Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième

Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:00

Ma chère Mathilde,

 

Au moment où je te parle, des centaines de milliers de soldats se font tuer par les balles des Allemands. Pourquoi toute cette violence ? Qu'avons-nous fait ? Pourquoi tous ces sacrifices ?

Ici, la mort, la souffrance, l'horreur et la cruauté sont partout. Des millions de corps verdâtres recouvrent le sol, y compris celui de Guillaume, éparpillé un peu partout. Un obus l'a percuté pendant que j'essayais de le sortir des barbelés.

Nous sommes affamés, épuisés, contrairement aux rats qui dévorent la chair et les organes des morts. Et l'odeur ! Cette odeur de pourriture et de sang qui plane dans les tranchées, elle me prend à la gorge et me donne envie de vomir.

Ah ! Ma douce Mathilde, j'aimerais te parler d'amour, mais les cadavres, les regards vides des soldats épuisés, les visages cadavériques me hantent. Tu es la seule chose qui me maintienne en vie, j'aimerais tant te revoir.

Mais les officiers ne nous laissent aucun répit. Hier, je me suis débrouillé pour me blesser la main afin de rentrer, mais mon geste est considéré comme une trahison punie de mort. Dans trois jours, je devrai passer en cour martiale avant d'être fusillé par mes propres compatriotes...

Je t'embrasse mon amour, je pense à toi chaque jour, tous mes sourires te sont adressés. Prends bien soin de toi.

Adieu, je t'aime.

Manech

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:50

Mon amour,

 

Je ne supporte plus l'odeur de la mort, je ne supporte plus le vent froidement meurtrier, je ne supporte plus tout ça ! Peu à peu, mes amis meurent. Ils partent tous, un à un, me laissant seul. Tout ce qu'il me reste, c'est toi. Mais vais-je rentrer ? Vais-je un jour revenir à tes côtés ?

Lorsque je sens la fin, je pense à cette nuit où je me suis endormi contre toi, la main sur ton sein et ton coeur palpitant contre ma paume. Seul ce souvenir me redonne l'espoir que je perds chaque fois que je vois un obus s'écraser sur un de mes amis soldats.

J'ai tenté de revenir, je n'y suis pas parvenu. Un soir, durant une nuit aussi sombre que notre existence, j'ai voulu me blesser assez pour pouvoir te rejoindre. Seulement, cela est considéré comme une trahison. On a donc décidé de me tuer, de me fusiller, de m'ôter la vie. Je me sens seul, mes amis de guerre se sentent seuls, tous les soldats se sentent seuls dans ces moments-là.

Lorsque nous obtenons nos quelques heures de repos, mes yeux n'arrivent pas à se fermer. Toutes ces images sanglantes me reviennent en tête, accompagnées par une odeur de chair brûlée en décomposition me prenant à la gorge. Cela me hante, toutes ces horreurs quotidiennes, tous ces hurlements, tout ce sang giclant jusque dans nos bouches. Je n'arrive plus à dormir tranquillement, je vois encore ces corps n'étant même plus humains, dévorés par les rats et grouillant de vers.

Notre seul paysage n'est que boue et cadavres défigurés, éventrés, explosés ! Oh Mathilde, tout ceci est bien trop pour un homme comme moi. Comment font-ils, eux, ces soldats au coeur froid ? Comment font-ils pour supporter cette effroyable guerre ? Comment font-ils pour ne rien ressentir ?

A présent, je dois te laisser. Je dois aller mourir.

Je ne sais pas si tu liras cette lettre, mais sache que je t'aime, et que cette guerre n'est qu'une grossière erreur gâchant notre amour.

Ton amour, Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:27

Ma douce Mathilde,

 

Pourquoi m'a-t-on envoyé sur le chemin des Dames ? A-t-on déjà creusé ma tombe ? Pourquoi l'action d'un gouverneur doit-elle être subie par tout un peuple ? J'espère me tromper pour pouvoir un jour te revoir. J'y ai peut-être même trop pensé. Je me suis auto-mutilé, et me voilà confronté à mon pire ennemi : la mort.

Cette journée-là, mon meilleur ami de tranchée est mort par un obus. Ses tripes, ses yeux, son coeur ont giclé sur le sol. Tremblant de peur, de terreur et d'horreur après l'explosion, je ne savais plus où j'étais, ni même qui j'étais.

La pluie tombe dans les tranchées, ce qui entraîne des coulées de boue. Les rats viennent manger les entrailles des cadavres pourrissant. De jour, il faut se battre contre les balles, et de nuit, il faut résister aux conditions climatiques de plus en plus difficiles.

Heureusement, l'espoir fait vivre, comme on dit, et je ne vis plus que pour toi. J'espère te revoir un jour. Revoir tes cheveux bouclés qui dorent au soleil, revoir tes yeux bleus qui me rappellent le monde dans lequel nous devrions vivre, toi et moi. Un terre bleue, où la paix et la liberté sont plus que des mots. Ce sont des principes qui doivent faire de la guerre et du sang des mots du passé. A l'époque, j'étais près de toi, et je pensais que rien ne pourrait m'arrêter.

