niveau quatrième (l'autre dans la philosophie des Lumières)

Publié le

4ème 1 – Année scolaire 2007-2008

Séquence 5 : l’autre dans la philosophie des Lumières

Introduction

Mercredi 26 mars 2008

Support : La Philosophie expliquée à ma fille de Roger-Pol Droit (Ed. Seuil, 2000)

 

« Alors, c’est quoi, la philosophie ?

-          […] Un dictionnaire te dira, par exemple, que le mot « philosophie » peut vouloir dire, en grec ancien, « amour de la sagesse ». Tu penseras probablement que ça doit être très ennuyeux. Parce que « sagesse » évoque forcément le « sois sage ! » que les enfants détestent entendre. Tu ne seras donc pas bien avancée, parce qu’il faudra se demander ce qu’on appelle « sagesse », en quoi ça consiste. Tu auras appris ce que veut dire le mot « philosophie », mais tu ne sauras toujours pas ce qu’est réellement la philosophie.

-          Si le sens du mot m’est donné, je sais forcément ce que c’est !

-          Pas du tout. Quand tu apprends que le mot « Japon » est le nom d’un pays d’Asie, ce n’est pas pour ça que tu connais le Japon. Ou bien, imagine un enfant ne sachant pas ce que veut dire le mot « mathématiques ». Tu lui donnes une définition : « une science des nombres et des figures ». Maintenant, l’enfant connaît le sens de ce mot. Il peut éventuellement s’en servir. Diras-tu qu’il sait ce que sont les mathématiques ?

-          Non, bien sûr.

-          Tu vois…le mot ne suffit pas ! Connaître quelque chose, ce n’est pas seulement savoir un mot, c’est aussi, forcément, faire une expérience. Tu connais ce qu’on appelle « mathématiques » quand tu commences à faire des calculs et des démonstrations, de l’arithmétique, de l’algèbre ou de la géométrie. Et le Japon, tu vas le connaître en lisant des livres, en voyant des expositions et des films et bien sûr en y allant !

-          Alors on peut dire que pour connaître la philosophie, il faut y aller ?

-          Absolument ! Tu as très bien saisi. La philosophie, il faut y aller. Pourtant, ce n’est pas un pays, un lieu où l’on pourrait se rendre. C’est plutôt, comme les mathématiques, une activité.

-          D’accord, mais alors on fait quoi, quand on fait de la philo ?

-          On cherche à savoir la vérité. Voilà une pas mauvaise base de départ : la philosophie, c’est une activité qui cherche la vérité. Mais ça ne suffit pas. Un inspecteur de police cherche aussi la vérité. Quand il mène une enquête, s’il s’agit d’un meurtre, il cherche à savoir qui est l’assassin. Pour cela, comme tu sais, il va examiner l’emploi du temps de chaque suspect, comparer toutes les versions, confronter les témoignages…et réfléchir ! Il ne va croire personne sur parole, et il va mettre en doute, systématiquement, tout ce qu’on lui raconte.

Les philosophes en font autant. Pour chercher la vérité, ils n’hésitent pas à mettre en examen leurs convictions et leurs croyances. Ils peuvent même considérer comme suspectes leurs propres idées. Mais ce ne sont pas des inspecteurs de police ! Il y a toutes sortes de gens qui s’occupent de chercher quelque chose de vrai. […] Les inspecteurs de police, les historiens, les scientifiques […] ont en commun de chercher la vérité, mais dans des domaines très différents. Il me semble que pour avancer dans notre enquête à nous, qui porte sur ce que font les philosophes, nous avons un problème à résoudre. Tu vois lequel ?

-          Je pense qu’il va falloir trouver dans quel domaine les philosophes cherchent la vérité.

-          Excellent ! […] Ceux qui cherchent la vérité en mathématiques, normalement, ce sont les mathématiciens. En histoire, les historiens. Et ainsi de suite. Si les philosophes cherchent eux aussi la vérité dans tous ces domaines, ils doivent le faire d’une manière spéciale, comme s’ils travaillaient dans un domaine qui traverse tous les autres. La solution n’est pas loin : c’est dans le domaine des idées que les philosophes cherchent la vérité. Chaque fois que tu veux comprendre comment un philosophe se situe dans un domaine, tu peux commencer par ajouter « idée de »…Le philosophe ne s’occupe pas de la justice comme un avocat ou un juge. Il s’occupe de « l’idée » de justice. Il ne s’intéresse pas au pouvoir de la même façon que l’homme politique, il cherche à creuser « l’idée » de pouvoir.[…]

-          En fait, ce sont des spécialistes des idées !

-          Exact. Il faut ajouter que cette recherche de la vérité dans le domaine des idées peut presque toujours prendre la forme d’une question : « quelle est vraiment l’idée de… ? » A la place des trois petits points, tu peux mettre « liberté », « œuvre d’art », « pouvoir », « justice », « individu », « âme », « homme », « dignité »…et des dizaines et des dizaines d’autres. Ce que cherchent les philosophes, finalement, c’est la meilleure définition possible de chaque idée. Et, parmi ces définitions, ils cherchent laquelle est vraie.

-          Alors à quoi servent concrètement leurs recherches ?

-          A vivre, tout simplement, à vivre ! Les idées ne sont pas un domaine à part, une sorte de jardin qui serait à côté de l’existence. Pas du tout ! En réalité, les idées commandent les actions, les façons de vivre, les comportements.

-          Tu ne vas pas me faire croire, quand même, que les êtres humains ont besoin de philosophie pour vivre. Il y a des tas de gens qui vivent sans avoir la moindre idée de ce que pensent les philosophes. Et ça ne les empêche pas de vivre !

-          Une seconde !… Si tu veux dire que l’on peut manger, dormir, grandir sans chercher la vérité dans des idées, évidemment tu as raison. On ne peut pas vivre sans boire, sans se nourrir, sans dormir, mais on peut parfaitement maintenir son organisme en vie sans vraiment réfléchir. La question n’est pas là. Elle est de savoir comment vivre mieux. De façon plus humaine, plus intelligente, plus intense. Et, là, tu ne peux pas échapper à un travail sur les idées.

