Niveau troisième Madeleine Blin : création originale (3eC)

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SEQUENCE 6 : LE THEATRE, LES POUVOIRS DE LA PAROLE

 

Objectif de la séquence : écrire et mettre en scène un texte dramatique

Séance 2 : découvrir le texte de la pièce écrite par les élèves

 

Sujet : Madeleine Blin est arrêtée par la Gestapo le 16 février 1944. Elle est interrogée par un collabo qui lui promet d'être libérée si elle donne les noms des Résistants appartenant à son réseau. Au terme d'un long combat contre une partie d'elle-même, elle résiste au désespoir et finit par refuser de donner les noms, grâce notamment à Jeanne d'Arc et à Séverine qui apparaissent dans son esprit pour continuer à lutter contre l'occupant.

 

COLLABO 1 : Travail,

COLLABO 2 : famille

COLLABO 3 : patrie.

COLLABO 4 : C'est le nouveau credo de la France.

COLLABO 5 : Une France nouvelle, renaissante, belle, puissante.

COLLABO 6 : Ordonnée.

COLLABO 7 : Disciplinée.

COLLABO 8 : Qui récompense l'effort.

COLLABO 9 : Et qui élimine les faibles.

COLLABO 10 : Si tu veux devenir comme nous

COLLABO 11 : Il n'est pas trop tard

COLLABO 12 : Renonce à tes idéaux anciens

COLLABO 13 : Liberté

COLLABO 14 : Égalité

COLLABO 16 : Fraternité

COLLABO 17 : Ne sont que des illusions

COLLABO 18 : de vieilles rêveries

COLLABO 19 : des mensonges

COLLABO 20 : créés de toute pièce par les Juifs

COLLABO 1 : et les Francs-maçons

COLLABO 2 : La France qui nous attend

COLLABO 3 : est une France de la paix avec le IIIe Reich

COLLABO 4 : une France pure

COLLABO 5 : enfin débarrassée de tous les étrangers

COLLABO 6 : une France purifiée

COLLABO 7 : une France nouvelle, renaissante, belle, puissante !

COLLABO 8 : Rejoins les rangs de cette France nouvelle

COLLABO 9 : Rejoins-nous ! Ensemble, nous serons plus forts que jamais !

COLLABO 10 : Vive le Maréchal

TOUS : et vive la mort !

 

COLLABO : Donnez vos noms, prénoms, date et lieu de naissance, et votre profession.

MADELEINE : Je m'appelle Madeleine Blin. Je suis née à Verneuil-en-Halatte le 5 juin 1912. Je suis institutrice. J'exerce à Méry-la-Bataille.

COLLABO : Vous avez été arrêtée le 16 février 1944. On sait que vous appartenez à la Résistance, tout comme votre époux, George Blin, arrêté le 2 février 1944.

MADELEINE : Je l'avoue. Je suis une Résistante.

COLLABO : Vous avouez votre acte de trahison envers le Maréchal. Vous connaissiez pourtant la loi ?

MADELEINE : La connaissant et y pensant de plus en plus souvent, je peux déclarer en toute bonne foi que les lois du Maréchal ne sont pas des lois.

COLLABO : Vous osez critiquer le Maréchal ?

MADELEINE : J'ose dire la vérité. Je résiste pour sauver la France des mains du Maréchal, lui qui nous sépare de nos familles, lui qui nous fait vivre dans l'angoisse jour et nuit, lui qui nous fait tant souffrir ! De plus, vous voulez savoir ce que je pense de votre loi ? Elle ne sert à rien. Juste à tuer des pauvres innocents. Elle est le résultat des caprices d'un dictateur et de ses sous-fifres. Une loi qui est contre la justice sociale, contre la France libre, contre les principes mêmes de la France : la liberté, l'égalité, la fraternité !

COLLABO : Faux ! La loi de Vichy sert à maintenir la paix et la sécurité dans le pays ! Et c'est au Maréchal Pétain de décider de ce qui est juste pour la France.

