La Vague de Todd Strasser par Juliette

Publié le par Professeur L

Auschwitz, Pologne.

Auschwitz, Pologne.

Je suis une ancienne élève de Monsieur Ross. J'ai eu Monsieur Ross comme professeur en terminale. Tout a commencé un jour où nous avions regardé un film nous montrant l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. A la fin du film, nous ne comprenions pas que les Juifs n'aient pas réagi, et que l'Allemagne ne se soit pas manifestée contre le régime nazi, et qu'elle n'ait pas compris ce qui lui arrivait. Alors Monsieur Ross nous a fait comprendre que ce genre de choses ne pouvait pas se voir de l'intérieur du groupe. Toute la classe trouvait ça absurde, et se disait qu'aujourd'hui, tout le monde s'en rendrait compte, et que personne ne laisserait quelqu'un comme Hitler au pouvoir.

Alors, Monsieur Ross nous fit comprendre que ce n'était pas si simple. Le lendemain, il mit en place une sorte d'expérience nommée "la vague". Il nous a dit de nous lever avant de parler, de dire "Monsieur Ross" avant chaque phrase, et de répondre à ses questions par des phrases courtes. Nous avons eu une carte de membre de la vague et certains devaient rapporter ce qui se passer de mal à la fin de chaque séance. Nous trouvions cela étrange, mais intéressant, car cela créait une harmonie et une force dans la classe qui nous faisait nous sentir invincibles.

Il y avait même un slogan : "La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action." Cela commençait à devenir étrange, et tout le monde se sentait au même niveau. Tout le monde se croyait invincible, comme si le simple fait d'appartenir à un groupe retirait la personnalité et les pensées de chacun. Nous devenions tous des robots suivant les mêmes ordres et les mêmes idées, mais sans véritablement les comprendre. Comme si le groupe était intouchable, et que s'en prendre à un membre de la vague était comme s'en prendre à tout le monde. Puis la vague a pris de l'ampleur. Tout le monde ne parlait que de ça dans le lycée. Les gens allaient dans les cours de Monsieur Ross plutôt dans les leurs. Il y a eu des réunions, on forçait les gens à faire le signe de la vague, pour rentrer dans les événements comme les matchs de football. Le signe était le mouvement d'une vague qui roulait, puis la main devenait plate. C'était le symbole de la vague. Les rares gens qui ne faisaient pas partie de la vague étaient persécutés, violentés, menacés et harcelés. Des parents d'élèves se sont alors plaints de cette expérience qu'ils trouvaient malsaine et étrange.

En effet, tous les membres de la vague étaient extrêmement obéissants et dociles. Ils obéissaient sans réfléchir, sans se demander si c'était bien ou mal, sans réfléchir aux conséquences. Puis, il y a eu cet article du Grapevine, le journal du lycée, sur la vague. Cet article était très négatif, et il montrait la dangerosité et la réalité de la vague. Les membres devinrent fous de rage à la lecture de cet article. Puis cela est allé trop loin : des agressions, des menaces, des plaintes, ont été menées et proférées. Alors toute l'administration et le corps enseignant ordonnèrent à Ben Ross de stopper cette expérience, et de quitter ce rôle de dictateur pour le bien du lycée et des élèves. Monsieur Ross ne voulait pas briser cette expérience qui mettait les élèves en confiance. Il ne voulait pas finir sur un échec. Le professeur d'histoire se vit malgré tout contraint de tout arrêter. Mais il le fit comme si c'était voulu et calculé depuis le départ. Il réunit tous les membres de la vague dans l'auditorium et dit : "Vous vous croyez si spéciaux ! Vous avez accepté la volonté du groupe face à vos propres convictions, sans vous soucier de ceux qui en souffraient. Vous auriez tous fait de bons petits nazis. Vous auriez permis que l'on persécute et que l'on massacre vos amis et voisins." Et Monsieur Ross termina en disant que, si l'histoire était condamnée à se répéter, nous aussi nous voudrions nier ce qui nous est arrivé dans la vague. Notre professeur nous a également expliqué que nous devions toujours réfléchir sur ce que nous faisions, et que nous ne devions pas suivre quelqu'un bêtement, sans réfléchir. Ce discours signa la fin de la vague. Certains repartirent soulagés, d'autres étaient indifférents. Beaucoup pleuraient. Ils avaient perdu cette aise, ce confort, ce sentiment d'exister que leur offrait la vague. Ils allaient devoir redevenir comme avant, en se considérant comme inférieurs ou inexistants.

Alors croire que le passé ne peut pas se reproduire dans le présent, c'est faux et c'est naïf. Cette expérience nous a montré à tous qu'il faut toujours garder son propre avis, et son esprit critique dans n'importe quelle situation, et qu'il ne faut pas suivre tout le monde, de peur d'être rejeté.

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