Lettre de René Jacob expliquée par la seconde 13

Publié le par Professeur L

Lettre de René Jacob expliquée par la seconde 13

Année scolaire 2019-2020 – Lycée Cassini (Clermont-de-l’Oise)

Niveau seconde – seconde 13

Séquence 1 : des personnages pris dans la tourmente de l’Histoire et les spirales du souvenir

Séance 3

Support : Lettre de René Jacob à sa femme. Extrait deParoles de Poilus, Lettres et carnets du front 1914-1918 rassemblés par Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume : la découverte du champ de bataille

 

Commentaire collectif par la seconde 13

Les phrases et mots en italique sont rajoutés par le professeur

 

            Pour parvenir à nous faire comprendre ses émotions et sentiments, René Jacob utilise des questions rhétoriques au début du texte : « Comment décrire ? Quels mots prendre ? » Il nous montre ainsi son hésitation à décrire ce qu’il a vu. Le lecteur se demande pourquoi. Face au spectacle dont il a été témoin, il ne trouve pas les mots transcrire l’horreur. L’auteur utilise donc des questions rhétoriques pour plusieurs raisons : pour que le lecteur se mette à la place du narrateur et qu’il imagine ce que le narrateur va évoquer ; mais la raison principale est qu’il est tellement choqué par cette horreur qu’il ne sait pas quoi dire, il en perd les mots. Il utilise ces deux questions car ce qu’il a sous les yeux est indescriptible et à la limite de ce que l’on peut imaginer.  L’auteur nous donne des lieux précis pour créer un effet de réalité et de proximité : « Meaux avec ses bateaux-lavoirs coulés dans la Marne et son pont détruit », « sur la route de Soissons », « le plateau du Nord ». Les indications géographiques nous plongent dans la réalité d’un territoire meurtri par la guerre.

            De plus, l’auteur utilise les champs lexicaux de la peur (« horreur », « effroyable ») et de la peine (« plus douloureux encore que des cadavres d’hommes ») pour mettre en valeur la terreur qui domine lorsqu’il découvre le champ de bataille. Il insiste sur le traumatisme, la peur et le dégoût. Il présente le spectacle qu’il découvre comme la source d’un véritable traumatisme. René Jacob se sert ainsi d’une comparaison pour montrer que la découverte du champ de bataille suscite un effet de surprise : « comme si un rideau de théâtre s’était levé devant nous ». Dans cet exemple, l’auteur compare le champ de bataille à une pièce de théâtre. Or quand on va au théâtre, nous allons voir un spectacle. L’auteur compare donc le champ de bataille au théâtre pour nous faire comprendre que ce qu’il va décrire est spectaculaire. Cette comparaison suscite l’attention du lecteur. Cela accentue la surprise quand il nous découvre le décor. C’est un paysage apocalyptique.

            En outre, l’auteur utilise une énumération d’adjectifs qualificatifs péjoratifs comme par exemple les mots « noirâtres, verdâtres, décomposés » pour insister sur le sentiment de dégoût. René Jacob fait plusieurs répétitions (« des cadavres », « une odeur », « Meaux ») pour souligner le grand nombre de morts et aussi pour insister sur la cruauté de la guerre. L’auteur montre un sentiment de désespoir à travers ce texte grâce à l’anaphore du mot « cadavres ». Cette technique insiste sur le sentiment de dégoût. Il met en valeur le fait que le champ de bataille est un « carnage », le résultat d’un « saccage abominable », ce qui montre la violence extrême des combats. Le champ lexical de la mort est omniprésent : « cadavres », « odeur de la mort », « charnier », « carnage ». Le champ lexical du corps humain apparaît aussi : « bras », « genoux », « gorge », « cœur », ce qui renforce la dimension physique et organique de la description. Le corps est plongé dans ce spectacle morbide. Il insiste ainsi sur les morts et les corps sans vie.  Etrangement, l’auteur n’utilise pas de phrase exclamative pour décrire le désastre qu’il observe. Mais il emploie une gradation : « champ de bataille », « champ de carnage », « tas brûlants », « saccage abominable ». La gradation accentue le sentiment d’horreur.

            Par ailleurs, le sens de l’odorat est omniprésent dans le texte. L’écrivain emploie une métaphore pour assimiler l’odeur des hommes morts à de la pourriture. La notion d’odeur s’accentue au fur et à mesure du texte.  Le soldat se sert d’une personnification pour désigner l’odeur infecte qui obsède les survivants : « elle nous prend à la gorge et, pendant quatre heures, elle ne nous abandonnera pas. » La personnification du vent (« En vain le vent soufflant en rafales sur la plaine s'efforçait-il de balayer tout cela ») permet de souligner le fait que rien ne peut effacer le carnage, et renforce la prégnance de l’odeur de la mort. Pour décrire cette odeur insupportable, l’auteur se sert de la répétition du mot « odeur » : « Une odeur effroyable, une odeur de charnier, monte de toute cette pourriture. » Il utilise l’adjectif qualificatif péjoratif « effroyable » : avec les mots « charnier » et « pourriture », on retrouve le champ lexical de l’horreur. En s’exprimant au présent d’actualité, le témoin donne l’impression que l’odeur est toujours présente au moment de l’écriture : « Au moment où je trace ces lignes, je la sens encore éparse autour de moi, qui me fait chavirer le cœur. » C’est bien le sentiment de dégoût qui domine dans cette description du champ de bataille. Le sens de l’ouïe est aussi mis en évidence à travers l’expression « bourdonnent des essaims de mouches ». Cela nous indique la présence de la mort.

            A la fin du texte, la haine prend le dessus sur le désespoir car l’auteur se rend compte que les souvenirs de cette guerre, les images du champ de bataille, resteront à jamais gravés dans sa mémoire : « Mais ce que je n'oublierai jamais, c'est la ruine des choses, c'est le saccage abominable des chaumières, c'est le pillage des maisons... » Cette description vise à nous attrister en incitant à ressentir de la pitié pour les habitants qui ont perdu leurs maisons. L’auteur montre la force de son traumatisme en commençant par la conjonction de coordination « mais » suivie du verbe oublier au futur de l’indicatif et de la négation avec l’adverbe « jamais ». La phrase est bâtie sur une énumération selon un rythme ternaire d’une structure emphatique, permettant au témoin d’insister sur « la ruine », « le saccage », et le « pillage ». C’est bien une image de fin du monde que le soldat nous transmet dans sa lettre. C’est comme cela qu’il nous transmet l’étouffement et l’angoisse du soldat plongé dans l’horreur de la guerre.

 

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