Je dis un travail sur les idées, parce que des idées, on en a toujours. Elles sont là avant la philosophie. Ce n’est pas elle qui les crée. La philosophie va plutôt les tester, les mettre à l’épreuve, les examiner, pour voir celles qui sont vraies et celles qui sont fausses. »

 

Qu'est-ce que la philosophie ?  Synthèse des recherches personnelles des élèves avant l'analyse du texte

La philosophie vient du grec philo sophia qui signifie amour de la sagesse. La philosophie est une façon de penser. Le philosophe peut penser sur n'importe quel objet. Philosopher, ce n'est pas forcément apporter des réponses. C'est avant tout savoir poser des questions. Il y a plusieurs manières de philosopher.

    Courte analyse du texte pour introduire la séquence sur l'autre dans la philosophie des Lumières

C'est un texte explicatif, car il nous donne des informations sur la philosophie. L'auteur définit la philosophie comme une activité qui cherche la vérité, dans le domaine des idées : ces idées peuvent être par exemple la liberté, l'oeuvre d'art, le pouvoir, la justice, l'homme, la dignité...
La philosophie selon l'auteur sert à mieux vivre. Le but de la philosophie est la pratique : il s'agit d'apprendre à vivre de manière raisonnable. La visée de ce texte est argumentative car l'auteur nous encourage à pratiquer la philosophie.


Séances autour de Ridicule de Patrice Leconte pour comprendre la place de l'autre dans la philosophie des Lumières
Introduction
: En 1780, le jeune baron Grégoire Ponceludon de Malavoy part à Versailles pour obtenir des financements auprès des ministres de Louis XVI afin d'assécher les marais de la Dombes qui provoquent des épidémies mortelles chez les paysans.

I. LA DENONCIATION DES INEGALITES SOCIALES

Au début du film, la scène se situe dans les marais de la Dombes. Un plan américain et des travellings latéraux montrent des paysans recourbés qui travaillent pour survivre (hommes, femmes et enfants). La couleur du marais est marron et la lumière est sombre, afin de montrer la saleté et la pauvreté des lieux. On entend les bruits de l'eau, d'un cheval, des mouches et des moustiques, ce qui prouve que les lieux sont très insalubres.
Dans les premières scènes, on voit les trois ordres de la société française avant la Révolution : la noblesse (Malavoy), le clergé (le prêtre) et le Tiers-Etat (la masse des paysans).
Selon le prêtre, il faut prier pour que les pauvres guérissent. Selon Malavoy, il faut au contraire assécher les marais, d'où son départ pour Versailles, car il doit se faire entendre pour obtenir une aide financière. Malavoy ressemble à un philosophe des Lumières car il nous montre qu'il désire aider et défendre le peuple. Selon Malavoy, le prêtre est en outre irrationnel et superstitieux, ce qui prouve que le baron est influencé par les Lumières.

Malavoy rencontre le marquis de Bellegarde (Jean Rochefort) après avoir été attaqué par un voleur dans les sous-bois, à proximité du château de Versailles. A la cour, il rencontre l'Abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau) et Madame de Blayac (Fanny Ardant).
Malavoy, au cours d'une première discussion avec l'Abbé de Vilecourt, compare les aristocrates à des moustiques et à des parasites :
" C'est que, voyez-vous, Monsieur, les paysans ne nourrissent pas seulement les moustiques, ils nourrissent aussi les aristocrates."


II. COMMENT APPARAÎT LA PHILOSOPHIE DES LUMIERES DANS LE FILM ?

Malavoy, le Marquis de Bellegarde, Mathilde de Bellegarde et l'Abbé de l'Epée représentent l'esprit des Lumières dans le film. Nous nous attacherons à Mathilde et à l'Abbé un peu plus loin dans l'analyse, lorsque nous étudierons la manière dont sont présentés les sourds-muets et les femmes. Pour l'instant, il s'agit de voir comment et pourquoi Malavoy et le Marquis de Bellegarde peuvent être rattachés à l'esprit des Lumières.
Malavoy et le Marquis de Bellegarde peuvent incarner l'esprit des Lumières pour plusieurs raisons : 
A. ils font preuve de curiosité intellectuelle. Par exemple, Malavoy est ingénieur hydrographe, il s'intéresse à la natation et aux recherches de Mathilde concernant les fonds sous-marins. Le marquis de Bellegarde fait des expériences scientifiques sur les grenouilles, s'intéresse à la médecine et à la botanique, et lit les philosophes des Lumières (Voltaire et Rousseau). Il s'est inspiré de l'Emile (un ouvrage de Rousseau consacré à l'éducation : dans ce livre, il explique qu'il faut permettre à l'enfant de s'épanouir librement dans la nature dès son plus jeune âge) pour éduquer Mathilde.
B. Ils font preuve de compassion (sympathie : la compassion, c'est la capacité de partager la souffrance des autres ; celui qui compatit, c'est celui  qui est capable de comprendre la souffrance des autres) à l'égard des pauvres, du Tiers-Etat et des sourds-muets.

 

Objectif : comprendre l’ironie et l’humour

Support : Ridicule de Patrice Leconte

 

LE BEL ESPRIT

 

I. Soirée au petit salon du jeu à Versailles

 

L’Abbé de Vilecourt : -  Si je ne fais double trois, je dis le secret de l’Eglise !

Une courtisane : - Oh oui, le secret !

L’Abbé de Vilecourt : - Et bien tant pis, je le dis : il n’y a pas de Purgatoire ! […] Je crois reconnaître votre obligé… [ à Malavoy ] Tout frais de votre belle province, vous devez avoir un regard aiguisé sur les ridiculités de la cour !

Malavoy : - Il est écrit : « ne juge point, et tu ne seras point jugé ! »

L’Abbé de Vilecourt : - Vous pensez bien que si les Evangiles étaient de quelque utilité à Versailles, cela serait venu à ma connaissance. Joignez-vous à notre partie, si le cœur vous en dit ! Nous jouons à dix sols le point !

Malavoy : - Les boucles d’argent de mes souliers sont ma seule richesse. Mais vous pouvez les estimer de plus près, en vous courbant bien !

L’Abbé de Vilecourt : - Que sollicitez-vous à Versailles ?

Malavoy : - La charge d’assainir les marais de la Dombes : un paradis pour les moustiques, la vie d’un paysan n’y dépasse pas trente-cinq ans.

L’Abbé de Vilecourt : - Pauvres gens ! Comme un malheur ne vient jamais seul, leur simple évocation provoque l’ennui !

