violence et légitime défense

Publié le par Professeur L

Bonjour tout le monde, afin d'en faire profiter le plus de personnes possibles, voici la suite du débat lancé par Rémi sur les rapports entre violence, non-violence et légitime défense. Ce nouveau dialogue pourrait avoir pour sujet : dans quelle mesure la légitime défense est-elle juste et efficace face à la violence ? Comment réagir face à une agression ? La non-violence permet-elle de résister efficacement à la violence ?

encore une dernière question m'sieur, je propose ceci:

Imaginons tout d'abord une femme que nous appellerons A, et une  autre femme non-violente que nous appellerons B, elles sont toutes les deux mariés à une personne.  
Je sais c'est un peu farfelu mais bon...                                                    

Alors A se fait attaquée dans la rue par x personne et sont mari la protège en blessant x.
On appellerai ça de la légitime défense violente? Donc comme
c'est de la légitime défense le mari n'est pas condamné donc je me dit à quoi sert la justice si elle ne condamne pas le mari, ou alors la justice est mal faite sur ce point.                                               
Par contre:
-si le mari ne la défend pas, il sera condamné a non assistance en personne en danger ( on se dit même pourquoi tout le temps le mari, il a bon dos celui-là).

-si le mari tue x alors il sera condamné, donc ça ne sert à rien de protégé sa congénaire, c'est ce que je trouve injuste et que je vous demande de corriger ou d'agreer à cette théorie-ci.


Maintenant nous sommes avec la femme B, elle se fait attaquée dans la rue elle aussi ( la pauvre!), elle doit se défendre donc, 
elle va attaquée dans le sens de la défense, donc elle devient violente puisqu'elle frappe x, ET si x tombe et se casse la nuque ( c'est qu'il n'a vraiment pas de chance je le concède alors, B sera condamné pour hommicide involontaire et encourra dans les dix ans, c'est bien ça.
Alors avec ça je me dit qu'il ne sert à rien de se défendre, puisqu'on gaspille 1/9 de notre vie en prison.
Donc mes questions sont:

Doit on se défendre si on est non-violent? Cela vaut il le coût?
Doit on défendre une personne si elle se fait agresser? à quoi ça sert si on est condamné?

Dans tout les cas de figure, c'est presque tout le temps le mari qui trinque. (ps: pourquoi pas les femme, hein?lol)

En tout cas, c'est un bon sujet de thèse.

commentaire n° : 4 posté par : duminy le: 24/02/2008 23:28:51

(Re)bonjour Rémi, 

Une fois de plus je te remercie de poser des problèmes aussi intéressants, qui ont toute leur place dans notre séquence explicative et argumentative consacrée à la question de la guerre et de la violence. 
Si le mari de la femme A tente de protéger celle-ci en blessant son agresseur, alors il s'agit bien d'un acte de légitime défense violente, puisqu'il inflige une souffrance physique à autrui. 
Cependant, même s'il s'agit d'un cas de légitime défense, le mari risque une peine d'emprisonnement, car il a infligé une souffrance physique à autrui. En effet, si la souffrance physique infligée à l'agresseur est disproportionnée par rapport à l'agression elle-même (par exemple, si le mari a malencontreusement crevé les yeux d'une personne qui tentait de voler le sac de madame), alors monsieur risque une peine d'emprisonnement tout à fait légitime. Si, dans le pire des cas, le mari tue l'agresseur, alors la peine d'emprisonnement sera encore plus juste et encore plus nécessaire, car il y aura un homicide involontaire, et nul n'a le droit de faire justice soi-même. Si tout le monde faisait comme ce mari, nous serions en pleine guerre civile. La justice est là justement pour éviter tout débordement de violence. Et c'est bien légitime.

C'est pourquoi, pour éviter pareil désagrément, je ne saurais trop conseiller à monsieur la pratique de l'aïkido, art martial non-violent qui consiste à canaliser l'énergie de son adversaire pour la retourner contre celui-ci, sans le blesser. L'aïkido a pour principe le respect fondamental de la personne humaine, que celle-ci soit une amie ou un ennemi. Le but premier de l'aïkido est l'harmonie et la fraternité. Il s'agit donc de détruire l'agressivité de l'adversaire en rendant inutile son attaque. En pratiquant l'aïkido, non seulement monsieur pourrait porter secours à madame sans blesser l'agresseur, mais encore et surtout, monsieur pourrait développer une réelle maîtrise de soi associée à un développement harmonieux de son corps, ce qui ne serait pas pour déplaire à madame.
Ainsi ton premier dilemne disparaît. 

Dans le cas de la femme B, je lui conseille également de suivre des cours d'aïkido. N'importe qui peut en faire : femme, enfant, vieillard, professeur de français, musicien. Et avec un peu de chance, soumis à une prise d'aïkido, l'agresseur sera impressionné et, plein de respect pour la jeune femme tout à fait charmante, cherchera à savoir d'où vient une telle technique de défense. Découvrant l'aïkido, l'agresseur s'inscrira dans un club pratiquant cet art martial et transformera ainsi radicalement son existence, devenant l'ami intime de la femme B, et plus si affinité...

