niveau sixième : l'univers du conte

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Année scolaire 2008-2009 – 6e

Séquence 2 : l’univers du conte, du merveilleux à sa réécriture sociale, sur les traces du Petit Poucet

Tous les textes étudiés sont tirés du manuel : Textes et Compagnie 6e, Français livre unique, Nathan 2005, sous la direction d'Alain Pagès
Séance 1 : Incipit du Petit Poucet de Perrault et de « L’ogresse aveugle » de Nacer Khemir

Objectifs : comprendre que l’univers du conte est cruel et que les héros sont très souvent des boucs-émissaires

 

Le Petit Poucet de Perrault :

 

            « Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons ; l’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps ; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en avait pas moins de deux à la fois. Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c’est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et, quand il vint au monde, il n’était guère plus gros que le pouce, ce qui fit qu’on l’appela le Petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison, et on lui donnait toujours le tort. Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s’il parlait peu, il écoutait beaucoup. Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur :

            « Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car tandis qu’ils s’amuseront à fagoter, nous n’avons qu’à nous enfuir sans qu’ils nous voient.

-         Ah ! s’écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants ? »

Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir ; elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant, ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant. Le Petit Poucet ouït tout ce qu’ils dirent, car ayant entendu de dedans son lit qu’ils parlaient d’affaires, il s’était levé doucement et s’était glissé sous l’escabelle de son père pour les écouter sans être vu. » »

 

« L’ogresse aveugle » de Nacer Khemir :

 

« C’était une famille pauvre de sept filles. Un jour, le père voulut recevoir quelques amis chez lui et il rapporta à sa femme sept pains et sept poissons pour le repas.

La mère attendit le soir que ses filles s’endorment, avant de se mettre à la cuisine. Cela leur arrivait tellement rarement, un bon repas, qu’elle craignait de ne pas pouvoir résister à ses filles, si elles lui réclamaient quelque chose.

Mais cette nuit-là, la plus jeune des filles fut réveillée par l’odeur de friture qui se répandait dans toute la maison. Intriguée, elle se leva et alla voir sa mère à la cuisine.

-         Ma mère, j’ai soif.

La mère lui servit à boire, mais ne put s’empêcher de lui donner aussi un pain et un poisson.

-         Surtout, n’en dis rien à tes sœurs, recommanda-t-elle.

La petite savoura lentement le plat et retourna se coucher dans la chambre où elle dormait avec ses sœurs. Mais là, elle réveilla l’une d’elles et lui dit :

-         Notre mère fait cuire du pain et du poisson. Tu devrais aller la voir, je suis sûre que tu en auras aussi.

La seconde fille trouva un prétexte pour aller à la cuisine, et la mère lui donna le second pain et le second poisson. Toutes les sœurs se relevèrent les unes après les autres, et chacune mangea sa part, si bien que, lorsque le père arriva avec ses amis, il ne trouva plus rien à leur offrir. Le père, en colère, résolut de se venger de ses filles, de se débarrasser d’elles. »

 

 

Synthèse collective des 6e6 envoyée par Justine :

 

Ces deux textes sont des contes. Dans chaque extrait, nous trouvons une famille pauvre et nombreuse : elle est constituée à chaque fois d'un père, d'une mère et de sept enfants : sept filles dans le conte de Nacer Khemir et sept garçons dans le conte de Perrault. La famille souffre de pauvreté et de famine :"mourir de faim», «cela leur arrivait tellement rarement un bons repas", "ils étaient fort pauvres", "nous ne pouvons plus nourrir nos enfants", "la famine", et " c'était une famille pauvre". Le champ lexical de la faim et de la pauvreté est très développé, pour insister sur la condition misérable de ces gens. Le père, dans Le Petit Poucet, décide de les abandonner car ils n'ont plus rien à manger. Il préfère les abandonner dans la forêt plutôt que de les voir mourir devant lui . On peut comprendre cette décision même si ce n'est pas la meilleure solution. Il souffre de la faim mais le devoir d'un père est de nourrir d'abord ses enfants avant lui-même. Dans le texte de Nacer Kemir, le père veut se venger de ses filles car elles ont mangé toute la nourriture réservée aux invités. Le père est cruel car il préfère nourrir ses amis plutôt que ses propres filles. Le Petit Poucet est le "souffre douleur" de la famille parce qu'il ne parle jamais, et il est plus petit et le plus laid :"il n'était guère plus gros que le pouce", "fort petit», «ce pauvre enfant était le souffre-douleur" ,"fort délicat». Tout le monde le croit idiot alors qu'il est le plus intelligent :"prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit". Comme dans tous les contes, le héros est le bouc-émissaire.