Malavoy : - C’est que, voyez-vous monsieur, les paysans ne nourrissent pas seulement les moustiques, ils nourrissent aussi les aristocrates.

Un courtisan : - Il est moins sot qu’il n’en a l’air !

Malavoy : - C’est toute la différence entre nous, monsieur !

[…]

Madame de Blayac : - Votre jeune assommé semble avoir retrouvé tous ses esprits. Je ne sais s’il le doit à vos soins, marquis.

Marquis de Bellegarde : - Permettez-moi de l’espérer, madame. En tout cas, agilité de conversation, certaine ! »

 

II. Chez le duc de Luynes

 

Le baron de Guéret : « Mon arbre est formel, Monseigneur, vous et moi sommes cousins. Car dans le Poitou, j’ai une tante qui se nomme Balencour !

Le duc de Luynes : - Balencour…de Mérignac ?

Le baron de Guéret : - Balencour Du Tilleul, mais c’est la même famille ! D’ailleurs, regardez notre grand-père ! N’y a-t-il pas une ressemblance ?

Le duc de Luynes : - Notre grand-père ?

Malavoy : - Le sien est sans doute entre les jambes du vôtre.

Le duc de Luynes : - Mais répondez, monsieur ! La charge d’assesseur de l’Académie ne saurait échoir à un homme de peu d’esprit.

Le baron de Guéret : - Qu’elle ne m’échoissat point, voilà qui serait bien extravagant !

Madame de Blayac : - « M’échoissat » ? Il serait plaisant que vous écorchassiez ainsi la langue tout en veillant sur les débats de l’Académie !

L’Abbé de Vilecourt : - Rien de plus normal, ma chère : on confie le sérail à l’eunuque. »

 

 

III. Souper de « gens d’esprit » chez la comtesse Madame de Blayac.

 

Madame de Blayac :« Mon Dieu, je m’aperçois que nous sommes treize à table. Nous devrons inviter un valet à prendre place parmi nous.

Un courtisan : - Le remède serait pire que le mal : un valet parmi nous !

Un autre : - Nous serions assurés d’un joli ridicule !

Madame de Blayac : - Alors l’un de nous doit quitter la table.

Un autre : - Que le moins titré d’entre nous se sacrifie.

L’Abbé de Vilecourt : - Je propose plutôt une joute : que celui qui aura le moins d’esprit quand on apportera le potage, se lève et quitte la table !

Une courtisane : - Un tournoi de bel esprit !

Madame de Blayac : - Le gant est jeté : que les champions s’affrontent ! Comment va votre femme, monsieur ?

L’Abbé de Vilecourt : - S’enquérir de la femme auprès du mari, revient à s’enquérir de la mode d’hier.

Le marquis de Carmes : - Sachez que je couche à Clermont-Ferrand une fois par mois pour prévenir les mauvaises langues, au cas où ma femme serait grosse.

Une baronne : - Coucher avec son mari ! Voilà bien une idée de femme grosse !

Milletail : - Pourquoi quitter Clermont-Ferrand ? La bonne société y est comme ailleurs, et la mauvaise est excellente.

Un autre : - Pour ma part, je ne fréquente plus les filles publiques. Elles sont aussi dépravées que les femmes de bien.

Un autre : - On peut dire qu’il est plus facile de mourir pour une femme que d’en trouver une qui le mérite.

Montaliéri : - Moi je n’épouse que les pucelles. Mais elles nous vendent bien cher un trésor dont tous les hommes ont la clef !

Madame de Blayac : - Avez-vous remarqué, monseigneur, que les confesseurs des femmes deviennent presque toujours archevêques ?

L’évêque : - Les femmes ont plus d’à-propos que les hommes. Et quand le pêcheur est sans esprit, la pénitence est pour le confesseur.

Une autre : Monseigneur, laissez un peu l’esprit. Il ne sert qu’à s’ennuyer avec ceux qui n’en ont pas.

Un autre : On dit d’un homme d’esprit qui se tait, qu’il n’en pense pas moins !

Une courtisane : Un sot qui se tait n’en pense pas davantage.

L’Abbé de Vilecourt : Oh ! Ne décriez pas les ennuyeux, ma chère. C’est la plaine qui donne son relief à la montagne. Attendez ! Monsieur Ponceludon de Malavoy n’a pas encore parlé.

Malavoy : L’esprit est comme l’argent, moins on en a, plus on est satisfait.

Madame de Blayac : L’esprit est le contraire de l’argent. Moins on en a, plus on est satisfait. Voltaire ! Il est préférable de comprendre ceux qu’on pille. La joute est terminée !

Malavoy : J’ai grand faim ! Faites-moi servir en cuisine, avec les valets, je vous prie.

L’évêque : Sachez qu’on juge un homme à ses fréquentations.

Malavoy : On a tort, monseigneur, Judas avait d’excellentes fréquentations. »

LE BEL ESPRIT

Malavoy et l'abbé de Vilecourt utilisent le bel esprit : il s'agit d'une utilisation de la parole, des mots, qui repose sur l'ironie pour ridiculiser les autres afin de les exclure de la cour et pour se faire bien voir.
La scène a lieu à Versailles. C'est un palais luxueuw où se réunissent les aristocrates et où vit le roi Louis XVI. On peut comparer Versailles à une prison. Comme dans Loft Story, tout le monde surveille tout le monde, tout le monde regarde tout le monde, et le moindre faux pas peut provoquer une exclusion définitive.
Mais Malavoy utilise le bel esprit pour s'intégrer à la cour afin de se rapprocher du roi, pour assécher les marais de la Dombes.
Dans la scène de la joute verbale en bouts rimés, l'abbé de Vilecourt et Malavoy s'affrontent. Malavoy s'aperçoit que l'abbé triche avec Madame de Blayac. Malavoy sort vainqueur après avoir rabaissé ses deux adversaires grâce à ce poème improvisé :
  
 " Toujours fidèle à sa conduite,
       L'abbé, sans nuire à sa santé,
       Peut faire deux mots d'esprit de suite,
       L'un en hiver, l'autre en été."

