Dimanche 14 mars 2010
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16:36
Comment pourrais-je te décrire cette horreur que je vis au quotidien ? Comment te faire comprendre la cruauté de cette guerre sans fin ? Moi qui ne suis que gardien de phare. Toi qui te rappelais
si bien de moi, cette guerre m'a bien transformé.
Avant, comme tu le savais, j'étais courageux, prêt à aller de l'avant, un aventurier qui n'avait peur de rien.
Aujourd'hui, j'ai peur du moindre grincement, des moindres pas que j'entends autour de moi.
D'après ce que l'on m'avait fait entendre, la Somme était paisible. La guerre n'avait pas encore atteint ce petit coin de paradis. Mais à mon arrivée, je me suis rendu compte que tout cela
n'était qu'une simple et vague illusion. Ce département n'était qu'une vaste terre hostile et morbide où seuls carnage et enfer emprisonnent toutes ces âmes qui se battent pour la liberté.
Un jour parmi tant d'autres, je n'avais vu la mort d'aussi près. Un de mes amis, en voulant l'aider, car il s'était pris dans les barbelés, moi qui n'étais qu'à quelques centimètres de lui, je
l'ai vu exploser lors de l'impact d'un obus, ses entrailles éparpillées sur mon corps et jusque dans ma bouche, me laissant encore le goût du sang mélangé à la terre, l'odeur de la décomposition
et de la pourriture de cet homme à qui je parlais il y avait encore une heure. Le soir même, m'étant isolé pour avoir un peu de calme, j'allumai une cigarette puis ne pensant plus à rien, je la
plaçai entre mes doigts et levai la main en attendant qu'un tireur ennemi tire en rayant la lueur de cette cigarette.
Je me suis mutilé pour toi, pour te rejoindre, pour fuir cette guerre incessante hors de mes supérieurs.
Mais ce que je n'oublierai jamais, ce sont les corps innombrables, inanimés, qui m'entourent, et cette odeur de pourriture inoubliable.
Dimanche 14 mars 2010
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16:31
Chère Mathilde,
Comment t'expliquer notre malheur ? Comment te montrer l'horreur ? Hier nous nous sommes fait attaquer, massacrer, exterminer !
La peur m'envahit.
La peur que nous devons traverser.
La peur de ne plus jamais revenir.
La vie ici est comme entrée pour la mort. Même en dormant, les bruits des coups de fusil envahissent mes pensées. La vision de la couleur du sang me fait penser aux flammes de l'enfer. La
nourriture ressemble à la chair des cadavres. En voyant les soldats pleurant leurs familles, je ressens le malheur, la déception dans ces tranchées humides et remplies de cadavres. La chose qui
m'horrifie le plus, c'est toutes ces personnes qui se mutilent pour retrouver leurs familles et qui se font finalement condamner à mort. Les odeurs insoutenables, insupportables des cadavres
déchiquetés et la présence des rats me paralysent d'une peur bleue. Si par bonheur j'arrivais à rentrer à la maison ! Mais ce que je n'oublierai jamais, c'est le drame, l'horreur, le massacre du
champ de bataille.
Manech
Samedi 13 mars 2010
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19:24
Mathilde chérie,
S'il te plaît ne pleure pas. Je vais bientôt mourir. Je vais t'expliquer pourquoi.
La guerre est terrorisante, la guerre est un fléau, la guerre c'est l'enfer.
Comment te la décrire ? Comment pourrais-tu comprendre ? Les horreurs que j'ai vues sont indescriptibles, j'ai vu mon ami se faire pulvériser, j'ai eu ses entrailles répandues sur moi, et je n'ai
rien pu faire. J'ai appris qu'une blessure de guerre pourrait me faire rentrer auprès de toi, alors j'ai fait exprès de me faire tirer dans les doigts. J'ai eu mal mais ma douleur n'est rien
comparée à celle des soldats morts au front. D'innombrables cadavres sont éparpillés sur le champ de bataille comme sur un étal de boucherie. L'odeur qui s'en échappe est immonde, tous ces corps
pourrissent, les mouches sont partout et volent au-dessus de ces hommes devenus noirâtres, verts, méconnaissables. Alors c'est pour cela que je vais mourir. Les sergents nous considèrent comme
des traîtres, ils en ont décidé ainsi alors je vais être exécuté. Je repense à toi, ma chérie, nos premières fois ensemble, la douceur de ta peau, ton odeur délicieuse comme un jardin de fleurs.
