Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième

Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 00:01

Chère Mathilde,

 

Suis-je vraiment vivant ? Comment ai-je pu ne pas succomber alors que la quasi-totalité de mes compagnons d'infortune ont trépassé ? Mais bientôt, je ne serai plus de ce monde.

Ce matin, à sept heures, alors que le ciel était encore sombre, notre colonel donna le coup de sifflet, et, tels des fauves affamés, nous jaillîmes de la tranchée. Mes camarades chantaient et criaient : "Vive la France !" Ils furent interrombpus brutalement par les balles des fusils et les obus allemands. Nos Lebel ne nous servaient guère face à la mitraille aveugle. Je me mis sur le ventre et, avec mon ami Lionel, nous rampâmes sur plusieurs mètres. Lionel fut bloqué dans les barbelés ; je ne pus l'en sortir. Un obus explosa et je me retrouvais avec les entrailles de Lionel éparpillées sur mon corps. Je devins fou, j'avais peur, je hurlais, je recrachais des morceaux d'intestins ou de cerveau, je ne sais pas. En retournant dans la tranchée, je pris la décision de retourner à la maison, de sortir de cet enfer, que dis-je, de ce monde apocalyptique, où se mêlaient des corps en décomposition, des têtes seules, des bouts de jambes et de bras, des cris, des odeurs hautement pestilentielles.

 

Je réussis à me faire toucher à la main, mais le colonel m'a surpris, et, malgré les protestations de mes camarades, il décida de me conduire en cour martiale. Je ne sais pas quand j'y passerai, ni quand la décision, très probable, de me fusiller sera prise, mais, chaque seconde m'éloigne de toi, de ton odeur délicate, de ta peau douce et chaude, de ton sourire si charmant, de ton esprit si intelligent et si malicieux. Je pense à toi, à nous, si heureux avant cette fichue guerre contre les Fritz. A chaque instant ton visage m'apparaît.

Je t'aime.

Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:53

Chère Mathilde,

 

Ici, tout va mal, le sol est recouvert de balles, d'obus, mais surtout recouvert de sang et de dépouilles. Des centaines de soldats meurent tous les jours. Aujourd'hui encore, j'ai perdu un de mes amis proches. Il est mort d'un obus lui tombant dessus alors que je l'aidais à se défaire du piège des barbelés. Toutes ses tripes me sont tombées dessus. Jamais je n'avais été aussi horrifié de toute ma vie.

Trop de questions défilent en ce moment-même dans ma tête : pourquoi tant de haine ? Pourquoi tant de violence ? Pourquoi tant de sang ? Je me sens mal, très mal. Je pleure chaque jour, à chaque heure, je crie, je désespère de voir un jour cette guerre se finir. Je suis de plus en plus seul, je vois mes amis mourir les uns après les autres. Je veux rentrer, je ne peux plus supporter de voir ces corps décomposés, verdâtres, noirâtres et grouillant de vers. L'odeur de la mort est omniprésente et insoutenable. Nombreux sont les rats venus manger les dépouilles des corps innocents. Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles, car nous voilà pleins de poux, de boue, nos vêtements déchirés, usés, nous sommes sales et attirons toute sorte de bêtes plus répugnantes les unes que les autres.

Le sergent reste malheureusement intransigeant sur le fait d'abandonner ce combat, ce champ de bataille, ce cimetière. J'ai pourtant essayé de rentrer pour te retrouver en tentant de me faire blesser et de faire passer cela pour un accident, mais le sergent a compris la ruse...Je suis actuellement en route pour la cour martiale où je serai fusillé pour tentative d'évasion d'un combat.

Voici donc ma dernière lettre. Je m'en veux terriblement de te laisser seule, tout cela à cause d'un geste égoïste. J'ai été idiot...Je te demande pardon.

Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Je t'aime du plus profond de mon coeur.

Adieu.

Ton amour, Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:46

Le 6 novembre 1915

 

Mon amour,

 

Comment te décrire cette guerre ? Comment t'expliquer ce que je ressens quand je vois mes camarades mourir à côté de moi ? Comment te dire à quel point tu me manques ?

Hier, Gérard a reçu un obus en plein coeur. Il a explosé, et ses organes ont atterri sur moi. Les tripes de mon meilleur ami sur mon corps, dans mes yeux, dans ma bouche ! Quel dégoût, quelle haine, quelle rage ! Les cadavres s'entassent. Ils sont verdâtres, puis noirâtres, et ils se décomposent petit à petit. Je n'ose pas te raconter ce que je vois tous les jours. C'est tellement affreux.

Tu me manques tellement. Je n'ai qu'une envie : te revoir. Hier soir, j'ai allumé une cigarette dans les tranchées, puis j'ai levé ma main, pour que le camp adverse voit de la lumière et tire sur ma main. Grâce à cela, j'aurais pu partir de cette guerre. Malheureusement, le destin avait pour moi un autre choix. Je vais passer devant la cour martiale, et je vais être fusillé.