Chez le duc de Luynes, le baron de Guéret est le bouc-émissaire de l'assemblée. Malavoy, Madame de Blayac et Vilecourt humilient le baron de Guéret. Cet exemple montre que le bel esprit est cruel car il peut entraîner une mort morale, psychologique, symbolique.
Le bel esprit ne provoque pas seulement l'humiliation, il entraîne également la mort : le baron de Guéret finit par se pendre. Les autres victimes du bel esprit sont Chevernoy, l'abbé de Vilecourt et Malavoy. Mais Malavoy n'est pas vraiment humilié, car il a le dernier mot, au cour du dîner chez Madame de Blayac :
"On a tort, monseigneur, Judas avait d'excellentes fréquentations."
Dans cette phrase, Malavoy se compare à Judas, qui était un traître ayant dénoncé Jésus. Il a en effet l'impression de trahir la cause qu'il défend en faisant du bel esprit. Mais on peut également considérer que c'est la comtesse qui est comparée à Judas. Il se sent trahi par Madame de Blayac.
A la cour de Versailles, l'abbé de Vilecourt comprend qu'il a fait une erreur catastrophique : face au roi Louis XVI et à la cour, l'abbé de Vilecourt démontre que Dieu existe et dit qu'il peut prouver le contraire. Or si Dieu n'existe pas, alors on est plus obligé d'obéir au roi, car le roi est le lieutenant de Dieu sur Terre. Le roi détient son autorité de Dieu. Dire que Dieu n'existe pas, c'est remettre en cause l'autorité du roi. L'abbé est alors assimilé à un philosophe des Lumières, comme Diderot, car ils sont accusés de ne pas croire en Dieu, ils critiquent les hommes d'Eglise.
Un zoom arrière et un plan d'ensemble soulignent l'abandon et l'isolement de l'abbé qui a tout perdu. A force de vouloir trop briller, l'abbé s'est pris dans son propre piège. Il est lui aussi victime du bel esprit. La comtesse refuse d'aider l'abbé car elle ne veut pas se mettre en danger.
Dans la scène du bal masqué, Malavoy subit une nouvelle humiliation organisée par la comtesse qui se venge car elle est jalouse de Mathilde, de sa jeunesse, de sa beauté, et de l'affection que Malavoy lui porte. La vengeance de Madame de Blayac ne fonctionne pas parce que Malavoy continue de défendre sa cause. Il enlève son masque et explique que le bel esprit peut tuer. Malavoy demande au "marquis de Patatras" (le chevalier de Milletail) d'enlever son masque. Malavoy fait tomber les masques et dénonce l'hypocrisie qui règne à la cour. Il cite Voltaire : s'il était encore vivant, il aurait honte du bel esprit et de ses conséquences négatives sur les paysans.


L’IRONIE ET L’HUMOUR

 

I.             Définitions

 

 

A. L’ironie

 

L’ironie consiste à dire le contraire de ce que l’on pense. Le ton avec lequel on dit le contraire de ce que l’on pense doit montrer que l’on est en désaccord avec ce que l’on dit.

Par exemple, le professeur fait de l’ironie quand il dit à un élève qui n’a pas travaillé : Continue comme ça, c’est vraiment très bien !

 

L’ironie sert à :

 

a.            se moquer de quelqu’un : dans le film Ridicule, le bel esprit est un art de la conversation qui utilise l’ironie pour se moquer de ses adversaires.

b.            Dénoncer quelque chose : dans le film Ridicule, Malavoy utilise très souvent l’ironie pour dénoncer les inégalités sociales, l’hypocrisie de la cour ou le mariage de Mathilde avec Montalieri.

c.            Provoquer le lecteur ou l’auditeur. Il s’agit de faire rire ou bien de faire réfléchir.  

 

 

B. L’humour, l’humour noir et le comique

 

a. L’humour

 

L’humour, c’est jouer sur les mots pour faire rire. Quelqu’un qui a de l’humour, c’est quelqu’un qui est capable de rire et de se moquer de lui-même, en jouant sur les mots. Avoir de l’humour, c’est savoir se moquer de son propre ridicule.

 

b. L’humour noir

 

Faire de l’humour noir, c’est plaisanter sur des sujets graves : par exemple sur la mort. Le film Sleepy Hollow utilise beaucoup l’humour noir.

 

 

II.          Les figures de style pour faire de l’ironie et de l’humour

 

On utilise cinq figures de style pour faire de l’ironie ou de l’humour :

 

A.     L’antiphrase : c’est dire le contraire de ce que l’on pense : cet élève est doué : il échoue dans toutes les disciplines.

B.     L’hyperbole consiste à exagérer ce que l’on dit en utilisant des mots ou des images excessifs. Par exemple, lors d’une soirée, pour montrer à quel point vous vous ennuyez, vous pouvez utiliser l’hyperbole suivante : « j’ai cru que j’allais mourir ! » 

C.     L’alliance de mots permet de formuler un jugement en rapprochant des mots de sens opposés : « Il posa sur nous un regard rayonnant de bêtise. »

L’association des termes « rayonnant » et « bêtise » est amusante car « rayonnant » s’utilise pour désigner l’intelligence. En l’associant au mot « bêtise », on comprend que la personne dont on parle est extrêmement bête.

D.    La comparaison : tu ris comme une truie.

E.     La métaphore : tu as la légèreté d’un éléphant.

Citations du film

 

« Paul est sourd-muet. Idiot mais pas méchant. » Le Marquis de Bellegarde

 

« A quel prix comptez-vous la vie humaine ? (Malavoy)

- Elle passe après le destin de la France…sauf pour les philosophes ! » (Le Ministre Maurepas)

 

 

« Vous pensez bien que si les Evangiles étaient de quelque utilité à Versailles, cela serait venu à ma connaissance. » L’Abbé de Vilecourt

 

« Les boucles d’argent de mes souliers sont ma seule richesse. Mais vous pouvez les estimer de plus près, en vous courbant bien. » Malavoy, à Vilecourt.

