La ruelle des morts d'Hubert Félix Thiéfaine par Lucas et Tom

Publié le par Professeur L

Hubert Félix Thiéfaine est un auteur compositeur interprète français né le 21 juillet 1948 à Dole. L'une de ses chansons les plus connues est "La fille du coupeur de joints". Sa culture littéraire, musicale, cinématographique et historique lui permet de jouer avec des références diverses. Comme on va le voir, Thiéfaine n'hésite pas à faire transparaître ses émotions les plus profondes dans ses textes. Le texte que nous allons étudier est une chanson qui s'intitule "La Ruelle des morts". Dans cette chanson, le poète exprime de la nostalgie : il regrette son enfance et son adolescence. Il exprime de la mélancolie face à la fuite du temps. Mais comment l'auteur parvient-il à partager sa nostalgie à travers une ballade autobiographique ? L'analyse du texte se déploie en deux mouvements : tout d'abord on découvre une ballade autobiographique ; ensuite c'est un poète nostalgique qui se dévoile.

La ruelle des morts d'Hubert Félix Thiéfaine par Lucas et Tom

Tout d'abord ce texte se rapproche fortement de l'autobiographie, car il répond à l'équation autobiographique selon Philippe Lejeune : l'auteur est aussi le personnage principal et le narrateur, à ceci près que le "je" attendu du narrateur ou du poète lyrique laisse place ici au pronom personnel "nous", ce qui permet au lecteur de s'identifier au chanteur ou de partager des sentiments universels. Par ailleurs, le chanteur cite beaucoup de détails précis comme des noms de personnes ("Claudine", "Martine", vers 30) ou encore des noms de produits de l'époque de l'enfance qui l'ont marqué, comme " verre de kéfir" (vers 18), "royal menthol" (vers 18). Tout cela nous permet de déduire que l'auteur tient à marquer son texte du sceau de l'authenticité et de la sincérité. Par ailleurs, l'utilisation de l'imparfait de l'indicatif dans ce texte est aussi un outil permettant la description des habitudes dans le passé de l'enfance et de l'adolescence du chanteur : "on descendait chercher du lait" (vers 2), "nous faisaient goûter leurs framboises" (vers 31). Cette utilisation de l'imparfait de l'indicatif nous permet de mieux imaginer cette époque, et de montrer que l'on plonge dans un passé nostalgique. L'auteur change aussi de saisons au cours du texte pour appuyer son changement d'âge. Chaque strophe est consacrée à une saison, qui correspond à une saison de la vie : l'été pour l'enfance, le printemps pour l'adolescence : " printemps...seize ans", "juillet...l'âge des confitures". Cela permet au lecteur de mieux s'identifier au personnage et le changement des saisons évoqué donne une touche de lyrisme. En effet, ce texte fait partie du registre lyrique, car il fait appel à la nostalgie. C'est un texte composé entièrement en octosyllabes, ce qui est le mètre privilégié par les auteurs de ballades au Moyen-Age (on pense notamment à Ruteboeuf, à Charles d'Orléans et à François Villon). Tout cela permet d'affirmer que Thiéfaine s'inscrit dans la tradition de la ballade médiévale. Ce texte est donc très mélancolique et nostalgique.

La ruelle des morts d'Hubert Félix Thiéfaine par Lucas et Tom

En outre, l'auteur dévoile son for intérieur marqué par la nostalgie de l'enfance et de l'adolescence. A travers des références à son passé avec de l'imparfait de l'indicatif ("on descendait", "on avait", "on allait"), le chanteur évoque et invoque un passé à jamais disparu, mais que la poésie permet de faire revivre le temps d'une chanson. La nostalgie des jeux innocents de l'enfance se double de la nostalgie de l'éveil des sens et de la sensualité, comme le suggère la métaphore des framboises : "qui nous f'saient goûter leurs framboises". Le poète a la nostalgie du désir adolescent. Il y a aussi le champ lexical des jeux de l'enfance : "des billes et des îles au trésor", "Barberousse", "dragons", qui permet de revivre les fantaisies et les rêveries des enfants. La nostalgie de l'enfance et de l'adolescence est renforcée par le refrain : "En bas dans la ruelle des morts". Entre chaque plongée dans l'enfance et dans l'adolescence, l'auteur nous rappelle que dès les origines la mort est présente. L'évocation lyrique du temps qui passe demeure indissociable de la conscience de la mort. L'auteur nous fait comprendre que l'enfance à jamais disparue continue cependant de le suivre grâce à la poésie.

La ruelle des morts d'Hubert Félix Thiéfaine par Lucas et Tom

Pour conclure, l'auteur nous transporte vers son enfance grâce à une ballade autobiographique et nostalgique. La poésie permet à la fois de retrouver le regard innocent de l'enfance, l'énergie du désir adolescent, tout en ayant conscience de la mort. La vie et la mort sont les deux faces d'une même réalité. La conscience du destin tragique de l'existence humaine chantée par Thiéfaine rappelle également l'idylle amoureuse entre Miette et Silvère, dans La Fortune des Rougon de Zola. Cette idylle est marquée, comme dans la chanson de Thiéfaine, par l'innocence de l'enfance, l'énergie du désir érotique, la sensualité, et la mort qui unit les deux amants.

La ruelle des morts d'Hubert Félix Thiéfaine par Lucas et Tom
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