Anthologie de la Première Guerre mondiale par la seconde 13 : Gabriel Chevalier, Blaise Cendrars, William March, Ernest Hemingway, John Dos Passos

Publié le par Professeur L

Ernest Hemingway, 1918.

Ernest Hemingway, 1918.

Année scolaire 2019-2020 – Lycée Cassini (Clermont-de-l’Oise)

Niveau seconde – seconde 13

Séquence 1 : des personnages dans la tourmente de l’Histoire et les spirales du souvenir

Objet d’étude : le récit et le roman du XVIIe au XXIe siècle

 

ANTHOLOGIE 1

CORRECTION

 

Texte 1 : Gabriel Chevalier, La Peur (1930)

 

Question 1 : réponse de Tymothé

Le front est comparé à un déchaînement des éléments naturels, mais aussi à un gigantesque feu d’artifice et à une usine à tuer, comme le prouvent les exemples suivants : « la tempête de fer, le rouge cyclone » et « incendiait le ciel ». Ces exemples montrent le déchaînement des éléments au front en utilisant une hyperbole et un oxymore. Cela procure au lecteur un sentiment de choc et d’impuissance. Le gigantesque feu d’artifice est révélé par les exemples suivants : « gracieuses fusées, comme des fleurs de lumière » et « retombaient, mourantes, avec une traînée d’étoiles ». L’auteur utilise une comparaison entre les obus et des « fleurs de lumière », ce qui met en valeur le sentiment de stupéfaction, car l’on évoque des obus meurtriers et destructeurs et des « fleurs de lumière ». L’usine à tuer est désignée par les exemples suivants : « les monstrueux creusets transformaient en lave sanglante la chair des hommes » et « une houille destinée à alimenter cette fournaise ». L’auteur utilise ici des hyperboles pour montrer l’enfer du front sous les tirs ennemis. Le narrateur pense qu’il n’est que de la chair à canon, un soldat destiné à mourir pour sauver sa patrie, ce qui provoque chez le lecteur un sentiment d’horreur, qui le pousse à penser que la guerre est destructrice, meurtrière mais aussi monstrueuse.

 

Question 2 : réponse de Tymothé

Cette vision du front fait penser à une fin du monde, à une destruction progressive et meurtrière de tous les humains, comme le prouve l’exemple suivant : « cette fête macabre ». L’auteur utilise ici un oxymore entre « fête » et « macabre » pour faire réagir le lecteur. L’exemple suivant : « Les explosions étaient si denses qu’elles ne formaient qu’une lueur et qu’un bruit » montre la violence et le déchaînement sur le front, choquant pour le lecteur. L’auteur apporte un éclairage décisif sur cette idée avec les exemples suivants : « embrasement du monde » et « notre destruction ». Ces exemples prouvent que le narrateur pense que la fin du monde est proche, ou que la fin de sa vie arrive à grands pas.

Anthologie de la Première Guerre mondiale par la seconde 13 : Gabriel Chevalier, Blaise Cendrars, William March, Ernest Hemingway, John Dos Passos

Texte 2 : Blaise Cendrars, La Main coupée (1945)

 

Question 1 : réponse de Lou

Tout d’abord, nous pouvons extraire le mot « Maman » une dizaine de fois dans ce texte. Une anaphore est présente. C’est ce que crient les soldats blessés ou en train de mourir dans le no man’s land. Cela les rassure car notre mère est ce qu’il y a de plus cher à nos yeux. Les soldats demandent leurs mères car ils sont apeurés et en train d’agoniser. C’est la personne qu’ils ont besoin de voir avant de mourir.

 

 

 

 

Question 2 : réponse de Lucas

Les soldats blessés à mort font penser à des enfants. Nous pouvons remarquer le champ lexical de l’enfance : « Maman », « berceau », « enfantine ». Cela renforce le sentiment d’innocence qu’un enfant peut avoir. On peut transposer cela à l’innocence des soldats. Nous pouvons également comparer les enfants qui ont peur du noir avec les soldats blessés qui ont peur de la mort : un rapprochement est fait dans le texte entre la mort et le noir. A la ligne 6, nous pouvons apercevoir le mot « copain » qui rappelle que les enfants qui meurent abandonnés de tous ont leurs amis dans la tranchée. Nous pouvons supposer que Blaise Cendrars a perdu ses amis de cette façon, en les entendant appeler leurs mères alors qu’ils agonisaient.

Otto Dix. Corpse in Barbed Wire (Flanders) from The War (1924)

Otto Dix. Corpse in Barbed Wire (Flanders) from The War (1924)

Texte 3: William March, Compagnie K, “Le soldat inconnu” (1933)

 

Question 1: réponse de Lena

Dans le troisième paragraphe, le narrateur se compare aux lapins que son grand-père piégeait et tuait dans son souvenir. Le grand-père « appâtait » les lapins avec des carottes et de la salade, comme les soldats sont appâtés par la propagande nationaliste. Puis ils sont piégés et une fois qu’ils le comprennent, il est déjà trop tard et il n’y a pas de retour en arrière, et ils sont tués. Cette comparaison fait ressentir aux lecteurs de la pitié pour le soldat tombé dans un piège, coincé par les barbelés. Le soldat est réduit à l’état d’animal luttant pour sa survie.

