Ma douce Mathilde par Jade

Publié le par Professeur L

Ma douce Mathilde,

 

Pourquoi m'a-t-on envoyé sur le chemin des Dames ? A-t-on déjà creusé ma tombe ? Pourquoi l'action d'un gouverneur doit-elle être subie par tout un peuple ? J'espère me tromper pour pouvoir un jour te revoir. J'y ai peut-être même trop pensé. Je me suis auto-mutilé, et me voilà confronté à mon pire ennemi : la mort.

Cette journée-là, mon meilleur ami de tranchée est mort par un obus. Ses tripes, ses yeux, son coeur ont giclé sur le sol. Tremblant de peur, de terreur et d'horreur après l'explosion, je ne savais plus où j'étais, ni même qui j'étais.

La pluie tombe dans les tranchées, ce qui entraîne des coulées de boue. Les rats viennent manger les entrailles des cadavres pourrissant. De jour, il faut se battre contre les balles, et de nuit, il faut résister aux conditions climatiques de plus en plus difficiles.

Heureusement, l'espoir fait vivre, comme on dit, et je ne vis plus que pour toi. J'espère te revoir un jour. Revoir tes cheveux bouclés qui dorent au soleil, revoir tes yeux bleus qui me rappellent le monde dans lequel nous devrions vivre, toi et moi. Un terre bleue, où la paix et la liberté sont plus que des mots. Ce sont des principes qui doivent faire de la guerre et du sang des mots du passé. A l'époque, j'étais près de toi, et je pensais que rien ne pourrait m'arrêter.

Je m'étais trompé, j'ai de plus en plus peur à chaque fois qu'une balle allemande siffle dans mes oreilles, à chaque fois qu'un obus tue un membre de ma patrie. Nous ne sommes plus que des chiens à qui l'on jette un os : ici l'os est allemand. Nous sommes dans un cercle vicieux : plus l'on tue, plus on a de chances de survivre, et plus vite la guerre sera finie. Et il en est de même pour les Allemands. Pour survivre, il faut tuer, assassiner, étriper, meurtrir, violenter et détruire. Le champ de bataille sent la mort. De peur de se faire mitrailler, nous ne ramassons plus les corps de nos camarades. Pas pour le moment en tout cas.

L'espoir, la vie, la liberté sont en moi. La mort et l'horreur sont autour de moi. D'ici peu, je serai fusillé, mais j'essaierai par tous les moyens d'y réchapper pour ressentir à nouveau les battements de ton coeur. Je t'aime et ne vis plus que pour toi.

 

Manech.

 

 

PS : Excuse-moi si j'écris mal, mais j'utilise ma main gauche, car lors de mon auto-mutilation, j'ai brandi ma main droite avec la cigarette en guise de bougie.

 

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