C'est sûrement la dernière lettre que je t'écris. Tu vas me manquer, tu sais. Nos soirées à refaire le monde, à rire et à passer du bon temps ensemble. Et puis, quand on faisait l'amour, c'était magique ! Je voulais te demander en mariage à mon retour de la guerre. Tu es la femme de ma vie. Mon coeur, si tu savais comme je rêve d'être dans tes bras à ce moment précis. Il n'y a que toi pour me rendre aussi heureux. Même avec la mort qui rôde, quand je pense à toi, je suis épanoui.

Adieu Mathilde, on se retrouvera un jour, je te le promets.

Prends soin de toi et de notre futur enfant.

Je t'aime.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:34

Mathilde, mon amour,

 

Qu'est-ce que la vie sans toi ? Pourquoi cela ?

Hier encore, j'avais l'espoir que tous ces massacres se terminent, qu'arrive le soleil pour éclairer cette misère. Je voudrais quitter ces tranchées boueuses et sales, ces fusillades vouées à la mort. Je voudrais manger à ma faim, et laisser derrière moi rats et poux, qui sont mes seuls animaux de compagnie. Je vois chaque jour des soldats mourir. Aujourd'hui, c'est mon plus cher ami qui a quitté le front pour, je l'espère, le paradis, plutôt qu'un nouvel enfer ! De voir tout ce sang, de voir ces entrailles sur le sol, de voir ces tirs d'obus qui arrachent la vie, me terrifient.

O Mathilde, ta présence me manque, tes baisers, bien que trop fugaces, ces câlins dans le lit, ces mots doux susurrés me manquent terriblement. Sans toi, je me sens mourir.

O Mathilde, la mort ne m'est pas clémente. Je n'ose te le dire, mais je ne pourrai pas te revoir et poser à nouveau mes yeux sur toi. Hélas ! Je vais être fusillé. Surtout ne pleure pas Mathilde, je t'en prie, sois forte. Je vais être fusillé pour m'être mutilé la main, pour avoir voulu revenir chez toi, et revoir ma promise. Si seulement je pouvais avoir un ticket de retour, je donnerais tout pour te revoir !

J'en ai assez de voir ces corps poussiéreux, boueux, ensanglantés, détruits à mes pieds. Pourquoi la guerre ? C'est inhumain, alors que nous sommes dotés d'intelligence et de coeur, nous préférons la guerre. Qu'il soit français ou allemand, un soldat est d'abord un homme, un être humain. Ah Mathilde, je vais te perdre dans ce désastre idiot créé par l'homme, et qui ôte la vie même aux innocents.

O Mathilde, prends soin de toi.

Avec tout l'amour que j'ai pour toi,

Ton fiancé, Manech.

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 23:26

Mathilde,

 

Depuis que je suis parti pour cette guerre effrayante et bête, je ne cesse de penser à toi. Dans les rares moments de repos, des images de toi me reviennent, me font sourire, me permettent de m'évader à tes côtés, dans tes bras. Les seules pensées de toi qui m'apparaissent dans la tête font battre à nouveau mon coeur qui bientôt, s'arrêtera à tout jamais...

Je vais mourir, bêtement et injustement, mais pas inutilement. Pour toi. Pour te revoir. Moi qui étais si courageux, maintenant j'ai peur. Peur de la pluie. Peur du soleil. Peur du bruit et du silence.

Quand cet obus a atterri sur Ryan, mon meilleur ami, et que ses entrailles se sont projetées sur tout et sur moi, jusque dans ma bouche, j'ai compris que je devais vivre ma vie à fond, loin de cet enfer. C'est pour cela que, lorsque vient mon tour de passer au front, je savoure chaque soupir, comme si c'était le dernier, en pensant à toi.

Pourquoi tant de colère, de haine, de rage ? Pourquoi tout ce sang, ces entrailles, ces cadavres décomposés ?

Car l'homme est bête, et quand il a peur, il se transforme en chien, et obéit aux plus forts.

Moi, j'ai obéi, et j'étais bien obligé. Je me suis laissé marcher sur les pieds. Mais maintenant, j'en ai assez de tous ces cadavres d'hommes et d'animaux mêlés. De la pourriture, du peu de nourriture que nous avons et surtout de l'odeur. L'odeur des morts, de la boue, notre odeur qui nous suitt du matin au soir, et même la nuit.

Je me suis mutilé pour que tu sois la dernière personne que je verrai, mais là, la dernière chose que je verrai, ce sera des fusils portés par des hommes que je connais et que j'ai cotoyé face à la mort. Ma peur s'envole pour laisser place au peu de courage qu'il me reste. Mais ne t'inquiète pas, je serai toujours avec  toi, et mes dernières pensées de reviendront.

Je t'aime.

Manech

Par Professeur L - Publié dans : Lettre d'un Poilu par les élèves de troisième
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