Par conséquent, comme nous l'avons vu à travers l'étude du texte de Jacques Sémelin extrait de La non-violence expliquée à mes filles, être non-violent, c'est être actif, et cela suppose donc de savoir se défendre. Qu'ont fait les Afro-Américains à la suite de Rosa Parks lors du boycottage des bus en Alabama en 1955, sinon se défendre, défendre leurs droits, leur existence, leur liberté ?
Le boycottage, l'organisation de manifestations pacifiques, sont autant de moyens pour mener un combat politique non-violent, de même que l'aïkido est un sport, et même un art, non-violent, qui permet de se défendre lors d'une agression, sans pour autant blesser son adversaire. 

Enfin, si une personne se fait agresser sous tes yeux, il est effectivement préférable de la secourir, soit en rassemblant immédiatement tous tes amis pour impressionner et faire fuir le ou les agresseurs, soit en pratiquant par exemple l'aïkido s'il n'y a qu'un ou deux agresseurs. Si tu vois une seule personne se faire agresser par un groupe très violent, et si tes amis sont loin de pouvoir t'aider, il n'y a pas d'autre solution que d'avertir immédiatement la police. Ce n'est pas à toi de faire justice, d'autant plus qu'au lieu de sauver une vie, tu risques de provoquer deux morts : celle de la victime et la tienne. 

J'espère avoir convenablement répondu à tes questions. Si tu as d'autres problèmes que tu voudrais éclaircir, je suis bien entendu ouvert au dialogue. [le dialogue étant bien souvent un très bon moyen de résoudre un conflit]

Révise bien ton vocabulaire pour mercredi. 
Soigne ton classeur également.

A mercredi, 
Bien amicalement, 
Professeur L

commentaire n° : 5 posté par : Professeur L le: 25/02/2008 21:52:34
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Professeur L 26/02/2008 18:00

Bonjour Rémi, Effectivement, la violence prend racine dans les pulsions les plus primitives de l'homme. L'homme n'est pas un saint. Ce n'est pas non plus un pur esprit. Il y a en chaque homme quelque chose qui n'obéit pas à la raison. Ce quelque chose se manifeste dans les rêves, dans les fantasmes, dans les cauchemars. C'est ce que Freud, un célèbre médecin viennois, appelle l'inconscient. Lorsque l'inconscient domine la raison chez une personne, alors celle-ci devient violente. Une personne violente est une personne qui ne sait pas maîtriser son inconscient par sa raison. C'est pourquoi, comme tu le dis très bien, la violence existe depuis les origines de l'humanité. Et donc la violence existait déjà à l'époque des hommes préhistoriques. Les animaux ne sont pas non plus dépourvus de violence, puisque la raison chez eux est très limitée. C'est la raison pour laquelle les animaux se battent entre eux, parfois de manière très cruelle. C'est ce que l'on appelle la loi de la jungle. La loi de la jungle, c'est la raison du plus fort, c'est-à-dire l'absence de justice liée à l'absence de raison et d'intelligence. La loi de la jungle, c'est le triomphe de l'agressivité et de la violence. On aura l'occasion d'y revenir lorsque nous étudierons un texte d'un très grand penseur français du nom de Montaigne. La violence provient donc de l'inconscient en chacun de nous lorsque celui-ci n'est pas contrôlé ou maîtrisé par la raison. La raison apprend à contrôler l'agressivité qui est en chacun de nous grâce à l'éducation. Le savoir, la connaissance, le développement de la raison par l'éducation sont les meilleurs moyens de combattre la violence qui est en nous. Cette éducation peut être morale, intellectuelle et sportive. Pour ma part, je suis même convaincu que la musique est un moyen d'éviter la violence. La musique contribue à la civilisation. Elle permet aux hommes de vivre ensemble, pacifiquement. Très souvent, un bon moyen d'aider une personne à maîtriser sa propre violence est d'entamer un dialogue avec elle. Tu as tout à fait raison de le souligner. Enfin, que tu sois en quatrième, en troisième, au lycée, étudiant, musicien ou salarié, je ne pense pas que tu sois en mesure de faire des leçons de morale aux autres. Moi-même j'essaie toujours d'éviter de faire de la morale. Donner des leçons de morale, c'est toujours se considérer supérieur aux autres. Par contre, que tu sois en quatrième ne t'empêche absolument pas de réfléchir et de développer ta pensée. Bien au contraire. Continue de réfléchir, de te poser et de me poser des questions comme tu le fais, c'est vraiment très bien.

duminy 26/02/2008 13:03

Vous allez peut être dire que j'exagère, mais est-ce que la violence ne serait pas un acte primitif de l'homme?Car selon mon rassemblement de donnée, la violence existait déjà avec les homme primitifs et même, peut être les dinosaures.Donc on peut penser que, comme la violence est un acte primitif, alors elle ne pourra disparaître.Ce pourrait être pour certains, un reflexe dû à un complexe d'infériorité ou alors d'imcompréhenssion.En tout cas la violence ne peut être traité que si nous écoutons le violent, c'est bien ça?Enfin bref, comme je ne suis qu'en quatrième, je ne pense pas pouvoir ou avoir le droit de faire des morales à ce genre de personnes.