Ici la mort est présente partout. Le ciel est noir et voilà qu'un officier vient me chercher. Je n'ai plus le temps, Mathilde, pardonne-moi.
Je t'aime.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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19:20
Chère Mathilde,
Je ne sais pas comment t'expliquer. Quels mots employer ?
La guerre que l'on croyait si facile est en fait un enfer indescriptible. Mais quand j'avais peur, sur le front, j'ai repensé à notre amour, tous les deux embrassés au bord de la mer.
Je ne peux pas t'expliquer l'expression des visages morts des soldats, qu'ils soient français ou allemands.
Le matin, la pluie de feu commençait. Les avions tournaient autour de nous. Plus on combat les ennemis, plus on devient fou d'héroïsme. Mais moi, c'est l'inverse. C'est mon grand courage qui
flanche depuis cette guerre inutile.
Plusieurs de mes compagnons se mutilent pour échapper à la mort. Mais les tranchées ne sont rien comparées au champ de bataille, cette boucherie où chaque corps est exposé comme sur un étal qui
pourrit.
Plusieurs de mes compagnons sont exécutés car ils se sont blessés volontairement pour partir, sauver leurs vies, quitter ce paysage mort et gris.
Bon courage, mon amour.
Je t'aime.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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19:13
Chère Mathilde,
La vie ici est à chaque minute de plus en plus difficile et horrible. Dans tant de haine et de cruauté, il ne me reste qu'un espoir, un jour te revoir. Les nuits ici sont difficiles, peu de
sommeil. Les matins le sont encore plus, à cause des obus qui surprennent comme le tonnerre. Lorsque je me lève, je tombe parfois sur des cadavres mutilés et verdâtres. Je me sens seul sans toi,
je me sens seul parmi les morts, je me sens seul, dépourvu de bonheur et de ton amour. Je suis seul.
Lorsque je me rends sur ce champ de carnage et que je fusille de pauvres innocents, je repense à tous ces moments passés ensemble. Comme ce jour où nous avions célébré le 14 juillet, en regardant
ce magnifique feu d'artifice. Mais maintenant, lorsque j'entends le bruit sourd qu'émet le feu d'artifice, je me rends compte que c'est un obus célébrant la mort. Comment te faire imaginer ? Je
ne trouve plus les mots pour décrire l'horreur qui occupe mes journées. Chaque jour des cadavres s'entassent, chaque jour la nourriture se fait un peu plus rare, chaque jour la fatigue se fait
ressentir, chaque jour mon coeur a mal de ne plus te voir. Chaque jour j'endure un véritable calvaire. La mort, la faim, la fatigue, le désespoir, la souffrance sont les seules choses
présentes dans les tranchées. Un homme, un soldat, un meurtrier, un blessé, un mort... A chacun de nos pas, le risque de mourir s'intensifie. Les soldats morts sont vidés de leurs entrailles, les
mouches rôdent sur les membres qui constituent leurs corps.
Voilà comment se déroule le restant de mon existence.
Je t'aime.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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19:09
A ma petite fiancée,
A l'heure où je t'écris, une pluie d'obus s'acharne sur nous tous.
Quels mots choisir pour décrire cet enfer ?
Ce qui est le plus dur, c'est de devoir supporter les cris et les pleurs de mes compagnons dont les entrailles se répandent sur le sol. A chaque instant, la mort nous guette, cette mort qui à
chaque minute me prend mes amis et me rend fou. La mort est le pire fléau qui puisse exister et même les Allemands en ont peur.
Je me souviens encore de nos paisibles balades à la ferme. Tout ça, c'était avant qu'on vienne me chercher, nous savions tout de suite que la mort ferait partie de mon quotidien. En dehors de la
tranchée s'entassent des milliers de cadavres en décomposition. Ce n'est pas une guerre mais l'enfer.
Suis-je vraiment heureux de pouvoir défendre la France au péril de ma vie ?
Vais-je rentrer un jour ?
Sache que je t'aime, et que c'est ce qui me donne la force de continuer.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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19:04
Ma douce Mathilde,
Quels mots dois-je utiliser pour te décrire cet enfer ?