Le Petit Poucet et l'ogresse Aveugle : synthèse collective des 6e1 envoyée par Anthony

Dans ces deux contes, les personnages sont pauvres. Les familles souffrent de la misère et de la famine: «famine", "mourir de faim", "pauvre", "pauvreté", "douleur", "chagrinait", "année très fâcheuse", "le cœur serré de douleur". Le champ lexical de la misère, de la faim et de la douleur est très développé. Dans les deux cas, le père veut se débarrasser de ses enfants. Dans le Petit Poucet le père veut abandonner ses enfants dans la forêt car il ne veut pas les voir mourir de faim. il les abandonne, mais à contrecœur. Il ne peut pas les nourrir. Mais ce n'est pas une bonne solution car le devoir d'un père est de nourrir sa famille en priorité. Dans le texte de Nacer Khemir, le père est cruel mesquin et pingre, car il ne veut pas nourrir ses filles. Il préfère nourrir ses amis. La mère du Petit Poucet finit par céder au père. Par contre, la mère des sept filles dans l'Ogresse aveugle accomplit son devoir de mère en nourrissant ses enfants.
   Dans le texte de Perrault, le Petit Poucet est le protagoniste. Il est très petit: "il était fort petit, et quand il vint au monde, il
n'était guère plus gros que le pouce". Il est "fort délicat". C'est le bouc-émissaire de la famille:" souffre-douleur de la maison". Tout le monde le prend pour un idiot, alors qu'il est le plus intelligent: «prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit". Le plus fin, le plus avisé". Il ne parle jamais mais il écoute beaucoup.

 L'univers du conte est cruel. Comme dans "les fées", "Blanche-neige", "La belle au bois dormant", "Cendrillon", le héros du Petit Poucet est un bouc -émissaire.

 

Année scolaire 2008-2009 – 6e

Séquence 2 : l’univers du conte, du merveilleux à sa réécriture sociale, sur les traces du Petit Poucet

Séance 2 : « Jeannot et Margot » de J. et W. Grimm

Objectifs : comprendre les effets du conte : la peur et l’émerveillement. La peur et le merveilleux sont deux catégories du conte.

 

Les parents de Jeannot et Margot ont décidé d’abandonner leurs enfants dans la forêt. Jeannot, qui a surpris leur conversation, a jeté des miettes de pain dans l’espoir de retrouver le chemin de la maison.

 

" Ils ne se réveillèrent qu’à la nuit noire, et Jeannot consola sa petite sœur en lui disant : « Attends donc, Margot, que la lune soit levée, alors nous verrons les miettes que j’ai semées, elles nous montreront le chemin de la maison. » Quand la lune se leva, ils se mirent en route, mais ils ne trouvèrent plus une seule miette, car les milliers d’oiseaux qui volent par les bois et les champs les avaient picorées. Jeannot dit à Margot : « Nous retrouverons bien notre chemin », mais ils ne le retrouvèrent pas. Ils marchèrent toute la nuit et tout un jour du matin au soir, mais ils ne purent sortir du bois et ils avaient grand-faim, car ils n’avaient rien d’autre que les quelques baies qui poussaient par terre. Et comme ils étaient si las que leurs jambes ne voulaient plus les porter, ils se couchèrent sous un arbre et s’endormirent. Et déjà le matin se leva pour la troisième fois depuis leur départ de la maison paternelle. Ils se remirent en route, mais ils s’enfoncèrent de plus en plus dans les bois, et s’il ne leur venait pas bientôt du secours, il leur faudrait périr d’inanition. Quand il fut midi, ils aperçurent, perché sur une branche, un joli petit oiseau blanc comme neige qui chantait si bien qu’ils s’arrêtèrent pour l’écouter. Et quand il eut fini, il prit son essor et partit devant eux à tire-d’aile, et ils le suivirent jusqu’à une maisonnette sur le toit de laquelle il se posa ; et en s’approchant, ils virent que la maisonnette était de pain et couverte d’un toit de gâteau ; quant aux fenêtres, elles étaient en sucre candi. « Mettons-nous-y, dit Jeannot, et faisons un bon repas. Je vais manger un morceau du toit, tu pourras manger de la fenêtre, Margot, c’est sucré. » Jeannot se haussa sur la pointe des pieds et cassa un morceau de toiture pour voir quel goût elle avait, et Margot se mit à grignoter les vitres. Alors une voix douce sortit de la pièce :

Grigno, grigno, grignoton,

Qui grignote ma maison ?

