Je ne supporte plus l'odeur de la mort par Marine D.

Publié le par Professeur L

Mon amour,

 

Je ne supporte plus l'odeur de la mort, je ne supporte plus le vent froidement meurtrier, je ne supporte plus tout ça ! Peu à peu, mes amis meurent. Ils partent tous, un à un, me laissant seul. Tout ce qu'il me reste, c'est toi. Mais vais-je rentrer ? Vais-je un jour revenir à tes côtés ?

Lorsque je sens la fin, je pense à cette nuit où je me suis endormi contre toi, la main sur ton sein et ton coeur palpitant contre ma paume. Seul ce souvenir me redonne l'espoir que je perds chaque fois que je vois un obus s'écraser sur un de mes amis soldats.

J'ai tenté de revenir, je n'y suis pas parvenu. Un soir, durant une nuit aussi sombre que notre existence, j'ai voulu me blesser assez pour pouvoir te rejoindre. Seulement, cela est considéré comme une trahison. On a donc décidé de me tuer, de me fusiller, de m'ôter la vie. Je me sens seul, mes amis de guerre se sentent seuls, tous les soldats se sentent seuls dans ces moments-là.

Lorsque nous obtenons nos quelques heures de repos, mes yeux n'arrivent pas à se fermer. Toutes ces images sanglantes me reviennent en tête, accompagnées par une odeur de chair brûlée en décomposition me prenant à la gorge. Cela me hante, toutes ces horreurs quotidiennes, tous ces hurlements, tout ce sang giclant jusque dans nos bouches. Je n'arrive plus à dormir tranquillement, je vois encore ces corps n'étant même plus humains, dévorés par les rats et grouillant de vers.

Notre seul paysage n'est que boue et cadavres défigurés, éventrés, explosés ! Oh Mathilde, tout ceci est bien trop pour un homme comme moi. Comment font-ils, eux, ces soldats au coeur froid ? Comment font-ils pour supporter cette effroyable guerre ? Comment font-ils pour ne rien ressentir ?

A présent, je dois te laisser. Je dois aller mourir.

Je ne sais pas si tu liras cette lettre, mais sache que je t'aime, et que cette guerre n'est qu'une grossière erreur gâchant notre amour.

Ton amour, Manech.

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