La paix article de L'Encyclopédie

Publié le par Professeur L

Année scolaire 2007-2008 – 4ème 1
Séquence 4 : expliquer et argumenter : pourquoi les hommes font-ils la guerre ?
Séance 6 : Damilaville, article « Paix », Encyclopédie, 1751-1772
           
            Paix. La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c’est une maladie convulsive et violente du corps politique, il n’est en santé, c’est-à-dire dans son état naturel que lorsqu’il jouit de la paix ; c’est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l’ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l’agriculture et le commerce ; en un mot elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. La guerre au contraire dépeuple les Etats ; elle y fait régner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vue de la licence qu’elle introduit ; elle rend incertaines la liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatants ne peuvent dédommager une nation de la perte d’une multitude de ses membres que la guerre sacrifie ; ses victoires même lui font des plaies profondes que la paix seule peut guérir.
Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. Ils ne marqueraient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de qui dépend leur bonheur, ils ne saisiraient point toutes les occasions de troubler celle des autres. Satisfaits des biens que la nature a distribués à tous ses enfants, ils ne regarderaient point avec envie ceux qu'elle a accordés à d'autres peuples ; les souverains sentiraient que des conquêtes payées du sang de leurs sujets ne valent jamais le prix qu'elles ont coûté. Mais, par une fatalité déplorable, les nations vivent entre elles dans une défiance réciproque ; perpétuellement occupés à repousser les entreprises injustes des autres ou à en former elles-mêmes, les prétextes les plus frivoles leur mettent les armes à la main. […] Les passions aveugles des princes les portent à étendre les bornes de leurs Etats ; peu occupés du bien de leurs sujets, ils ne cherchent qu'à grossir le nombre des hommes qu'ils rendent malheureux. Ces passions, allumées ou entretenues par des ministres ambitieux ou par des guerriers dont la profession est incompatible avec le repos, ont eu, dans tous les âges, les effets les plus funestes pour l'humanité. L'histoire ne nous fournit que des exemples de paix violées, de guerres injustes et cruelles, de champs dévastés, de villes réduites en cendres. L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'aperçoivent toujours trop tard que le sang du citoyen s'est mêlé à celui de l'ennemi ; ce carnage inutile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant et de ses guerriers turbulents ; le bonheur de ses peuples est la première victime qui est immolée à son caprice ou aux vues intéressées de ses courtisans.

Avant de commencer l'analyse du texte de Damilaville, les élèves ont défini avec leurs propres mots la paix et la guerre. Voici les définitions de la paix et de la guerre par Aurore :

    La guerre est comme une maladie dont on ne guérit jamais. La guerre est assimilée aux meurtres, aux massacres. La guerre est banale, les hommes qui la déclenchent envoient d'autres hommes se faire tuer à leur place. Si les hommes politiques déclenchent la guerre, qu'ils la fassent eux-mêmes, au lieu d'envoyer des innocents se faire massacrer.
    La paix, c'est bien sûr le contraire de la guerre. Il n'y a pas de meurtre, pas de massacre, rien. Les hommes sont sages, personne ne veut être le plus fort.


Restitution collective des travaux sur les définitions de la paix et de la guerre par les élèves :

La guerre est un carnage, une maladie dont on ne guérit jamais. La guerre est inutile, stupide et sans intérêt, "convulsive et violente", la guerre est le fruit de la corruption des hommes. Elle est le contraire de la paix. La guerre est causée par le désir de gloire et pour des raisons qui ne remplaceront jamais les hommes morts.
            La paix, c'est le pansement de la guerre, elle redonne vie et joie au peuple, la paix est le contraire de la guerre. Les hommes sont sages et vivent en harmonie. En temps de paix, la société pense à développer l'économie. La paix est la clé qui sert à rétablir un ordre socioculturel interne. On peut ainsi établir une économie saine qui permet au pays de se développer.
                On ne peut pas définir la paix sans définir la guerre.

Restitution collective et synthétique de l'analyse du texte de Damilaville

Ce texte est argumentatif, ce qui est très étonnant, car dans une encyclopédie, on s'attend plutôt à lire un texte explicatif. L'auteur défend la paix et démontre que la guerre est ravageuse et destructrice.
                Damilaville veut expliquer et définir ce qu'est la paix mais il commence par la définition de la guerre, qui est le contraire de la paix. Il définit la guerre, qui est le contraire de la paix. Il définit la guerre pour montrer que la paix est bonne et indispensable pour notre société. Il utilise le champ lexical de la médecine pour montrer que la guerre est une "maladie convulsive et violente". La paix est assimilée à la santé : "santé", "corps", "vigueur", "guérir", plaies profondes", "membres".
                   La cause de la guerre selon Damilaville est la "dépravation des hommes", c'est-à-dire la corruption, les vices, l'orgueil, l'égoïsme et la jalousie. L'auteur nous propose donc une définition morale de la guerre.                                       Ce qui nous fait passer dans le premier paragraphe de la paix à la guerre est le connecteur logique "au contraire". Les conséquences de la guerre sont désastreuses : le désordre, le dépeuplement, la faillite, la misère, la ruine, la famine et la mort.
                  L'auteur veut faire comprendre que dans le deuxième paragraphe il y a une opposition entre l'hypothèse et la réalité : "si la raison gouvernait les hommes". Damilaville veut montrer que les hommes ne réfléchissent pa avant d'agir. La cause profonde de la guerre est l'ignorance, l'absence d'intelligence. Mais l'auteur va plus loin : il critique le gouvernement.
                  C'est une critique politique : ce qui pousse les gouvernements à faire la guerre, ce sont l'orgueil, l'ambition, les ministres et les courtisans. Pour Damilaville, la guerre n'exalte pas le bonheur qui exprime la fin de la société. Autrement dit, la guerre relève de la barbarie et reste anti-politique.
                   

Commenter cet article