Les enfants répondirent :

            C’est le vent, c’est le vent,

            Le céleste enfant.

Et ils continuèrent à manger sans se laisser décontenancer. Jeannot, qui trouvait le toit fort à son goût, en arracha un grand morceau et Margot détacha toute une vitre ronde, s’assit par terre et s’en donna à cœur joie. Tout à coup la porte s’ouvrit et une femme vieille comme le monde se glissa dehors en s’appuyant sur une béquille. Jeannot et Margot eurent une telle frayeur qu’ils laissèrent tomber ce qu’ils avaient à la main. Mais la vieille secoua la tête et dit : « Chers enfants, qui vous a conduits ici ? Entrez donc et restez chez moi, il ne vous arrivera pas de mal. » Elle les prit tous les deux par la main et les emmena dans sa maison. Là, on leur servit un bon repas, du lait et de l’omelette au sucre, des pommes et des noix. Puis on leur prépara deux jolis petits lits blancs, et Jeannot et Margot s’y couchèrent et se crurent au Paradis.

            Mais la gentillesse de la vieille était feinte, car c’était une méchante sorcière qui guettait les petits enfants et n’avait bâti sa maisonnette de pain que pour les attirer. Quand il en tombait un en son pouvoir, elle le tuait, le faisait cuire, le mangeait et pour elle, c’était jour de fête. Les sorcières ont les yeux rouges et ne voient pas de loin, mais elles ont du flair comme les animaux et sentent les hommes venir. Quand Jeannot et Margot arrivèrent dans son voisinage, elle eut un rire mauvais et dit sardoniquement : « Je les tiens, ils ne m’échapperont plus. » De bon matin, avant que les enfants ne fussent réveillés, elle se leva, et en les voyant reposer tous les deux si gentiment, avec leurs joues rondes et rouges, elle murmura à part soi : « Cela fera un morceau de choix. »"

 

Synthèse collective des 6e6 envoyée par Alexandre :

 

Séance 2 : mercredi 19 novembre 2008

Support << Jeannot et margot>> (hansel et gretel).

objectif : comprendre que le merveilleux et la peur sont deux catégories du conte : le conte produit de la peur grâce au merveilleux.

Jeannot et Margot sont des enfants abandonnés dans la forêt par leurs parents.Perdus dans le noir, ils meurent de faim. L'auteur utilise un champ lexical de la faim et de la fatigue: <<ils étaient si fatigués que leurs jambes ne pouvaient plus les porter>>, <<ils avaient grand faim>>, <<périr d'inanition >>, <<ils n'avaient rien d'autre que les baies qui poussaient par terre>>. La nourriture est très présente lorsqu'ils découvrent la maison de la sorcière. Le toit et les fenêtres sont comestibles : <<quant aux fenêtres, elles étaient en sucre candi>>. Les aliments que les enfants consomment chez la sorcière sont :<<une omelette au sucre>>,<<du lait>>,<<des pommes et des noix>> . Les enfants se croient << au Paradis>>. Le texte contient beaucoup de merveilleux : <<l'apparition d'un <<oiseau blanc comme neige>> déclenche le merveilleux. En effet, l'oiseau blanc emmène les enfants chez la sorcière. Le sentiment que l'oiseau éveille chez les enfants est l'Espoir. La maison de la sorcière fait également partie du merveilleux car elle est faite de gâteau, de pain et de sucre candi. Le dernier élément merveilleux est la sorcière, elle est décrite comme un monstre : <<les yeux rouges>>. Elle joue la comédie car <<sa gentillesse était feinte>>. Elle est hypocrite. Elle a le pouvoir de sentir les enfants à plusieurs kilomètres : <<elles ont du flair comme les animaux et sentent les hommes venir>>. La sorcière est une créature démoniaque, comme le prouvent ses intentions de tuer et de dévorer les enfants, ainsi que les mots suivants : <<rire mauvais>>, <<sardoniquement>>. Cette sorcière, quand elle sort de la maison, produit chez les enfants un sentiment de peur. On passe d'un merveilleux paradisiaque (quand ils ont mangé) à un merveilleux cauchemardesque (quand le lecteur découvre la véritable identité de la sorcière). Enfin, la peur est également présente dans la forêt quand ils risquent de mourir de faim.

