Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième

Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /2010 22:44
Dans le cadre de notre séquence consacrée à l'écriture de la guerre, je me permets de vous faire découvrir, en guise de prolongement et d'approfondissement, et dans un but d'ouverture à l'histoire des arts et à la culture, un clip du groupe Metallica qui s'intitule "One". Cette chanson est un hommage aux soldats morts pendant la Première Guerre mondiale. Plus précisément, elle s'inspire très fortement du roman et du film qui en a été tiré Johnny got his gun de Dalton Trumbo (Johnny s'en va-t-en guerre en français). Ce roman et ce film relatent l'histoire d'un soldat américain envoyé sur le front en France, pendant la Première Guerre mondiale. Le héros est la victime d'un obus. Privé de bras, de jambes, mais aussi de nez, de bouche, d'oreille et d'yeux, considéré comme un organisme survivant à l'état végétatif, il est maintenu en vie par une équipe médicale, dans le plus grand secret. Mais tout le monde ignore que ce pauvre soldat continue de penser, de se souvenir, et d'éprouver des sentiments. Je vous recommande la lecture du livre, ainsi que le film, qui avait obtenu les Palmes du Festival de Cannes en 1971.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 17:37

Mathilde,


Pourquoi suis-je ici ? Que fais-je dans ces tranchées boueuses et insalubres ? Pourquoi ces morts ?
Chaque nuit, quand je crois pouvoir avoir un peu de répit, les visages de ceux à qui j'ai enlevé la vie, figés dans un effroyable rictus de douleur, reviennent me hanter sans relâche.
Ces soldats pères de familles ou tout jeunes étudiants ! Ces soldats qui se jettent dans les croix de l'ennemi, afin de pousser leur dernier soupir ! Certains sont juste des gamins, apeurés comme un gibier prisonnier de son piège.
Et ces cris. Comment oublier ces hurlements d'un infiini désespoir ? Ces cris rauques et lointains qui résonnent sous les jets de munitions, et qui ont le don de nous affoler, de nous tourmenter, de nous torturer et de nous tuer jusqu'au dernier.
Dès que le tirs reprennent, je vois de mes yeux brouillés mes compagnons se livrer à une mort inéluctable. Puis lorsque c'est à mon tour, je sens cette désopilante sensation venir étreindre mon âme, dans l'unique but de m'arracher mes derniers espoirs.
Que penser de ces cadavres qui pourrissent sous la pluie battante, que les balles perdues lacèrent avec hargne, et que les obus détruisent ? Chaque jour, j'ai la morbide impression de me rapprocher un peu plus de leur état. Je me sens impuissant. Impuissant et inutile.
L'odeur de la mort, mêlée à la senteur du sang et de la décomposition des cadavres, traîne dans les tranchées. Les corps inanimés des rats des champs sèchent entre les réserves de munitions et la boue, sinistre présage de la fin qui m'attend. Rares sont les rayons qui traversent les fils de fer pour nous réchauffer.
Rares sont les soldats qui ne se mutilent pas pour rentrer chez eux, au calme.
Rares sont ceux qui reviennent en vie de chaque offensive tentée.
Je me sens seul, comme perdu dans un enfer qui me calcine avec haine. Mon fusil ressemble à un serpent machiavélique, prêt à arracher la vie d'un pauvre innocent. L'atmosphère apocalyptique est insoutenable.
Je ne peux plus supporter les odeurs, les visages, les dépouilles défigurées. Chacun de ces méticuleux détails qui me tordent les boyaux jusqu'au plus effroyable des dégoûts. La seule présence glaciale qui ne me quitte pas, c'est celle des obus que je côtoie avec lassitude.
Je crois même m'y être habitué, et j'attends parfois leur tombée pour me dire qu'ensuite il me restera quelques heures de calme avant que cela ne recommence.
N'est-ce pas ironique ?
Hier, j'ai perdu l'unique photographie, durant la pluie d'obus, que j'avais de toi. Je n'ai plus qu'un souhait, Mathilde, celui de te revoir.
Prends soin de toi.

Manech
Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 17:33

Chère Nathalie,

Te souviens-tu de l'homme que j'étais ? Si je revenais chez nous, aujourd'hui, tu ne me reconnaîtrais pas.
Les hommes font la guerre mais la guerre change les hommes.
Comment décrire l'horreur de la bataille ? Je ne sais point l'expliquer. D'ailleurs, mon coeur bat encore la chamade, à cause de cette peur qui remplit tous les esprits. Lorsqu'un homme est inerte sur le sol boueux, qu'il n'a plus d'étincelle dans les yeux et que la seule chose que l'on peut y voir, c'est la noirceur de la mort, rien ne sert de les frapper pour les renvoyer au massacre ! Voilà pourquoi je l'ai tué, cet homme, qui était mon sergent.
Avant que j'aille sur ce champ de carnage, j'étais un simple paysan, maintenant je suis un boucher comme tous ceux qui sont présents dans les tranchées. J'ai faim, j'ai froid, j'ai peur, et autour de moi, la nuit persiste ainsi que l'odeur des cadavres en décomposition. Sur ce champ de carnage, les cadavres s'entassent un peu plus chaque jour.

Titou Notre Dame
Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 17:27


Chérie,

Comment t'expliquer ? Comment ne pas te mentir ? Ne pas te dire la vérité ?
Je t'écris sous une pluie tombante qui me rappelle le sang qui coule après un massacre, auquel se mêlent mes pleurs. Ici, personne ne peut imaginer, s'il n'y est pas, l'horreur du champ de bataille, l'inquiétude, la peur, la terreur que l'on peut lire facilement sur les visages chanceux des soldats vivants. Je préférais voir les personnes que j'essayais de sauver, mourir par malchance. Ce n'est pas comme regarder par pitié mes amis soldats tombés les uns après les autres, par obligeance. Les soldats touchés, blessés, traumatisés, se forcent à se mutiler pour pouvoir échapper à la guerre, mais malheureusement, à cause de la dureté et de l'inhumanité de la hiérarchie militaire, les mutilés passent sous la terrivle machine de la peine de mort et se font exécuter. L'envie et le souvenir de ta peau collée contre la mienne est la seule raison qui me pousse à survivre. Je ne suis plus le même homme, depuis la destruction soudaine et inattendue, sous mes yeux, de mon ami. Par la faute d'un obus, j'ai peur, je suis terrifié. Il est loin maintenant le temps où j'escaladais les phares sans avoir de doute à mon sujet. Pour tout te dire, l'orage me fait même peur. Ce qui ne sortira jamais de ma tête, c'est le souvenir du visage encore constitué de mon ami, ainsi que ses entrailles éparpillées sur moi.

Je t'aime à jamais.

Manech
Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 17:23
Mon amour,

Je t'écris cette lettre depuis les tranchées. Je ne sais comment décrire l'horreur de la mitraille qui s'enfonce dans nos chairs. Par quoi commencer ? Tant de choses à te dire. Deux mois après notre arrivée, nous avons été mutés vers la Somme. Tranchée après tranchée on avançait. Jour après jour, notre effectif se réduisait.
L'ennemi quant à lui nous fait peur, nous effraie, nous rend malade. Quand on traverse les champs, cela me rappelle des souvenirs, nos baisers, mais là, ce ne sont pas des baisers, ce sont des brasiers. Quand on traverse les villes, cela me rappelle nos balades en vélo avec nos baguettes de pain sur le dos. Mais cette fois, je suis seul avec mon fusil sur le dos. Le son des obus nous fait perdre la tête, les feux de l'ennemi nous font perdre nos proches, notre amour pour nos femmes leur fait perdre la guerre.

Quentin
Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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