Je m'étais trompé, j'ai de plus en plus peur à chaque fois qu'une balle allemande siffle dans mes oreilles, à chaque fois qu'un obus tue un membre de ma patrie. Nous ne sommes plus que des chiens à qui l'on jette un os : ici l'os est allemand. Nous sommes dans un cercle vicieux : plus l'on tue, plus on a de chances de survivre, et plus vite la guerre sera finie. Et il en est de même pour les Allemands. Pour survivre, il faut tuer, assassiner, étriper, meurtrir, violenter et détruire. Le champ de bataille sent la mort. De peur de se faire mitrailler, nous ne ramassons plus les corps de nos camarades. Pas pour le moment en tout cas.

L'espoir, la vie, la liberté sont en moi. La mort et l'horreur sont autour de moi. D'ici peu, je serai fusillé, mais j'essaierai par tous les moyens d'y réchapper pour ressentir à nouveau les battements de ton coeur. Je t'aime et ne vis plus que pour toi.

 

Manech.

 

 

PS : Excuse-moi si j'écris mal, mais j'utilise ma main gauche, car lors de mon auto-mutilation, j'ai brandi ma main droite avec la cigarette en guise de bougie.

 

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:17

A Verdun, le 25 mai 1916.

 

Chère Mathilde,

 

Comment te le décrire ? Quels mots prendre ? La vie est belle pour certains, mais courte pour d'autres. Tout va pour le plus mal. C'est de pire en pire. De la boue, du sang, des cadavres. C'est l'horreur. Tous mes camarades sont morts. Il ne reste plus que moi. Je me sens seul.

Mais j'ai décidé de venir te retrouver, et malheureusement, je me suis mutilé tout seul, ne sachant plus quoi faire. Je te le dis, je vais être fusillé. C'est une honte pour moi d'en arriver là. C'est un crime de guerre, un désastre. Mes camarades, à qui je ne parlais pas jusque là, ont essayé de me défendre, mais le sergent en a décidé autrement.

Mathilde, je ne te reverrai plus jamais. C'est pour moi un rêve qui se brise pour toujours. C'est bientôt la fin.

L'autre jour dans les tranchées, un obus a atterri sur mon camarade et ses tripes me sont tombées dessus. Le désastre. Je n'aurais jamais dû partir à la guerre. Elle devait durer deux semaines, mais elle durera des années. Je ne serai pas là pour voir la fin de toutes ces horreurs. Je ne sais quoi te dire, tant de choses, l'horreur, le malheur. A côté de moi gisent des cadavres en pourriture, mangés par les rats. Au milieu, un trou, un tas, et de chaque côté, deux camps. Les soldats avancent vers le tas et y tombent au fur et à mesure le tas se remplit. C'est ça la guerre, seulement ça et ça ne sert à rien, rien du tout ! Tous ces hommes qui perdent la vie et auraient pu connaître une vie heureuse meurent dans l'horreur et le désespoir.

Je t'embrasse très fort. Prends bien soin de toi. Adieu.

Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 22:07

Chère Mathilde,

 

Pourquoi la guerre est-elle si cruelle ? Pourquoi nous battons-nous ? Mais surtout pour qui ?

Aujourd'hui, le colonel a ordonné à notre régiment d'attaquer la première ligne allemande. Ce fut une vraie boucherie. J'étais dans la cinquième rangée qui devait sortir des tranchées. Les soldats étaient tous tués comme des lapins par des chasseurs allemands, impitoyables et cruels...

Par miracle, j'ai survécu à cette horreur et à ce bain de sang. Mais mon meilleur ami, Guillaume, lui n'y a pas survécu. Alors que je me trouvais dans un trou fait par un obus et qu'il me suivait, un obus a atterri directement sur lui. Ses entrailles se sont dispersées sur mon corps et même jusque dans ma bouche. Les infirmiers sont finalement venus me chercher. J'ai pleuré sa dépouille jusqu'à la fin du jour. C'était un homme d'une grande bravoure et qui était là pour m'écouter.

J'ai ainsi décidé de me mutiler pendant la nuit. Pour te retrouver toi et ton beau sourire, toi et ta peau d'une douceur enfantine. Tu ne peux imaginer l'horreur de cette guerre. Cette horreur qui pousse à tuer pour en finir. Les cadavres de mes compatriotes gisent dans les tranchées. Les rats sont au paradis alors que nous, nous sommes en enfer, et cela ne fait que débuter.

L'amour que j'ai pour toi ne cesse de grandir et celui-ci va me coûter la vie. Je serai exécuté pour avoir tenté de me mutiler. Je ne te reverrai donc plus. Ceci est ma dernière lettre, et elle est pour toi. Ma dernière pensée est pour toi mon amour.

Manech

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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