  
   
Synthèse collective des 6e1 envoyée par Lucie :

Jeannot  et Margot sont des enfants qui sont abandonnés par leurs parents dans la forêt .

 A  leur réveil , le frère et la sœur ont faim . Ils se sentent affaiblis et désespérés .

Dans le texte  , les mots appartenant au champ lexical de la fatigue et de la faim sont abondants : « périr d’inanition  , « ils avaient grand-faim , «  ils n’avaient rien d’autre que les quelques baies qui poussaient par Terre , «  ils étaient si las que leurs jambes ne voulaient plus les porter »Dans ce récit , le champ lexical  de la nourriture est très présent : «  sucre candi »  , «  toit de gâteau » , « un bon repas »  , du lait , de l’omelette au sucre , des pommes et des noix ».

Les enfants , dans la maison de la sorcière , se sentaient comme «  au Paradis »

Le « paradis »  est ici un élément du merveilleux qui est une catégorie importante du conte . L’élément déclencheur du merveilleux dans le texte est la rencontre avec « l’oiseau blanc comme neige «  . Les enfants changent d’émotion en voyant cet oiseau . C’ est un signe d’émerveillement . Il leur donne du courage et de l’espoir : L ‘oiseau les emmène à la maison de la sorcière . La maison est également magique parce qu’on peut la manger . On entend la sorcière avant de la voir apparaître :

« Grigno , grigno , grignoton ,

Qui grignote ma maison ? «

Ce refrain poétique fait penser à une formule magique , ce qui crée un climat angoissant . Devant l’apparition de la sorcière , les enfants sont effrayés . La sorcière ressemble en effet à une vieille femme ridée . La comparaison : « vieille comme le monde «  permet d’insister sur le physique surnaturel de la sorcière .Celle-ci est diabolique «  sardoniquement » . C’est une cannibale : « Quand il en tombait un en son pouvoir , elle le tuait , le faisait cuire , le mangeait , et pour elle , c’était jour de fête » La sorcière flaire les hommes comme les animaux : « elles ont du flair comme les animaux et sentent les hommes venir »Avec la sorcière , on passe du merveilleux paradisiaque au merveilleux diabolique et cauchemardesque .

La peur chez les enfants a donc deux causes :leur abandon dans la forêt avec le risque de mourir de faim ,  et le personnage de la sorcière . Au début du texte , c’est le décor qui est inquiétant :  «  la nuit noire », « la lune » .Enfin, la peur est évoquée lorsque les enfants se retrouvent face à la sorcière : « Jeannot et Margot eurent une telle frayeur qu’ils laissèrent tomber  ce qu’ils  avaient à la main . »

Synthèse collective des 6e3 envoyée par Naima :

Séance 2: mardi 18 novembre 2008
Support:" Jeannot et Margot " (" Hansel et Gretel ") des frères Grimm
Objectif: comprendre que le conte produit des sentiments de peur et d'émerveillement

Les protagonistes sont Jeannot et Margot. Ce sont deux enfants abandonnés par leurs parents dans la forêt. Les champs lexicaux de la faim et de la fatigue sont abondants : '' ils avaient grand-faim'', ''périr d'inanition'', ''ils étaient si las que leurs jambes ne voulaient plus les porter''. Lorsqu'ils découvrent la maison de la sorcière, le champ lexical de la nourriture est très présent : ''sucre candi'', '' pain'', '' gâteau'', ''un bon repas, du lait et de l'omelette au sucre, des pommes et des noix''. Après avoir bien mangé, les enfants sont rassasiés et se sentent au ''Paradis''. Dans ce conte, le merveilleux est omniprésent. L'élément déclencheur du merveilleux est la découverte du petit oiseau ''blanc comme neige''. L'oiseau guide les enfants vers la maison de la sorcière. Les enfants ont de l'espoir quand ils aperçoivent l'oiseau. La maison de la sorcière est magique et féérique car elle est en pain, en sucre et en gâteau.
On entend la sorcière avant de la voir apparaître. Ses paroles sont engageantes car elles sont poétiques. Mais elles sont aussi inquiétantes car cela fait penser à une formule magique. La sorcière ouvre ensuite la porte et apparaît devant les enfants terrorisés. Elle marche à l'aide d'une béquille. Elle est '' vieille comme le monde''. Ses yeux sont rouges. Un des pouvoirs magiques de la sorcière est d'avoir un flair qui lui permet de sentir les humains à distance : "elles ont du flair comme les animaux et sentent les hommes venir". Enfin, elle est cannibale, car elle mange les enfants : "Quand il en tombait un en son pouvoir, elle le tuait, le faisait cuire, le mangeait et pour elle, c'était jour de fête".  Avec l'apparition de la sorcière, l'auteur nous fait passer de l'émerveillement paradisiaque à l'émerveillement cauchemardesque ou infernal. La peur des enfants provient donc de deux causes : l'abandon dans la forêt et le risque de mourir de faim, et l'apparition de la sorcière diabolique :''sardoniquement'','' Jeannot et Margot eurent une telle frayeur qu'ils laissèrent tomber ce qu'ils avaient à la main''.


