Le Silence de la mer de Vercors en seconde 13

Publié le par Professeur L

Le Silence de la mer de Vercors en seconde 13

SEQUENCE 5 : LITTERATURE ROMANESQUE ET RESISTANCE

Objet d'étude : le roman et le récit du XVIIIe au XXIe siècles

 

            Problématique : comment la littérature romanesque met-elle en scène les silences, les refus et les luttes contre l’oppression ?

 

PROJET 

Présenter un magazine numérique sur Le Silence de la Mer de Vercors dans le cadre du Concours National de la Résistance et de la Déportation

 

PARCOURS

 

Texte 1 : incipit (chapitre I)

Texte 2 : l'apparition surnaturelle de l'officier allemand (chapitre II)

Texte 3 : le discours séduisant de la Bête (pp. 33-34) : « Son regard se porta sur le mien... » à « Je vous souhaite une bonne nuit »

Texte 4 : le dénouement tragique (pp. 58-60) : « Ses mains retombèrent. » à « Et la porte se ferma et ses pas s'évanouirent au fond de la maison. »

 

 

TEXTE 1 : incipit (chapitre 1)

 

            Je présente l'auteur

  • vrai nom : Jean Bruller
  • naît le 26 février 1902
  • fils d'un émigré hongrois venu de Budapest à pied, à l'âge de 15 ans, pour rejoindre le pays de la liberté
  • en 1921 Jean Bruller démarre une carrière de dessinateur
  • bouleversé par la défaite de 1940
  • écœuré par la trahison de Pétain
  • il décide de ne plus rien publier sous l'Occupation
  • décide de participer à la diffusion de la presse clandestine
  • convaincu que la presse clandestine est une arme pour contrer les mensonges de la propagande pétainiste et nazie
  • en 1941 il crée les Éditions de Minuit avec son ami Pierre de Lescure
  • les Éditions de Minuit : le creuset de la résistance pour les écrivains
  • les Éditions de Minuit sauve l'honneur des écrivains et des intellectuels français
  • après la guerre Vercors se consacre à l'écriture de romans, d'essais, de pièces de théâtre à la recherche d'un nouvel humanisme
  • son objectif : définir l'être humain comme une nécessaire rupture avec l'état de nature
  • s'éteint à Paris le 10 juin 1991

             Je présente l’œuvre

  • la nouvelle Le Silence de la mer paraît le 20 février 1942 : c'est le premier titre des Éditions de Minuit
  • l'ouvrage ne sort qu'en août 1942 par mesure de sécurité à 350 exemplaires
  • réédité en Grande-Bretagne en 1943 à des milliers d'exemplaires à des fins de propagande
  • le récit est parachuté en France
  • pendant la guerre le livre est réédité en Algérie, en Suisse et en Australie
  • le livre est traduit en 72 langues
  • l’œuvre devient un best-seller à l'étranger
  • elle offre la vision d'une France digne, martyrisée, mais qui restaure son honneur et sa grandeur
  • c'est aussi une preuve de la résistance des écrivains français face à l'oppression vichyste et nazie
  • les Alliés vont rééditer à partir de 1943 cette œuvre afin de convaincre les résistants français de ne pas risquer leur vie dans des attentats personnels, préférant le renseignement, l'espionnage, l'organisation patiente et le sabotage pour préparer le Débarquement et favoriser la victoire contre le nazisme
  • Vercors veut utiliser la littérature comme arme et mettre en garde contre la véritable nature du nazisme
  • il veut aussi que tous ceux qui sont contre l'occupation et contre la collaboration se rassemblent et s'unissent
  • d'où le nombre important de références culturelles, espérant ainsi cimenter la population autour de ce patrimoine littéraire
  • le patrimoine littéraire est une valeur commune qui dépasse tous les clivages et qui rappelle la grandeur de la France dans le monde
  • la lutte est donc d'abord spirituelle et humaniste
  • cette nouvelle : le symbole de la résistance intellectuelle face à l'occupation et face à la collaboration
  • ce récit prône la résistance civile

            Je présente l’extrait :

  • incipit

début in media res qui nous plonge directement dans l'histoire

  • le lecteur se trouve au milieu des personnages
  • première mention, dès la première page, d'une incommunicabilité entre les personnages : « Ils me parlèrent, dans ce qu'ils supposaient être du français. Je ne comprenais pas un mot. »
  • dès le débat ce sont le langage et la communication qui posent problème
  • dans le premier chapitre multiplicité d'actions par opposition aux autres chapitres

J’annonce la problématique : comment l’auteur met-il en place les éléments permettant au lecteur de s’installer dans le récit ?

J’annonce le plan :

  1. Une agitation et un trouble initial
  2. Les codes de la fiction bouleversés
Parade de l'armée allemande à Paris en juin 1940.

Parade de l'armée allemande à Paris en juin 1940.