 

Question 2 : réponse de Salomée

Le narrateur comprend à propos du discours que tout était mensonge, que les paroles du maire n’étaient que propagande. Le maire cherche à idéaliser la guerre : « Ces hommes ont connu la gloire de mourir au champ d’honneur » (ligne 31). La mort à la guerre est présentée comme un privilège. Le narrateur repense à ces phrases, lui qui est en train de mourir dans les barbelés.

Réponse de Sullivan

C’est pour cela que le narrateur fait en sorte d’enlever tout ce qui le faire reconnaître, puisqu’il ne veut pas être enterré dans le cimetière, pour ne pas que le maire de sa ville ne s’appuie sur sa mort afin de convaincre les jeunes d’aller faire la guerre. Ce texte fait penser à l’homme politique mis en scène par Dalton Trumbo dans son roman intitulé Johnny s’en va-t-en guerre.

 

Question 3 : réponse de Thibault

Le soldat allemand peut avoir plusieurs raisons de tuer le narrateur. L’hypothèse la plus simple est qu’il le tue car il l’implore. La seconde est qu’il doit le tuer car il faisait trop de bruits et on lui ordonne donc de le tuer. Dans les deux cas, le soldat allemand le fait clairement contre son gré. Quand le narrateur l’implore, il tourne le regard au moment de tirer. Dans l’autre cas, il le supplie de se calmer pour ne pas avoir à le tuer. On peut très clairement supposer que ce soldat ne veut pas être en guerre, il semble être effrayé à l’idée de tirer et il embrasse même le narrateur sur la joue avant de tirer. Il semble être pacifiste et se retrouve là contre son gré.

 

Antonello de Messine, Ecce homo (1473), Piacenza, Collège Alberoni. Ecce homo est une expression latine signifiant « voici l'homme ». C'est l'expression prêtée à Ponce Pilate, gouverneur romain de Judée, dans la traduction de la Vulgate de l'Évangile selon Jean (19:5) lorsqu'à Jérusalem, il présenta à la foule Jésus de Nazareth sortant du prétoire, après la flagellation. La phrase correspondante en grec ancien est Ἰδού ὁ ἄνθρωπος / Idoύ ho anthrôpos.  Un Ecce Homo sur le plan artistique est une représentation de Jésus de Nazareth debout, couronné d'épines et revêtu d'une cape, les deux mains entravées par une corde tenant un sceptre de roseau. Naturellement, cette représentation peut comporter des variantes selon les œuvres.

Antonello de Messine, Ecce homo (1473), Piacenza, Collège Alberoni. Ecce homo est une expression latine signifiant « voici l'homme ». C'est l'expression prêtée à Ponce Pilate, gouverneur romain de Judée, dans la traduction de la Vulgate de l'Évangile selon Jean (19:5) lorsqu'à Jérusalem, il présenta à la foule Jésus de Nazareth sortant du prétoire, après la flagellation. La phrase correspondante en grec ancien est Ἰδού ὁ ἄνθρωπος / Idoύ ho anthrôpos. Un Ecce Homo sur le plan artistique est une représentation de Jésus de Nazareth debout, couronné d'épines et revêtu d'une cape, les deux mains entravées par une corde tenant un sceptre de roseau. Naturellement, cette représentation peut comporter des variantes selon les œuvres.

Texte 4 : Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes (1932)

 

Question 1 : réponse de Théo

L’aumônier pense que c’est bientôt la fin de la guerre parce que la dernière bataille de l’été s’est terminée en l’état ou c’était avant l’offensive, sur un statu quo : « On cessera de se battre…Des deux côtés ». L’aumônier pense que les combattants sont épuisés, fatigués, et veulent la fin de la guerre : « Ils ont souffert autant que nous. » L’auteur insiste sur le sentiment d’impuissance des soldats qui sont exténués à cause de la guerre.

 

Question 2 : réponse de Théo

Frédéric soutient que les paysans ont été battus dès le début car ils sont obligés de quitter leur ferme pour aller rejoindre l’armée et se battre : « il a été vaincu dans le commencement ». Cette phrase évoque un paysan contraint d’aller à la guerre. De plus, le paysan passe sa vie à cultiver sa terre, alors que la guerre détruit la terre ou les paysages et provoque la mort. Il y a donc une antithèse entre la guerre et l’agriculture. L’auteur insiste sur l’émotion de frustration des paysans qui abandonnent leurs métiers et leurs familles pour devenir combattants et peut-être ne plus revenir.

 

Question 3 : réponse de Léane

Frédéric pense que la victoire est pire que la défaite car, pour gagner une guerre, il faut écraser, massacrer, tuer, réduire à néant l’ennemi. Certains soldats sont même obligés de tuer contre leurs convictions car s’ils ne tuent pas l’ennemi, ce sera l’ennemi qui les tuera. La guerre est un vrai carnage : il faut tuer ou être tué. De plus, même si l’on gagne la guerre, les horreurs faites pour remporter cette victoire sont et resteront des souvenirs à jamais gravés dans les mémoires, profondément traumatisants. C’est pour cela que remporter la victoire n’est pas forcément mieux que la défaite, car avoir la mort d’un grand nombre de personnes sur ses épaules et dans la conscience est une épreuve difficile.