Année scolaire 2008-2009 – 6e

Séquence 2 : l’univers du conte, du merveilleux à sa réécriture sociale, sur les traces du Petit Poucet

Séance 3 : « Tit Prince épi Médèle » de Thérèse Georget, in Contes et légendes des Antilles

Objectifs : comprendre que le Petit Poucet est un archétype et que le conte peut être humoristique

 

Le père de Tit Prince lui interdit de sortir de la maison. Un vendredi après-midi, l’enfant s’échappe.

 

« Et voilà Monsieur dehors ! Il prit le chemin de la rue Case-Nègres, passa fier comme César. Monsieur est grand, Monsieur se suffit à soi-même. Sa badine à la main, son chapeau sur le côté, il marche. Il marche sans se soucier où il va. Monsieur se croit trop malin. Pour trouver sa case, il emplit ses poches de grain de mil. Tout au long du chemin, il sème le mil, il sème le mil.

Il se dit : « Lorsque je voudrai revenir, je n’aurai qu’à suivre les grains de mil et j’arriverai droit à la case. »

Mais il avait compté sans les merles. Vous savez comme les merles « ni z’iés clai » (voient clair).

Les grains n’étaient pas arrivés à terre que les merles avaient tout avalé.

Pendant ce temps, Tit Prince avance sans regarder derrière. Enfin, lorsqu’il trouva que la promenade avait assez duré, il se retourna pour revenir sur ses pas. Il regarda à terre : « ayen » (rien !). Il leva les yeux et vit tous les merles en haut d’un palmiste, « fals yo pleins » (leurs gésiers pleins) et qui commençaient à faire leur prière du soir (aux Antilles les oiseaux chantent le soir).

Il comprit alors la bêtise qu’il avait faite. Il regarda les merles gouailleurs et leur dit :

« Zott coué zott prend moins ? calaou ! » (Vous croyez que vous m’avez eu ? bernique !)

« Comme j’ai su venir, comme je saurai m’en retourner. » Et puis, il leur tourna le dos.

Malheureusement, il n’avait pas remarqué les croisées des chemins. Justement, il venait de bifurquer au petit bonheur, lorsqu’il se ravisa et revint sur ses pas.

Voilà Monsieur bien embarrassé ! Il resta debout, le menton dans la main, « à songer, à songer ». Enfin, pour en finir, il tourna sur lui-même comme une toupie, et le premier chemin qu’il trouva en face de lui lorsqu’il eut finit de tourner, il le prit.

Quand il eut marché un bon moment, il comprit que ce n’était pas là le chemin de la maison de son père. Il revint à la croisée « ka songé, ka songé ». Il prit un autre chemin. Cette fois, il croyait être sur le bon. Pourtant, quand il arriva près d’un petit bois, il ne reconnut pas le petit bois.

Il continua à marcher tout de même, car il avait aperçu, au loin, un château qui ressemblait à celui de son père. Arrivé auprès du château, il  s’aperçut qu’il s’était trompé. Mais il était tellement las, ses jambes lui rentraient dans le ventre, qu’il rentra demander l’hospitalité.

[…] La première personne qu’il rencontra, ce fut une petite fille que l’on appelait Médèle.