 

« Pauvres gens ! Comme un malheur ne vient jamais seul, leur simple évocation provoque l’ennui. (Vilecourt)

-         C’est que, voyez-vous, Monsieur, les paysans ne nourrissent pas seulement les moustiques, ils nourrissent aussi les aristocrates. » (Malavoy)

 

« Il est moins sot qu’il en a l’air ! (un courtisan)

-         C’est toute la différence qu’il y a entre nous, Monsieur. » (Malavoy)

 

« C’est le bel esprit qui ouvre les portes. Et vous n’en êtes pas dépourvu ! » (Le Marquis de Bellegarde)

« La droiture et le bel esprit sont rarement réunis. » Le Marquis de Bellegarde

 

« Les sujets graves apportent du déplaisir et sont à bannir de vos propos…Formulez des saillies spirituelles, fines, promptes et malveillantes, alors votre pays guérira de ses plaies. » (le marquis de Bellegarde)

 

« Les salons de Versailles ne peuvent pas sauver des enfants car un arbre pourri ne peut pas donner de beaux fruits. » Mathilde de Bellegarde

 

« Si seulement je ne vous avais pas rencontré ! J’aurais continué à feindre qu’on m’achetait ! » Mathilde de Bellegarde

 

« Sire, le roi n’est pas un sujet. » Malavoy, à Louis XVI

 

« Demain, des enfants de chez moi vont mourir. Et ils mourront de ce ridicule qui m’éclabousse aujourd’hui. » Malavoy, aux courtisans, lors du bal masqué.

 

« Vous enviez l’esprit mordant de Monsieur de Voltaire. Le grand homme aurait pleuré, lui, car il était d’une ridicule sensibilité au malheur humain. » Malavoy, lors du bal masqué.

 

 

L’Abbé de Vilecourt (soin, point, sortie, eucharistie) :

 

« Je comptais, en ce lieu, voir le roi de sortie,

L’entendre, lui parler, et m’instruire par ses soins,

Mais c’est comme Jésus en son Eucharistie…

On le mange, on le boit…mais on ne voit point ! »

 

 

Ponceludon de Malavoy (conduite, suite, été, santé) :

 

« Toujours fidèle à sa conduite,

L’abbé sans nuire à sa santé,

Peut faire deux mots d’esprit de suite…

L’un en hiver, l’autre en été. »

 

« Madame de Blayac : Le prix, monsieur, de votre discrétion ?

Malavoy : - Madame, soyez sans crainte ! Votre procédé ne sera pas…éventé ! »

 

« Malavoy : J’ai fait un rêve étrange. J’avais la tête sur le billot, et le bourreau me dit :

Le Marquis de Bellegarde : - Un bon mot, et tu as la vie sauve. Ce rêve, nous l’avons tous fait à la cour. »

Les sourds-muets et les femmes dans la philosophie des Lumières

Objectif : comprendre que les Lumières considèrent tous les êtres humains comme égaux, quels que soient leurs appartenances sexuelles et leurs handicaps

Support : Ridicule de Patrice Leconte

 

Comment la philosophie des Lumières considère-t-elle les sourds-muets ?


Paul, le sourd-muet, est présenté par le Marquis de Bellegarde comme un idiot. Les courtisans de Versailles pensent que les sourds-muets sont inférieurs, inutiles, incapables, car ils sont dans l’incapacité d’entendre et de communiquer avec des mots. C’est l’abbé de l’Epée qui se charge de l’éducation des sourds-muets. Il a inventé le langage des signes pour que les sourds-muets puissent communiquer.

Lors de son discours devant la cour à Versailles, pour montrer son invention, l’abbé de l’Epée fait référence à Platon et à Socrate qui sont des philosophes.

Le défenseur des sourds-muets veut démontrer aux courtisans que les sourds-muets ne sont pas des animaux inférieurs aux êtres humains. On peut donc dire que l’abbé de l’Epée est un homme des Lumières car il considère que les sourds-muets ne sont pas des créatures inutiles et monstrueuses. Les sourds-muets sont des êtres humains comme les autres, des personnes qui méritent d’être respectées.

 

 

Comment la philosophie des Lumières considère-t-elle les femmes ?


Les deux personnages féminins principaux sont Mathilde de Bellegarde et Madame de Blayac.

 

A.     Mathilde de Bellegarde

 

Mathilde est la fille du Marquis de Bellegarde. Elle a reçu une éducation inspirée par Rousseau qui est un philosophe des Lumières.

Pour financer ses recherches et aider son père qui croule sous le poids des dettes, Mathilde doit se marier avec le vieux Montalieri, qui est un noble extrêmement riche. Mais Mathilde n’aime pas Montalieri. En outre, Montalieri accepte de l’épouser à la seule condition de ne pas paraître à la cour.

Malavoy s’oppose à ce mariage car il aime Mathilde, et il ne supporte pas de voir une femme soumise à un mariage de raison.

Cependant, Malavoy explique qu’il refuse de prendre une épouse parce qu’il n’a pas d’argent.

Après le départ de Malavoy, Mathilde décide de paraître à la cour afin de rompre avec le contrat de mariage imposé par Montalieri. Elle aime Malavoy, mais elle pense que les tentatives de Malavoy pour approcher le roi sont vaines et inutiles.

On peut dire que Mathilde de Bellegarde est une fille des Lumières car elle s’intéresse à la science, à la botanique, à la natation, aux fonds sous-marins, n’aime pas la cour de Versailles et le bel esprit et veut aider les pauvres, les sourds-muets et l’humanité en général grâce à la science.

 

 

 

 

 

B.     Madame de Blayac


Madame de Blayac est la veuve du comte de Blayac, qui était un ami du père de Malavoy. La comtesse est une proche du roi. Tous ceux qui la fréquentent et qui font partie de ses amis intimes ont des chances d’obtenir une audience auprès du roi.

Madame de Blayac aide finalement Malavoy à s’approcher du roi parce qu’elle cherche à obtenir une nouvelle réputation après l’humiliation publique de l’abbé de Vilecourt. La comtesse est une mangeuse d’hommes, elle aime séduire, mais elle est de plus en plus sous le charme de Malavoy. Face à Mathilde de Bellegarde, la comtesse de Blayac ressent de la jalousie car Mathilde est belle, intelligente et libre. Elle refuse finalement de se marier avec Montalieri, alors que la comtesse a été contrainte de se marier avec un vieil homme riche. Madame de Blayac se venge deux fois contre Malavoy. La première vengeance, lors du dîner à treize, a consisté à déconcentrer Malavoy pendant le tournoi de bel esprit. La comtesse se vengeait car Malavoy avait montré devant tout le monde qu’elle trichait avec l’abbé de Vilecourt lors d’une joute verbale en bouts rimés.

La deuxième vengeance consiste à commanditer un croc-en-jambe contre Malavoy pendant le bal masqué. La comtesse se venge car elle a compris qu’en réalité, après le duel contre le Ministre des Armées Chevernoy, Malavoy aime Mathilde. Mais cette seconde vengeance, comme la première d’ailleurs, ne fonctionne pas totalement, car Malavoy a toujours le dernier mot. Après le départ définitif de Malavoy accompagné de Mathilde, la comtesse éprouve de la souffrance car elle a perdu définitivement Malavoy.

