4

 

Année scolaire 2018-2019 – Lycée Cassini (Clermont-de-l'Oise)

Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme

Etude d'une œuvre intégrale : Germinal de Zola (1885)

Séance 3 : Germinal - Zola - Quatrième partie - chapitre 7

Comment l'auteur met-il en scène un nouveau prophète utopiste et naïf de la révolution ?

 

Commentaire de Lysa et Miranda

Les remarques en italique sont rajoutées par le professeur.

 

            Tout d’abord, Etienne Lantier apparaît comme un véritable chef. Il expose et développe un véritable programme de lutte à l’aide de concepts puisés dans l’idéologie communiste : « collectivisme », « destruction de l’Etat », « réformer le salariat », « retour à la commune primitive, substitution d’une famille égalitaire et libre à la famille morale et oppressive, égalité absolue ». Les énumérations montrent la force de son discours et son degré de conviction absolue. Le personnage est exalté, comme le prouve l’utilisation des termes suivants : « tension cérébrale », « dernier éclat ». Afin de montrer le degré de conviction de ce nouveau leader politique, Zola utilise le discours indirect libre. Cela permet au lecteur d’entrer directement dans la conscience du personnage et de partager son enthousiasme ici. Grâce au discours direct également, Zola met en valeur le désir de son personnage d’obtenir le pouvoir, sa volonté de conquête et de révolution : « c’est à nous d’avoir le pouvoir et la richesse », « être les maîtres, cesser de souffrir ». La structure emphatique et le parallélisme permettent de mettre en relief la volonté du chef politique. Grâce au jeu subtil entre discours direct et discours indirect libre, Zola met en scène un personnage de plus en plus enthousiaste, comme possédé par ses idées et rêves politiques, au point de souhaiter un bouleversement total de la société.

            D’où une prise de distance entre l’auteur et son personnage. Zola montre en effet dans ce passage les limites de l’idéologie utopique revendiquée par Etienne.

 

            L’auteur critique l’extrémisme politique d’Etienne prêt à tout détruire comme le montre l’énumération suivante : « attaquait le mariage, le droit de propriété, il réglementait la fortune de chacun ». Zola prend ses distances par rapport à l’idéologie d’Etienne en montrant, grâce au registre polémique, la violence dangereuse des désirs qui possèdent celui qui s’est improvisé leader politique et syndical : « il jetait bas le monument inique des siècles morts, toujours le même, le geste du faucheur qui rase la moisson mûre ». Le registre épique permet de montrer le décalage entre la situation précaire d’Etienne et son phantasme de destruction radicale. Ce portrait épique est miné de l’intérieur par l’ironie de Zola qui en montre la face cachée : derrière ce fantasme de révolution communiste et anarchiste, se cache un simple désir de destruction violente. D’où la phrase ironique : « la barbarie le grattait délicieusement. » Le verbe « grattait » assimile le désir de révolution politique à une démangeaison qu’Etienne ne contrôle pas, et l’association antithétique entre « barbarie » et « délicieusement » montre la folie d’Etienne. Ainsi l’auteur nous fait basculer de l’image d’un chef politique enthousiaste à celle d’un fanatique, dangereux et déséquilibré, en jouant sur les points de vue. Zola montre que l’idéologie d’Etienne n’est plus qu’un « délire ». Le vocabulaire de la violence extrémiste est employé pour montrer le fanatisme d’Etienne : « idée fixe du sectaire », « emportés », « ni le feu ni le sang ne lui coûtait ». A travers le regard ironique du narrateur, le leader syndical s’est transformé en fanatique de la révolution annonçant une nouvelle Terreur.

 

            Enfin, l’image d’Etienne ne se réduit pas seulement à celle d’un chef enthousiaste qui excite les foules ou à celle d’un dangereux terroriste. Il apparaît également sous la plume de Zola comme une sorte de nouveau Christ. Etienne est considéré comme un Christ, un dieu annonçant la « réalisation de ce monde nouveau ». Il suscite la même fascination. Les ouvriers sont captivés par le discours d’Etienne, ils sont sous son hypnose et en admiration face à ses paroles : « des yeux luisants, des bouches ouvertes ». Etienne peut être comparé au personnage biblique de Jésus Christ, car les ouvriers attendent des miracles de sa part : « la fièvre d’espoir des premiers chrétiens de l’Eglise attendant le règne prochain de la justice. » Ils sont impatients qu’il arrive au pouvoir car le personnage d’Etienne glorifie dans un geste à la fois épique et lyrique son programme politique qui suscite beaucoup d’espoirs. Il est comme leur dieu. Ils sont dans une « exaltation religieuse ».

            Mais encore une fois ce nouveau Christ ne porte pas une parole pacifique et spirituelle, puisqu’il excite les pulsions les plus basses chez les ouvriers qui l’écoutent, comme le suggère l’évocation sexuelle « rut de peuple ». L’exaltation religieuse glisse vers une exaltation physique. C’est la violence et la destruction qu’attise le discours d’Etienne.

 

 

                Au terme de cette analyse, l’auteur met en scène un nouveau prophète utopiste et naïf de la révolution, grâce au jeu des points de vue. Prophétique et enthousiaste dans la conscience d’Etienne et dans le regard de son public, il nous paraît utopiste, naïf et même dangereux grâce à la prise de distance ironique du narrateur. Cette prise de distance ironique est rendue possible grâce au basculement permanent entre discours direct, discours indirect et discours indirect libre, entre point de vue des personnages et point de vue de l’auteur.

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