- Qu’es-tu venu faire ici, petit malheureux ? dit la jolie petite fille. Tu ne sais donc pas que ce château est celui du Grand Diable et de sa femme, la Diablesse ? » 

Synthèse collective envoyée par Arsène (6e1) :

Ce texte se passe aux Antilles, comme le prouvent les mots suivants :
"case", "Tit Prince", "aux Antilles", "grain de mil", "rue Case-Negres" et "palmiste" . En outre, la langue créole apparaît beaucoup dans ce texte : "ni z'ies clai", "zott coué zott prend moins?calaou", "ayen!", "fals yo pleins", "ka songé ka songé". La langue créole se démultiplie dans ce conte. Cette histoire se déroule donc dans un cadre exotique. Pourtant, la comparaison entre "tit prince", "le Petit Poucet" et "Margot et Jeannot" révèle des points communs : chacun de ces protagonistes se perd, sème des grains pour retrouver son chemin, rencontre des créatures diaboliques (L'ogre,la Sorcière,le Diable et la Diablesse).Tit prince dans ce texte est un bouc-émissaire car son père ne l'autorise jamais à sortir. Dans tous les contes se trouvent deux types de bouc-émissaire : dans un cas c'est l'enfant qui est abandonné, dans l'autre c'est le père qui ne permet pas à l'enfant de sortir.Tout se passe comme si l'enfant était prisonnier de son père, d'où son désir de fuguer. Tit prince à la différence du Petit Poucet, de Jeannot et Margot, est riche. Dans ce récit, contrairement aux contes de Perrault, de Nacer Khemir et des frères Grimm, l'humour est très présent. L' orgueil de Tit Prince crée l'humour. C'est le narrateur qui se moque de Tit Prince et de sa personnalité vaniteuse : la répétition de "Monsieur", la comparaison "fier comme César" et la langue créole contribuent à la dimension humoristique du texte.


Voici la synthèse collective envoyée par Aurore sur Le Chant des génies, spectacle vu par les élèves de 6e1 à la Faïencerie de Creil et mis en scène d'après le conte de Nacer Khemir :


LE CHANT DES GENIES

Le chant des génies, spectacle mis en scène d'après un conte de Nacer Khémir.



Un père, chef d'une famille très pauvre, veut cultiver le champ des génies, pour nourrir sa famille, et pour ne pas laisser la pauvreté en héritage à son fils. Quand le père entre dans le champ des génies, il commence par arracher un buisson. Les génies lui demandent ce qu'il fait et lui proposent de l'aider en enlevant tous les buissons. Le soir même il raconte son aventure à sa femme qui lui conseille de se méfier. A chaque fois que le père retourne travailler au champ, les génies se démultiplient et l'aident dans chacune de ses tâches en imitant ses actions: enlever les cailloux, semer les graines et labourer.
Le père un jour, tombe malade et demande à son fils d'aller défendre le champ de blé contre les oiseaux. Sur place, l'enfant a faim et cède à la tentation en mangeant un grain de blé. Les génies lui demandent ce qu'il fait et l'imitent, en dévorant par millier la culture entière. Le champ est dévasté. Le fils, face au désastre n'ose pas rentrer chez lui et part se cacher.
Ne voyant pas son enfant revenir, le père commence à s'inquiéter et part au champ. Découvrant l'ampleur du désastre, et retrouvant son fils, il corrige ce dernier en lui donnant une claque. A ce moment, les génies apparaissent par dizaines de milliers et donnent chacun une gifle au fils qui finit par en mourir. La mère arrive et découvre le cadavre de son fils. De terreur et de pitié, elle s'arrache les cheveux. Les génies l'imitent et lui arrachent violemment les cheveux. Face à cette tragédie,le père se met à pleurer. Les génies, par millions, l'imitent et finissent  par noyer la famille et le champ sous un déluge de larmes.


On peut trouver plusieurs morales à ce conte:
- il faut toujours écouter les conseils de sa femme.
- il faut toujours se méfier des génies.
- il ne faut pas se contenter d'imiter les autres. On ne répond pas à la violence par la violence.

La mise en scène du spectacle met l'accent sur la pauvreté, la souffrance et la tristesse du sort réservé à la famille. Les personnages portaient ainsi des haillons et des masques affreux qui rappelaient leurs conditions sociales. La robe de la mère servait de nappe. Les génies s'exprimaient à travers la même musique, pour montrer aux spectateurs que ce sont des créatures surnaturelles, qui possèdent leur propre langage énigmatique. Le décor est minimaliste. Les lumières étaient sombres, pour créer une atmosphère mystérieuse, inquiétante et triste.


Publié dans Niveau sixième, Les contes

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