MADELEINE : C'est au Maréchal Pétain de reconnaître qu'il existe des lois universelles pour lesquelles nous devons nous battre. C'est au Maréchal Pétain et à ses sbires de reconnaître que tous les hommes naissent libres et égaux en droit. Chaque être humain possède son honneur et sa dignité. Il est donc de notre devoir de résister, afin de sauvegarder notre dignité, et l'honneur de la France.

COLLABO : Mais enfin, arrêtez avec vos belles paroles ! Vous refusez de voir la réalité en face. Vos idées sont vieilles et périmées. Vous prétendez défendre l'honneur de la France. Mais connaissez-vous plus français que le Maréchal ? L'avenir appartient à la nouvelle Europe, celle du Maréchal et du Führer ! Pensez ce que vous voulez, mais ne vous faites pas d'illusion. Vous, les Résistants, vous êtes minoritaires, et vos actions n'auront aucun impact sur nos actions.

MADELEINE : Vous voulez l'Europe de la puissance, de la guerre et de la mort. Je veux l'Europe de l'humilité, du partage, de la paix et de la vie.

COLLABO : Vous mourrez si vous vous obstinez. Cela n'en vaut pas la peine. Si vous acceptez de collaborer avec nous, nous pourrons vous aider. Nous ne sommes pas mauvais vous savez. Et votre combat est perdu d'avance. Même le Dieu des Juifs ne peut rien faire contre le IIIe Reich. Je vous laisse encore vingt-quatre heures pour réfléchir à vos actes et vous permettre de prendre la bonne décision. Donnez-nous les noms des Résistants que vous connaissez et vous serez libre.

MADELEINE : Que dois-je faire ? Dois-je croire ce collabo ? Et trahir mes camarades résistants pour avoir la vie sauve ? Je dois me taire. Je le sais. Mais j'ai peur. Et je suis si fatiguée. Mon mari est peut-être mort à présent. Nous n'aurons même pas eu le temps d'avoir des enfants. En nous engageant dans la Résistance, nous nous sommes engagés à mourir. Est-ce que notre sacrifice en vaut la peine ? Les générations futures se souviendront-elles de nous, de notre combat, de nos valeurs, de nos sacrifices ? George aimait tellement la vie ! Et moi aussi je veux vivre. Il faut se rendre à l'évidence : ce n'est pas mon petit réseau de résistance qui va arrêter le nazisme, tuer Hitler, et rendre les Français libres !A quoi bon ? Nous attendons les Alliés depuis tant d'années déjà. Et la guerre ne fait qu'empirer. Oh George, pourquoi m'as-tu abandonnée ? Je n'en peux plus. Dois-je collaborer pour quitter cet enfer ?

SEVERINE ET JEANNE D'ARC : Non !

MADELEINE : Qui vient de parler ? D'où viennent ces voix ?

JEANNE D'ARC : Ne fais pas cela !

MADELEINE : Qui est là ? Mais non, je suis ridicule. J'entends des voix à présent. Cette prison me rend folle.

SEVERINE : Tu dois continuer le combat.

Les deux personnages apparaissent sur scène.

MADELEINE : Qui êtes-vous ?

JEANNE D'ARC : Nous sommes là pour t'empêcher de faire une erreur.

MADELEINE : Vous n'avez pas répondu à ma question.

JEANNE D'ARC : Je suis Jeanne d'Arc. Fais-moi confiance. Ecoute-moi. Il est encore temps de ne pas commettre l'irréparable.

MADELEINE : Jeanne d'Arc ? Voilà que j'ai des visions à présent ! Il faut vraiment que je sorte de là.

JEANNE D'ARC : Tu ne dois pas collaborer avec les ennemis.

MADELEINE : Admettons que vous soyez Jeanne d'Arc. De quel droit vous permettez-vous de me donner des conseils ?

JEANNE D'ARC : Moi aussi j'ai résisté en mon temps.

MADELEINE : Votre combat n'avait rien à voir avec le mien. Vous combattiez pour un roi. Je me bats pour la liberté.