Et elle comprend qu’elle est incapable de se libérer de l’hypocrisie qui règne à la cour.

Madame de Blayac n’est pas une femme des Lumières, à la différence de Mathilde. Elle incarne le sort malheureux des femmes nobles au XVIIIe siècle.

CONTROLE DES CONNAISSANCES SUR LE FILM RIDICULE DE PATRICE LECONTE

I. L’intrigue

 

Pourquoi Malavoy part-il à Versailles ?

Malavoy part à Versailles pour obtenir des financements auprès des ministres du roi Louis XVI, afin d'assécher les marais de la Dombes qui causent des maladies mortelles chez les paysans.

 

II. La dénonciation des inégalités sociales

 

Face à l’abbé de Vilecourt, dans le salon des jeux à Versailles, Malavoy dit ceci : « Les paysans ne nourrissent pas seulement les moustiques, ils nourrissent aussi les aristocrates. » Expliquez cette  phrase.

Malavoy compare les aristocrates à des parasites qui empêchent les paysans de vivre dans des conditions décentes et conformes à la dignité de la personne. Les aristocrates, comme des parasites, prennent le fruit du travail des paysans, sans rien leur donner en retour. C'est l'Ancien Régime qui tue les paysans.

 

III. Comment apparaît la philosophie des Lumières dans le film ?

 

Dans le film, quels sont les personnages qui incarnent la philosophie des Lumières ?

Dans le film, les personnages qui incarnent la philosophie des Lumières sont le marquis de Bellegarde, Malavoy, Mathilde de Bellegarde et l'abbé de l'Epée.


En quoi Malavoy incarne-t-il la philosophie des Lumières ?

Malavoy incarne la philosophie des Lumières car il ne croit pas aux superstitions. Ingénieur hydrographe, il s'intéresse aux sciences, à la philosophie - il cite Voltaire - et au sort des paysans qu'il veut améliorer grâce au progrès technique et à la science. Il pense que les politiques alliés aux scientifiques et aux philosophes peuvent changer la condition des hommes. Intellectuel, Malavoy éprouve de la compassion pour les hommes. Adversaire du bel esprit - même s'il s'en sert pour le retourner contre les courtisans et approcher le roi - il cherche à améliorer la condition humaine. C'est l'amour de l'humanité qui le guide.

 

IV. Le bel esprit face à la philosophie des Lumières

 

Définissez le bel esprit.

Le bel esprit est un art de la conversation qui utilise l'humour et l'ironie pour ridiculiser les personnes autour de soi. Les causes du bel esprit sont l'orgueil, la jalousie et le narcissisme. Les conséquences du bel esprit sont la promotion pour le vainqueur, et la mort, physique ou symbolique, pour la victime.


Pourquoi Malavoy utilise-t-il le bel esprit ?

Malavoy utilise le bel esprit afin d'acquérir une notorité à la cour de Versailles, afin d'obtenir une audience auprès du roi, seul moyen d'engager des travaux pour assécher les marais de la Dombes.


Qui sont les victimes du bel esprit ?

Le bel esprit fait de nombreuses victimes dans le film. Les victimes peuvent être physiques ou symboliques. Les victimes symboliques du bel esprit sont Malavoy, Madame de Blayac, l'abbé de Vilecourt, mais aussi les sourds-muets et, de manière indirecte, les paysans de la Dombes. Car les courtisans préfèrent faire du bel esprit sur le dos des paysans, plutôt que de les aider.
Les victimes physiques sont le baron de Guéret et le Ministre Chevernoy.


Comment meurent le baron de Guéret et le Ministre Chevernoy ?

Le baron de Guéret meurt en se suicidant par pendaison. Le Ministre Chevernoy meurt au cours d'un duel contre Malavoy.


Pourquoi l’abbé de Vilecourt se retrouve-t-il tout seul après sa démonstration de l’existence de Dieu face au roi et à la cour ?

L'abbé de Vilecourt se retrouve tout seul après sa démonstration de l'existence de Dieu face au roi et à la cour, car, voulant trop briller, il propose de démontrer que Dieu n'existe pas. Or le roi détient son pouvoir de Dieu. C'est un monarque de droit divin. Il est le lieutenant de Dieu sur Terre. Par conséquent, démontrer que Dieu n'existe pas, c'est démontrer que le roi n'a aucune autorité légitime. Si Dieu n'existe pas, on n'est plus obligé d'obéir au roi. L'abbé de Vilecourt est alors accusé d'être un "philosophe", menacé d'être embastillé.


Lors du bal masqué, après sa chute humiliante, Malavoy dit ceci aux courtisans : « Vous enviez l’esprit mordant de Monsieur de Voltaire. Le grand homme aurait pleuré, lui, car il était d’une ridicule sensibilité au malheur humain. » Expliquez.

Voltaire était un philosophe. Or un philosophe, c'est un penseur qui cherche la vérité dans les idées pour vivre mieux et pour améliorer la condition des hommes. Voltaire utilisait l'humour et l'ironie pour dénoncer le fanatisme, l'intolérance, le mépris des autres. L'ironie de Voltaire est une arme au service de la liberté et de la justice entre les hommes. Or les courtisans font du bel esprit pour détruire l'autre. Le bel esprit ne cherche pas à améliorer la condition des plus faibles. Il n'y a pas de compassion dans le bel esprit. Le bel esprit est une arme au service du mépris, pour ridiculiser n'importe qui. Les courtisans veulent copier les philosophes, mais ils oublient leur sensibilité.

 

V. Comment la philosophie des Lumières considère-t-elle les sourds-muets ? 


Comment sont considérés les sourds-muets par les courtisans de Versailles ? A quoi sont-ils assimilés ?

Les sourds-muets sont considérés par les courtisans de Versailles comme des idiots, des êtres inférieurs, inutiles et incapables. Ils sont assimilés à des animaux, à des singes et à des caniches.


Qui a inventé le langage des signes ?

C'est l'abbé de l'Epée qui a inventé le langage des signes.


Que veut montrer l’inventeur du langage des signes ? En quoi l’inventeur du langage des signes est-il un homme des Lumières ?