Photo prise lors de la bataille du Chemin des Dames.

Photo prise lors de la bataille du Chemin des Dames.

Texte 5 : John Dos Passos, L’Initiation d’un homme : 1917 (1920)

 

Question 1 : réponse de Tess

            Le Walhalla est, dans la religion scandinave, le paradis pour les soldats morts en héros et qui continuent le jour à mener des combats sans mort ni blessure, et la nuit à s’adonner à des festins et à des beuveries d’hydromel, servis par les Walkyries (ce sont des déesses guerrières qui décident du sort des combats et de la mort des guerriers), en buvant dans les crânes de leurs ennemis. L’auteur pense que les soldats présents sont sales, sentant la sueur et l’odeur de tabac : « dans les salles empestant le tabac et la sueur, pareilles à celles des petits cafés à l’arrière des lignes, s’asseoir par groupes de cinq, battre, donner, lever les plus, toujours avec le même geste en abattant la carte sur la table, et s’arrêter par-ci par-là pour gratter leur chair dévorée de poux » (lignes 14-17). Ces soldats salissent l’image de Walhalla, symbole de puissance, de grandeur, d’honneur guerrier. Ils sont l’antithèse des soldats vaillant mourant en héros. L’auteur montre donc que les soldats n’ont rien d’héroïque, de vaillant, de plus, et il démontre clairement qu’ils ne veulent plus faire la guerre. Si le Walhalla existe, il sera « infecté » par ces soldats sales, devenus comme des bêtes et des monstres à cause de cette guerre. C’est une manière pour l’écrivain de souligner la déshumanisation des soldats.

            Par ailleurs, le Golgotha est une colline située près de Jérusalem. C’est sur cette colline que les Romains crucifiaient les condamnés à mort. L’un des plus connus mort sur cette colline est Jésus-Christ. L’auteur compare donc le front au Golgotha car pour lui, tous les soldats au front, se battant, sont tous condamnés à mourir : « tout le long de cette immense Golgotha qui s’étend de Belfort à la mer ». Le front est un lieu de martyre où s’entassent les cadavres. Or Golgotha veut dire « lieu-dit du crâne ».

 

Question 2 : réponse de Léna

Les soldats jouent aux cartes pour essayer de ne plus penser à la guerre ou à la peur de la mort : « tromper leur ennui ». Le sentiment d’horreur peut transparaître dans la formule « en abattant la carte », ce qui peut nous faire penser aux soldats tombant les uns après les autres. L’écrivain le met en lumière dans la dernière phrase : « Est-ce la mort qu’ils jouent ».

Réponse de Nazim :

Les soldats jouent aux cartes car ils ne sont pas heureux. Le désespoir domine les soldats qui savent que tôt ou tard ils vont mourir. Jouer aux cartes leur sert à fuir leurs peurs et à essayer de passer un bon moment avant une mort potentielle. Les soldats déshumanisés attendent patiemment la mort qui pourrait arriver d’un moment à l’autre.

Note du professeur : Le jeu de cartes et la guerre ont un point commun : ceux qui gagnent ne sont pas les plus forts mais les plus chanceux. La survie n’a plus rien à voir avec le courage. Comme dans un jeu de cartes, la survie n’est due qu’au hasard. La guerre est devenue un jeu de hasard.

 

Question 3 : réponse de Thibault

            Dans cet avant-dernier paragraphe, le bruit des canons est comparé à des tams-tams. Cette comparaison est peut-être due au fait que ce sont des instruments de musique rapide, et que les canons tirent sans cesse par la même occasion.

            Réponse de Romane :

            Le bruit du canon est comparé à des tams-tams qui résonnent. Comme le prouve l’exemple suivant : « dans leurs oreilles, comme des tams-tams, résonne la danse macabre des canons », l’auteur utilise une comparaison. Or le tam-tam est un instrument de percussion utilisé par les tribus primitives à l’origine pour les cérémonies religieuses, les sacrifices et les combats. Cela évoque chez le lecteur un sentiment de frayeur : on s’imagine le bruit du canon qui revient à la manière d’une percussion.

            Note du professeur :  la référence à un instrument utilisé par les tribus primitives à l’origine rappelle que cette guerre utilise des moyens techniques modernes (obus, tanks, avions, gaz asphyxiants, mitrailleuses) mais fait régresser l’humanité vers un âge barbare et archaïque. D’autre part le tam-tam accompagne la guerre désignée à travers l’oxymore de « danse macabre », faisant là encore référence à un motif artistique remontant au Moyen-Age, qui représente l’humanité en train de danser alors qu’elle est conduite et entraînée par la Mort.

Anthologie de la Première Guerre mondiale par la seconde 13 : Gabriel Chevalier, Blaise Cendrars, William March, Ernest Hemingway, John Dos Passos
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