JEANNE D'ARC : C'est vrai. Nos deux époques sont très différentes et on ne peut pas les comparer. Mais souvenez-vous de moi comme d'une femme libre, qui a combattu la bêtise des hommes de son temps, et qui a donné sa vie pour sauver l'honneur de la France divisée par une armée d'occupation !

SEVERINE : Jeanne a raison. Et ce n'est pas parce que l'extrême droite utilise son image qu'il faut oublier le sens de ses paroles.

MADELEINE : Et vous ? Vous êtes qui ? Jeanne Hachette ?

SEVERINE : Je suis Caroline Rémy, alias Séverine. Je suis devenue journaliste grâce à Jules Vallès. J'ai écrit un grand nombre d'articles pour dénoncer les injustices, les violences conjugales, les inégalités entre les riches et les pauvres. Mais si nous sommes ici, c'est pour t'aider à faire le bon choix. A prendre la bonne décision.

JEANNE D'ARC : Tu ne dois rien dire.

SEVERINE : Si tu parles, tu seras identique à ces monstres.

JEANNE D'ARC : Tu ne dois rien dire, pour l'honneur de la France.

SEVERINE : Pour la liberté et l'égalité.

MADELEINE : Si je parle, je deviens une traîtresse. Si je me tais, je meurs. Dans les deux cas, la Résistance perd une combattante.

SEVERINE : Il vaut mieux mourir libre et que vivre emprisonné.

JEANNE D'ARC : Ton sacrifice ne sera pas vain. Il faut garder sa dignité. Refuse l'idéologie d'Hitler. Reste humaine. Repense à la raison pour laquelle tu t'es engagée dans la Résistance.

SEVERINE : N'abandonne pas le combat. Il ne faut pas détruire tout ce que toi et tes compagnons avez accompli. Pense à ton mari, à tes camarades, à leur engagement !

JEANNE D'ARC : Nos époques ne sont peut-être pas les mêmes. Nos ennemis sont peut-être différents. Mais nos valeurs sont semblables.

SEVERINE : L'égalité. La fraternité.

JEANNE D'ARC : La justice. La liberté. L'honneur.

MADELEINE : La dignité. La France libre. L'Europe en paix.

COLLABO : Alors ? Vous avez pris votre décision ? Comme je dis toujours, la nuit porte conseil.

MADELEINE : Vous avez raison. La nuit m'a porté conseil. Vous pouvez me torturer, je ne dirai rien ! Jamais ! Je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour conserver ma dignité. J'aurai lutté, serai morte pour ma patrie, pour une France libre, pour l'égalité des hommes entre eux. Demain, quand la guerre sera finie, lequel de nous deux dormira sur ses deux oreilles ? Lequel de nous deux pourra se regarder dans un miroir ? Lequel d'entre nous pourra raconter son histoire à ses enfants sans avoir honte ou peur ? Je ne capitulerai pas. Car demain nous aurons retrouvé notre liberté.

RESISTANT 1 : âgé de cent mille ans

RESISTANT 2 : j'aurai encore la force de t'attendre

RESISTANT 3 : ô demain pressenti par l'espoir.

RESISTANT 4 : Le temps

RESISTANT 5 : vieillard souffrant de multiples entorses

RESISTANT 6 : Peut gémir

RESISTANT 7 : neuf est le matin, neuf est le soir.

RESISTANT 8 : Mais depuis trop de mois

RESISTANT 9 : nous vivons à la veille

RESISTANT 10 : Nous veillons

RESISTANT 11 : nous gardons la lumière et le feu

RESISTANT 12 : Nous parlons à voix basse

RESISTANT 13 : et nous tendons l'oreille

RESISTANT 14 : A maint bruit vite éteint

RESISTANT 15 : et perdu comme au jeu.

RESISTANT 16 : Or, du fond de la nuit,

RESISTANT 17 : Nous témoignons encore,

RESISTANT 18 : De la splendeur du jour et de tous ses présents.

RESISTANT 19 : Si nous ne dormons pas

RESISTANT 20 : C'est pour guetter l'aurore

TOUS : Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.


 

CHANT DES PARTISANS


 

 


 

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