  1. Une agitation et un trouble initial
  • en une page : 5 jours s'écoulent et 10 personnages apparaissent :

- deux troufions

- un sous-officier

- un chauffeur

- un jeune soldat

- trois cavaliers

- le narrateur

- la nièce du narrateur

  • agitation initiale mêlée d'incompréhension : « je ne comprenais pas un mot » (le narrateur dans l'incapacité de communiquer avec les soldats allemands qui s'adressent pourtant à lui en français)
  • rien n'est dit directement
  • l'intelligence du lecteur est sollicitée dès le début pour comprendre ce qui se passe
  • on déduit de l'agitation initiale qu'il s'est produit un événement bouleversant la vie quotidienne
  • le lieu n'est pas précisé
  • ni date ni lieu ni récit historique ni référence à un événement historique
  • on ignore aussi l'identité de la personne qui va être installée dans la demeure du narrateur
  • agitation et brouillage initiaux
  • le pronom personnel « il » qui ouvre la nouvelle est difficile à saisir : il s'agit du onzième personnage dont on ignore l'identité
  • d'habitude le « il » a un rôle anaphorique : il reprend un personnage déjà cité
  • or ici le « il » n'est précédé d'aucune identité précise
  • ce pronom a donc un statut très particulier
  • cela permet de mettre en valeur un personnage entouré de mystère
  • le personnage désigné par « il » est à la fois mis en avant et dissimulé, ce qui renforce le suspense et la tension dès le début du récit
  • le pronom personnel « il » est mis en avant et dissimulé tout à la fois grâce à la forme passive : « Il fut précédé par un grand déploiement d'appareil militaire. » (p. 19)
  • le complément d'agent souligne ce que l'officier allemand s'efforcera de faire oublier à ses hôtes : le bruit de la guerre : « un grand déploiement d'appareil militaire »
  • le verbe « précéder » rappelle la manœuvre militaire
  • tout le premier chapitre, et toute la nouvelle, reposent en fait sur le souvenir du bruit de la guerre que l'officier allemand cherche à faire oublier ou à justifier
  • le pronom personnel « il » est d'autant plus ambiguë : il est noyé sous ce « déploiement d'appareil militaire »
  • le pronom personnel « il » apparaît dès lors comme un élément de ce « déploiement d'appareil militaire »
  • le personnage désigné par le pronom personnel « il » apparaît dès lors comme le fruit de ce « déploiement d'appareil militaire »
  • la première phrase de la nouvelle établit une connexion intime entre le personnage allemand et le bruit de la guerre
  • les deux éléments demeurent indissolublement liés
  • le premier mérite de la nouvelle apparaît dès la première phrase du récit : c'est celui de rappeler au lecteur que l'occupant allemand n'est pas le bienvenu puisqu'il est venu en conquérant, par la violence, par la force, par la brutalité de la guerre
  • par conséquent, si l'hôte est un envahisseur venu par la force des armes, toute paix avec lui demeure impossible
  • en même temps, l'ambiguïté du pronom personnel « il », à la fois noyé et mis en valeur, dissimulé et mis en relief, traduit l'ambiguïté et la complexité du personnage allemand

 

 

  1. Les codes de la fiction bouleversés : le flou initial porteur d'interrogations

 

    • le lecteur entre dans l'histoire au moment où de nombreux personnages arrivent pour s'installer
    • il y a une double installation : celle du lecteur dans le récit et celle des personnages dans la maison du narrateur
    • le lecteur s'installe dans la fiction en même temps que les envahisseurs allemands s'installent dans la maison
    • il y a une correspondance entre l'entrée du lecteur dans la fiction et l'entrée des Allemands dans la maison
    • l'installation des Allemands : métaphore de l'installation du lecteur dans le récit
    • le lecteur débarque dans l'histoire
    • les bruits initiaux signalent le début d'une histoire : le bruit de la « cavalcade » des chevaux et celui du torpédo qui « pénétra dans le jardin »
    • cependant rien n'est expliqué : le narrateur n'explique pas les raisons ni les circonstances d'un tel bruit et d'une telle installation
    • le lecteur est laissé dans un état d'incertitude
    • le texte suscite ainsi dès le début les interrogations du lecteur
    • il n'y a pas à proprement parler, comme dans un récit réaliste à la Balzac, de scène d'exposition fournissant les éléments nécessaires au cadre, au moment, au lieu, à l'identité et à l'histoire des personnages
    • flou initial
    • cependant le lecteur de 1942 sait de quoi il s'agit : les débuts de l'occupation, les réquisitions faites par l'armée allemande, les préparatifs de l'arrivée d'un officier installé chez des particuliers
    • ce début n'est obscur que pour un lecteur contemporain peu aux faits de l'histoire de l'Occupation

 

Conclusion

  • cet incipit est original car il met en parallèle l’installation des personnages et l’installation du lecteur dans le monde de la fiction
  • le lecteur s’installe en même temps que les personnages
  • l’incipit ne donne aucune information précise : on comprend que le texte cherche à éveiller la curiosité du lecteur et à susciter sa réflexion
  • c’est un texte qui veut nous faire réfléchir
  • l’incipit ne donne que peu d’informations précises, mais il donne déjà des clés importantes de l’œuvre : il présente un personnage important en soulignant le mystère qui l’entoure, tout en rappelant sa matrice, son origine : la guerre
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