Le début de l'acte II met en scène un conflit qui dégénère en bagarre entre les maîtres de musique, de danse, d'armes et de philosophie. En effe chacun considère que sa profession est la
meilleure. Dans ces scènes, le comique apparaît de différentes manières :
: l'attitude maladroite de Monsieur Jourdain, la bagarre entre les professeurs, les chutes, les coups, les grimaces, les
mimiques, la violence des rapports qui apparaît à travers l'utilisation des phrases nominales et exclamatives.
: l'obsession de Monsieur Jourdain qui veut à tout prix se faire passer pour un noble ; l'orgueil et l'hypocrisie des
maîtres ; le caractère pédant du maître de philosophie ; le narcissisme et l'exhibtionnisme de Monsieur Jourdain.
: l'incapacité de Monsieur Jourdain de contrôler et de calmer ses professeurs, la contradiction entre la sagesse
qu'enseigne le professeur de philosophie et son attitude colérique, les adultes qui se battent comme des enfants, Monsieur Jourdain qui insulte son tailleur alors que celui-ci est derrière
lui.
: le langage enfantin et inapproprié : "ces gens-là se trémoussent bien", "qui sont-elles, ces trois opérations de l'esprit
?" ; la flatterie hypocrite du maître de musique : "Voilà qui est le mieux du monde", "vous faîtes des merveilles" ; l'enseignement par le philosophe de la différence entre la prose et les vers,
la répétition des voyelles.
Pour faire rire le lecteur et le spectateur, Molière utilise différents procédés :
- la gradation : le garçon tailleur qui utilise successivement des titres de noblesse de plus en plus élevés afin d'obtenir un pourboire de plus en plus important : "gentilhomme",
"monseigneur", "votre Grandeur"
- l'hyperbole : " le plus bel habit de cour...C'est un chef-d'oeuvre" : le maître tailleur utilise des hyperboles afin de mieux vendre ses habits
- l'antiphrase : "tout est bien" alors que Monsieur Jourdain est au contraire ridicule dans son nouvel habit.
- le comique de répétition : le tailleur ne cesse de répéter la formule : "gens de qualité" pour flatter Monsieur Jourdain et l'inciter à acheter ses habits. Cette formule agit comme un
leitmotiv qui transforme Monsieur Jourdain en pantin.
On peut faire un parallèle entre cette scène de flatterie et la fable de La Fontaine qui s'intitule
Le Corbeau et le Renard :

" Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
" Hé ! Bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois."
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute."
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus."
Fables de La Fontaine (1621-1695)
Dans la pièce de Molière, Monsieur Jourdain est le corbeau et le maître tailleur, puis Dorante, le noble, sont des renards qui flattent notre bourgeois afin de profiter de son argent. Dans la
fable de La Fontaine, le corbeau a compris la leçon. Mais Monsieur Jourdain semble trop fou pour comprendre qu'il est la victime de la flatterie et de l'hypocrisie de Dorante.
Séance 4 : l'humour dans l'acte III du Bourgeois gentilhomme de Molière
Support : Le Bourgeois gentilhomme de Molière, acte III
Objectif : comprendre un ressort du comique de mots : le jeu subtil du sens propre et du sens figuré
Intrigue : Cléonte veut épouser la fille de Monsieur Jourdain, Lucile. Mais Monsieur Jourdain refuse de lui donner la main de sa fille car Cléonte a l'honnêteté d'avouer qu'il
n'appartient pas à la noblesse. On découvre que Monsieur Jourdain est dangereux, car il fait obstacle à l'amour et au bonheur de sa fille et de Cléonte, qui est ici la figure de l'honnête
homme.
L'humour de la scène 9 de l'acte III réside dans le jeu subtil du sens propre et du sens figuré. Covielle imite les phrases sentimentales de Cléonte mais il reste terre à terre. A la formule :
"tant de larmes que j'ai versées à ses genoux ! ", Covielle répond : "tant de seaux d'eau que j'ai tirés du puits pour elle ! " L'association du sens propre et du sens figuré est ici un ressort
essentiel du comique.