L'abbé de l'Epée veut montrer que les sourds-muets ne sont pas des idiots ou des animaux inférieurs. Ce sont des êtres humains, des personnes qui méritent d'être respectées. Il est un homme des Lumières car il cherche la vérité sur les sourds-muets, il utilise la science pour améliorer la condition des sourds-muets. Il cite Socrate et Platon. 
Ce n'est pas parce qu'ils ne peuvent pas parler ou entendre que ce ne sont pas des êtres humains. L'invention du langage des signes prouve que les sourds-muets peuvent communiquer, échanger des idées, faire des "gestes d'esprit", et aimer.

 

VI. Comment la philosophie des Lumières considère-t-elle les femmes ?

 

Qui est Mathilde de Bellegarde ?

Mathilde de Bellegarde est la fille du marquis de Bellegarde.


Quel philosophe a inspiré son éducation ?

C'est Rousseau qui a inspiré l'éducation de Mathilde.


Pourquoi doit-elle se marier avec Montalieri ?

Mathilde de Bellegarde doit se marier avec Montalieri pour financer ses recherches scientifiques, aider son père criblé de dettes, et éviter la misère ou le couvent.


Pourquoi Malavoy s’oppose-t-il à ce mariage ?

Malavoy s'oppose à ce mariage car il ne supporte pas l'idée de se marier contre son gré. Mais surtout, il est secrètement amoureux de Mathilde de Bellegarde.


En quoi Mathilde de Bellegarde est-elle une femme des Lumières ?

Mathilde de Bellegarde est une femme des Lumières car elle s'intéresse aux sciences, à la botanique, à la natation, à l'exploration des fonds sous-marins, et elle veut améliorer la condition des hommes grâce à ses recherches. Elle veut aider les sourds-muets et les paysans, qu'elle considère comme des êtres humains dignes de respect.


Que ressent Madame de Blayac face à Mathilde de Bellegarde ? Pourquoi ?

Madame de Blayac ressent de la jalousie face à Mathilde de Bellegarde, car celle-ci est libre, jeune, intelligente, et aimée de Malavoy.


Les femmes dans la philosophie des Lumières

Supports : Traité de l'éducation des  filles de Fénelon (1689) et Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges (1791)

Texte 1 : Fénelon, Traité de l'éducation des filles (1689)

Les femmes ont d'ordinaire l'esprit encore plus faible et plus curieux que les hommes ; aussi n'est-il point à propos de les engager dans des études dont elles pourraient s'entêter. Elles ne doivent ni gouverner l'Etat, ni faire la guerre, ni entrer dans le ministère des choses sacrées ; ainsi, elles peuvent se passer de certaines connaissances étendues qui appartiennent à la politique, à l'art militaire, à la jurisprudence, à la philosophie et à la théologie. La plupart des arts mécaniques ne leur conviennent pas : elles sont faites pour des exercices modérés. Leur corps, aussi bien que leur esprit, est moins robuste que celui des hommes ; en revanche, la nature leur a donné en partage l'industrie, la propreté et l'économie pour les occuper dans leurs maisons.

Aussi n'est-il point à propos de les engager dans des études dont elles pourraient s'entêter : il est inutile de leur proposer de faire des études qui pourraient leur monter à la tête et les rendre fières.
Le ministère des choses sacrées : la fonction de prêtre.
La jurisprudence : le droit, la justice.
La théologie : l'étude de la religion.
L'industrie : l'habileté.
L'économie : le soin de la maison


Texte 2 : Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791)

 Article premier - La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
II. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme ; ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.
III. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
IV. La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose : ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

L'utilité commune : l'intérêt de tous.
Imprescriptible : dont on ne peut être privé, inaliénable.
La sûreté : la sécurité.
Qui n'en émane expressément : qui n'en provienne nettement.
Bornes : limites.

Selon Fénelon, les femmes n'ont pas le droit de faire :
- de la politique
- la guerre
- le service religieux
- des études.

Les femmes doivent obéir aux hommes. Elles doivent faire des enfants et s'occuper de la maison.
Les femmes sont jugées inférieures aux hommes.

Selon Olympe de Gouges, les femmes et les hommes sont au contraire égaux. Les femmes ont le droit de vote (souveraineté)
Les femmes ont le droit de propriété, elles possèdent leurs propres corps. Les femmes sont libres. Elles ont le droit à la justice et à la protection. Les femmes ont le droit de se révolter contre la tyrannie, en particulier contre la tyrannie de leurs maris.


Voici la restitution du débat entre Rémi, Patrick et Anthony, qui défendaient la thèse selon laquelle les femmes ont le droit de travailler, d'avoir un salaire décent, d'être libres et indépendantes, et Aurore, Anaïs et Laura, qui défendaient la thèse inverse (les femmes ne doivent pas travailler) :

LES FEMMES ONT-ELLES LE DROIT DE TRAVAILLER, D'ETRE LIBRES ET INDEPENDANTES ?

ANTITHESE  (les femmes n'ont pas le droit de travailler) : Si les femmes travaillaient, qui s'occuperait du ménage et des enfants?
THESE : Si le mari et les enfants avaient du respect pour la femme, celle-ci n'aurait pas à s'occuper tous les jours du ménage.

ANTITHESE : Si les femmes travaillaient, elles seraient trop fières.
THESE : Les femmes comme les hommes ont le droit d'être fières.

ANTITHESE : Si les femmes travaillaient, elles risqueraient de rencontrer d'autres hommes que leurs maris.
THESE : Les hommes doivent avoir confiance. Ils ne sont pas les propriétaires des femmes.

ANTITHESE : Si les femmes travaillaient, elles pourraient prendre le travail des hommes.
THESE : Les femmes peuvent occuper des postes que les hommes ne veulent pas et puis les femmes peuvent innover.

ANTITHESE : Si les femmes travaillaient, elles se révolteraient.
THESE : Si les femmes n'avaient pas le droit de travailler, elles se révolteraient. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé.

ANTITHESE : Si les femmes travaillaient, elles pourraient être en danger. Tout travail comporte en effet un risque.
THESE : Tout le monde peut être en danger : il y a des risques partout.

ANTITHESE : Les hommes ont plus de force que les femmes.
THESE : Si les femmes travaillaient, elles auraient plus de force, et tous les métiers n'exigent pas forcément de la force physique.

