Pièce de théâtre histoire et mémoire Acte I

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PROJET HISTOIRE ET MEMOIRE

TEXTE DE LA PIECE DE THEATRE

 

Plan :

 

PROLOGUE

 

ACTE I : Monologues de Barbara

Monologue 1 : « Mon amour, ma seule raison de vivre... »

Monologue 2 : « Je me souviens... »

Monologue 3 : « Condamné à mort ! » (texte de Victor Hugo, Le Dernier jour d'un condamné)

 

ACTE II : La scène du procès

 

ACTE III : La libération utopique : retrouvailles au Familistère de Guise

 

EPILOGUE : Melancholia de Victor Hugo

 

 

ACTE I scène 1

BARBARA

 

BARBARA : Mon amour, ma seule raison de vivre...Profitons bien de cet instant magique qui ne va pas durer. Tu verras, mon petit, que la vie, en grandissant, sera bien difficile. Mais je serai toujours là pour toi. Tu es si petit, si joli, si fragile... Le monde est cruel, tu sais. Il faut se préparer à affronter la réalité d'une vie dans la misère. Mais toi, tu ne finiras pas ouvrier, n'est-ce pas ? Tu échapperas au monde des ouvriers, et peut-être que tu deviendras un bon patron, qui comprendra la souffrance et les efforts, et les sacrifices, des ouvriers. Car, toi, tu n'oublieras pas d'où tu viens, tes origines, ta famille, ton milieu !

            Regarde ton père, dehors, qui se bat pour toi, pour nous, pour notre avenir ! Aujourd'hui, il manifeste encore une fois contre ces cruels patrons qui ne font que baisser nos salaires pour grossir leurs bénéfices ! La ville de Fourmies est en ébullition aujourd'hui ! Les ouvriers du textile sont fatigués d'être exploités à moindre coût ! Je te jure que ton destin, à partir de ce jour, sera marqué du sceau de la liberté ! Mon amour, mon ange, ma lumière...PAN ! PAN !

 

 

ACTE I  scène 2

BARBARA

 

BARBARA : Je me souviens...C'était le printemps. J'avais dix-sept ans. Il faisait chaud. Les beaux jours revenaient. Nous batifolions dans les champs. Le plus beau jour de ma vie. Quand tu étais là, tout était tellement plus facile ! Nous étions tous les deux. Nous étions heureux, et libres ! Personne ne savait que nous étions là, et personne ne pouvait nous séparer ! Ni les parents, ni les amis, ni la société toute entière ! Je sens encore les odeurs de la nature sauvage, des fleurs, des baies, et de ton corps. Nous nous aimions, tendrement et passionnément enlacés, au cœur de la forêt, dans les blés, et dans ta chambre, devant la cheminée. Tu étais le soleil de ma vie, l'amant sensuel qui ravivait ma flamme intérieure. La dilection que j'éprouvais pour toi était infinie. Tu étais le lion qui me faisait rugir de plaisir. Mon bel amour...Je me noyais dans tes baisers chauds et fondants. Tes lèvres pulpeuses, ton sourire radieux, tes yeux mystérieux, ton regard ardent, tes cheveux doux et tes fesses.... Nos corps nus entrelacés pendant que nos âmes vagabondaient au milieu des fleurs renaissantes ! Tous ces moments fabuleux, inoubliables, tendres, me semblent fantasmagoriques à présent...

ACTE I scène 3

BARBARA :  Condamnée à mort !


      Voilà cinq semaines que j'habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !
      Autrefois, car il me semble qu'il y a plutôt des années que des semaines, j'étais une femme comme une autre femme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s'amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin, brodant d'inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie. […] C'était toujours fête dans mon imagination. Je pouvais penser à ce que je voulais, j'étais libre.
      
Maintenant je suis captive. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : condamnée à mort !
      Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu'on m'adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m'obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d'un couteau.
      Je viens de m'éveiller en sursaut, poursuivie par elle et me disant : - Ah ! ce n'est qu'un rêve ! - Hé bien ! avant même que mes yeux lourds aient eu le temps de s'entrouvrir assez pour voir cette fatale pensée écrite dans l'horrible réalité qui m'entoure, sur la dalle mouillée et suante de ma cellule, dans les rayons pâles de ma lampe de nuit, dans la trame grossière de la toile de mes vêtements, sur la sombre figure du soldat de garde dont la giberne reluit à travers la grille du cachot, il me semble que déjà une voix a murmuré à mon oreille : - Condamnée à mort !

            D'après Victor Hugo, Le Dernier jour d'un condamné.

 

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