Séance 5 : la farce finale
Supports : Le Bourgeois gentilhomme de Molière, mise en scène avec Michel Serrault puis dans sa version réactualisée avec Jean-Marie Bigard : scène 2, acte I, scène 4, acte II, scène
1, acte IV, fin de l'acte lV, intermède entre l'acte IV et l'acte V
Objectifs : comprendre le rôle de la danse et de la musique dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière
Intrigue : La fin de l'acte IV et de l'acte V s'achèvent sur la mise en scène d'une farce dont Monsieur Jourdain est le dindon. A l'instigation de Covielle, et grâce à la collaboration de
Nicole, mais aussi de Dorante et de Dorimène, Cléonte se fait passer pour le fils du Grand Turc, afin de convaincre Monsieur Jourdain de lui donner sa fille. Tout le monde y trouve son compte,
y compris Monsieur Jourdain qui, dans sa folie, ne se doute de rien. Dorante peut ainsi épouser Dorimène, et Cléonte peut prendre Lucile pour épouse, de même que Covielle peut se marier avec
Lucile.
A la différence du corbeau dans la fable de La Fontaine, Monsieur Jourdain, à la fin de la pièce, n'a rien compris, et sa folie ne fait que s'aggraver.
Dans la scène 2 de l'acte I, la danse et la musique ne sont pas seulement là pour décorer. La danse et la musique servent à mettre en valeur les personnages, à éblouir Monsieur Jourdain, à
faire rire. Plus précisément, la danse et la musique participent du comique de geste et de caractère, car elles révèlent une dimension importante du personnage de Monsieur Jourdain : son côté à
la fois puéril, infantile et narcissique. Le spectacle de la danse et de la musique montre également l'absence de goût de Monsieur Jourdain.
Dans la scène IV de l'acte II, la musique sert à accompagner et à mettre en scène le déguisement de Monsieur Jourdain en gentilhomme. La musique montre ici l'accroissement de la folie de
Monsieur Jourdain qui ignore apparemment que l'habit ne fait pas le moine.
Dans la scène 1 de l'acte IV, lors du dîner entre Monsieur Jourdain, Dorante et Dorimène, la musique sert à distraire Monsieur Jourdain, pour changer de conversation, afin d'éviter un quiproquo
au sujet du diamant que Dorante a offert à Dorimène avec l'argent de Monsieur Jourdain. La musique sert ici à faire avancer et rebondir l'action.
La cérémonie finale du Grand Turc, dans l'intermède de l'acte IV et au début de l'acte V, sert à éblouir Monsieur Jourdain, à flatter son orgueil et à accompagner sa folie jusqu'à son
paroxysme.
Bilan synthétique de la séquence consacrée à Molière :
Dans cette pièce, Molière critique, dénonce et ridiculise l'orgueil et le narcissisme de Monsieur Jourdain, qui est un bourgeois se prenant pour un noble. Plus précisément, cette
pièce de théâtre demeure brûlante d'actualité, car à travers la folie de Monsieur Jourdain, Molière s'attaque à ce qui s'appelle aujourd'hui le snobisme : cela désigne la conduite de ceux qui
veulent se faire passer pour autre qu'ils ne sont en réalité. Le snob, c'est celui qui se prend pour autre que ce qu'il est. Le snob sacrifie son être aux apparences.
Pour critiquer et ridiculiser le snobisme de Monsieur Jourdain, Molière utilise différents procédés :
- le comique de gestes : la farce, les mimiques, les grimaces, les coups, les chutes.
- le comique de mots : l'ironie, l'hyperbole, l'antiphrase, la comparaison, la métaphore, la gradation, le jeu entre le sens propre et le sens figuré dans les
dialogues, les répétitions.
- le comique de situation : malentendus, quiproquos, renversement de situation, inversion des rôles.
- le comique de caractère : l'obsession de Monsieur Jourdain, la pédanterie du maître de philosophie.
Mais la danse et la musique font également partie intégrante de l'action et renforcent la dimension comique de la pièce.