THESE : Les femmes peuvent ramener de l'argent grâce à leur travail.
ANTITHESE : Si la femme ramène de l'argent, l'homme risque d'être jaloux.
THESE : Si l'homme ne gagne pas assez, il faut bien que la femme travaille pour faire vivre le ménage.


Evaluation sommative
Support : Voltaire, Dictionnaire philosophique, article "Fanatisme" (1764)

"On entend aujourd'hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C'est une maladie de l'esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s'échauffe rarement en lisant, car alors on peut avoir les sens rassis. Mais quand un homme ardent et d'une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont en feu, et ce feu se communique, ses tons, ses gestes ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il crie : " Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n'est qu'humain, combattez les combats du Seigneur ! " et on va combattre.
Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances, il pourra bientôt tuer pour l'amour de Dieu. [...]
Le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélémy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe. [...]
Il n'est d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les moeurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. [...]
Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le Ciel en vous égorgeant ?
Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. [...] Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède, car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre. "


Dernière séance : correction de l'évaluation sommative et bilan de la séquence
Support : Voltaire, Dictionnaire philosophique, "Fanatisme"


I. Qu'est-ce que le fanatisme ? (l. 1-11)

1. Quel est le thème du texte ?

Le thème du texte est le fanatisme.


2. Comment Voltaire définit-il le fanatisme ?

Voltaire définit le fanatisme comme une "folie religieuse, sombre et cruelle". Il s'agit plus précisément d'une "maladie de l'esprit", c'est-à-dire une maladie mentale.


3. A quoi le fanatisme est-il comparé ?

Le fanatisme est comparé à la "petite vérole".


4. A quel champ lexical appartiennent les mots qui servent à définir le fanatisme ?

Les mots qui servent à définir le fanatisme sont : "folie", maladie de l'esprit", "vérole", "transport", "fièvre", "maladie épidémique". Ils appartiennent au champ lexical de la maladie.


5. Pourquoi est-il plus facile de succomber au fanatisme en écoutant un discours plutôt qu'en lisant ?

Il est plus facile de succomber au fanatisme en écoutant un discours plutôt qu'en lisant car en lisant, on est isolé de la foule, et on peut réfléchir plus librement.


6. Quelle métaphore Voltaire utilise-t-il pour montrer qu'il est très difficile de résister aux paroles de l'orateur ?

Pour montrer qu'il est très difficile de résister aux paroles de l'orateur, Voltaire utilise la métaphore du feu : "ses yeux sont en feu, et ce feu se communique".


7. "Celui qui a des extases...est un fanatique novice qui donne de grandes espérances" : quel est le procédé utilisé pour ridiculiser le fanatique débutant ?

Le procédé utilisé pour ridiculiser le fanatique débutant est l'ironie. Il s'agit plus précisément d'une antiphrase, qui consiste à dire le contraire de ce que l'on pense afin de montrer ce que l'on pense réellement. L'ironie sert à faire rire, à tourner en dérision ce que l'on critique, et à faire réfléchir. Ici bien sûr l'expression "fanatique novice qui donne de grandes espérances" est ironique, car en réalité Voltaire veut nous montrer que le fanatique est un malade mental qui n'a pas d'avenir, puisque le fanatique perd son temps à tuer et à se faire tuer. Un fanatique ne peut pas donner "de grandes espérances", car il est promis à une mort certaine.



II. Exemple de fanatisme (l. 12-14)

8. Quel est "le plus grand exemple de fanatisme" selon Voltaire ? A quoi fait-il référence précisément ?

Selon Voltaire, "le plus grand exemple de fanatisme" est la nuit de la saint Barthélémy. C'est une référence à un massacre massif de Protestants par les Catholiques à Paris, pendant les guerres de religion.


9. Quelles sont les conséquences du fanatisme ? Justifiez votre réponse en citant précisément le texte.

Les conséquences du fanatisme sont le meurtre et la mort : "assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces".



III. Le remède contre le fanatisme (l. 15-27)

10. Quel est selon Voltaire le meilleur remède contre le fanatisme ? Justifiez votre réponse en citant précisément le texte.
 
Selon Voltaire, le meilleur remède contre le fanatisme est la philosophie : "il n'est d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique".


11. Quelles sont les conséquences de ce remède contre le fanatisme ? Justifiez votre réponse en citant précisément le texte.

Les conséquences de ce remède contre le fanatisme sont "la tranquillité de l'âme" et la douceur entre les hommes : elle "adoucit les moeurs des hommes", "l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille".


12. "Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre." Quel est le procédé utilisé dans cette phrase ?

Le procédé utilisé dans cette phrase est le présentatif. Il s'agit d'une structure emphatique : c'est...qu'...


13. Pour Voltaire, la religion est-elle la cause du fanatisme ? Justifiez votre réponse en citant précisément le texte.

Pour Voltaire, la religion n'est pas la cause du fanatisme. Ce sont les hommes qui sont responsables du fanatisme. Ils instrumentalisent la religion pour arriver à leurs fins. Ils utilisent la religion, qui est à l'origine un message de paix et d'amour entre les hommes, pour justifier leurs actes barbares. Voltaire accuse les hommes fous furieux d'être à l'origine du fanatisme à l'aide d'une structure emphatique. Le présentatif "c'est...qu'" permet d'insister sur la responsabilité des hommes :
"c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre"

14. Dans quel but Voltaire écrit-il ce texte ?

Voltaire écrit ce texte argumentatif dans le but de critiquer et de tourner en dérision, à l'aide de l'ironie, les fanatiques, qui sont les ennemis de la paix et de la raison. Il veut également nous convaincre de pratiquer la philosophie, qui est une sorte de médecine de l'âme, afin de lutter contre le fanatisme, qui est une maladie mentale. Ce texte argumentatif est plus précisément un pamphlet.


Bilan de la séquence : comment l'autre est-il considéré dans la philosophie des Lumières ?

Les philosophes des Lumières considèrent que tous les êtres humains (les hommes, les étrangers, les Noirs, les handicapés, les femmes, les enfants) sont égaux. Le plus grand adversaire de la philosophie des Lumières est le fanatique : c'est une personne intolérante, qui refuse tout ce qui est différent (les femmes, les étrangers, les handicapés...) Le fanatique pense détenir la vérité, et il veut imposer ses idées aux autres par la violence. Les racistes, les xénophobes, les machistes, sont souvent des fanatiques qui ont provoqué, par exemple, les croisades et les guerres de religion.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article