La terre que je foule est stérile jusqu'à la racine comme le cratère d'un volcan. Les odeurs pestiférées que rejette cette terre nous donne des nausées à chaque inspiration. La terre est jonchée
de cadavres allemands, français et animaux car les obus ne font pas la différence. Eux, tuent n'importe qui. J'ai vu la folie et la déchéance des hommes. Les généraux nous forçaient à sortir de
nos tranchées. La plupart de mes camarades tombèrent dans les trous d'obus tels des morts dans leurs tombes. Je sens encore les battements de ton coeur sur ma main. Cela durcit mon courage. La
veille de mon départ pour l'enfer, c'était le paradis.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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19:00
Ma chère Mathilde,
Par où commencer ? Comment te montrer ma souffrance ? Ma vie est devenue un enfer. Je marche dans la boue du matin au soir. Mon corps se décompose comme tous ces millions de cadavres échoués. Le
fracas des armes et les cris d'horreur m'empêchent tout repos, je suis exténué. Je n'ai pas la force de continuer mais forcé par les officiers, je ne peux m'arrêter.
Seul, je continue mon combat.
Seul, je pense à toi.
Seul, je marche pas à pas.
Ici, tout est plus sombre, je me rappelle encore du soleil réchauffant nos corps.
J'ai mauvaise conscience de tuer tous ces gens considérés comme des rats à exterminer.
Une odeur nauséabonde est présente à chaque instant. C'est celle de la mort, de toutes ces âmes transies qui pourrissent et moisissent.
Voilà déjà quatre mois que je subis cet enfer, que je suffoque en respirant cet air toxique. Je pense tous les jours très fort à toi. Tu es celle qui me permet de vivre.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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18:54
Ma bien-aimée,
Comment t'expliquer ? Quels mots employer ?
Je suis dans les tranchées, mais je prends quelques minutes sous ces tirs d'obus pour t'écrire ces quelques lignes. La vie ici est très dure ; on meurt de faim, de soif, de fatigue, de fruid, de
tirs. Avant de s'endormir, on se demande toujours si on ouvrira ses yeux le lendemain. Chaque soir, je rêve des merveilleux moments passés à tes côtés, tes paroles si douces qui me réchauffaient
le coeur, tes bras autour de moi et tes baisers si somptueux. Mes compagnons sont comme des amis de vacances : nous créons des liens très forts tout en sachant que nous ne reverrons jamais
certains d'entre eux. Voilà déjà trois jours que Robert nous a quittés... Ma chère Mathilde, tu me manques, ma ville me manque, le soleil et l'océan me manquent. Ici, il fait toujours très
sombre, la lumière n'existe pas, nous ne distinguons pas le jour de la nuit... Nous sommes entourés de cadavres, leurs membres s'en vont peu à peu, leurs corps deviennent verdâtres, leurs
entrailles traînent à terre et cette odeur qui ne disparaît jamais... Sur ce terrain miné, j'ai perdu mon courage. Sur ce terrain miné je n'ai plus envie de vivre. Sur ce terrain miné je ne vois
que la peur. Mathilde, la vie m'est insupportable. Nous sommes arrivés sur un terrain vague avec de l'herbe verte et cette couleur a disparu pour laisser place à des ténèbres. C'est devenu un
cimetière rempli de cadavres et maintenant, c'est l'enfer. Mon amour, je ne saurais te dire si je reverrai ton visage un jour, mais sache que tu es et que tu resteras à jamais mon rayon de
soleil.
Manec
Samedi 13 mars 2010
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18:49
Chère Mathilde,
Tu me manques. La vie au front est horrible, pire que ce que je pensais. Combien de cadavres sont entassés sous ces tas de boue ? Comment te l'expliquer ? Comment te le faire imaginer ?
Ici, tout est sombre, il fait très froid. Par terre il y a des tas de cadavres empilés les uns sur les autres, des cadavres d'humains, mais aussi d'animaux. Je me rappelle encore quand toi et moi
étions sur le bord de la plage à écouter le bruit des vagues et à regarder le soleil au loin. Tout cela me manque. Là où je suis, le soleil n'existe pas, tout ce qu'on entend, ce sont les bruits
des tirs et les cris de ceux qui sont touchés. Partout sur le front, on voit des cadavres en décomposition. Parfois il m'arrive d'en reconnaître quelques-uns. Mes amis sont presque tous morts, et
la plupart du temps, j'ai vu leur fin. Ici, c'est pire que ce que tu t'imagines. C'est pire que ce que j'imaginais. C'est pire que l'enfer. Chaque seconde, quand je suis au front, je pense à ma
mort, je vois mon cadavre sur le sol mélangé aux autres morts. L'odeur est épouvantable, horrible, effroyable. Combien de gens innocents ai-je tué juste pour un bout de terre ?
Voilà ma vie au front, on dirait qu'on se trouve en enfer.
J'ai très envie de te revoir.
A bientôt, j'espère ....
Manec
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