Partager l'article ! niveau troisième : de la poésie lyrique à la poésie engagée: Séance 1 Support : They don't care about us de Michael Jackson Objecti ...
Séance 1
Support : They don't care about us de Michael Jackson
Objectif : comprendre la poésie engagée et sa force critique
Melancholia de Victor Hugo (extrait)
« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! La cendre est sur leur joue.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
« Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! Travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait – c'est là son fruit le plus certain -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on se demande : « Où va-t-il ? Que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! Qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
O Dieu ! Qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, saint, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux ! »
Victor Hugo commence son poème par des questions rhétoriques pour embarrasser et attirer l'attention du lecteur (vers 1-3). Il utilise un vocabulaire mélioratif car il valorise les enfants qui
sont pour lui sacrés : "l'âge tendre", la périphrase "doux êtres pensifs", "innocents", "anges". Le poète oppose "innocents", à "bagne" et "anges" à "enfer", ce qui produit un choc. L'auteur
emploie une gradation pour désigner le lieu où travaillent les enfants : "prison", "bagne", "enfer". Cette gradation nous fait comprendre que le travail des enfants est insupportable. Dans le
premier vers Hugo oppose "tous" à "seul" pour montrer que l'on enlève l'innocence et la joie de vivre aux enfants.
Ceux-ci travaillent "quinze heures" par jour. Hugo utilise un adverbe : "éternellement" et des groupes prépositionnels
compléments circonstanciels de temps : "de l'aube au soir" pour montrer la durée insupportable du travail. Hugo utilise une allitération en "m" pour montrer la monotonie du travail : "meule",
"mouvement", "éternellement", "même". Hugo, grâce à une métaphore filée (métaphore développée sur plusieurs vers) compare la machine à un monstre qui dévore les enfants. C'est donc aussi une
personnification. La machine est un Minotaure ou un ogre artificiel : "monstre hideux qui mâche", "dents", "serre". Victor Hugo utilise un rejet (vers 10) pour dénoncer avec force le travail des
enfants: "ils travaillent." L'assonance en "on" : "sombre", "monstre", "on", "ombre" renforce l'aspect terrifiant du monstre. Le poète emploie un parallélisme en répétant la même structure :
"tout est d'airain, tout est de fer." pour insister sur la cruauté de la surexploitation.
La phrase nominale (sans verbe) et exclamative "aussi quelle pâleur !" permet d'insister sur la souffrance physique des enfants. Hugo dénonce le travail des enfants car il détruit leur
santé : "la cendre est sur leur joue". Par cendre, on peut entendre aussi la saleté, la poussière, mais aussi la mort. Les machines tuent les enfants et déforment leurs corps : "d'Apollon un
bossu", "rachitisme". L'auteur utilise l'allitération en (f) pour montrer la difficulté qu'ont les enfants de respirer : "souffle", "étouffant", "défait", "fait".
Le travail des enfants est également mauvais pour l'intelligence , comme le montrent l'opposition "de Voltaire un crétin" et la rime riche "insensée/pensée". Hugo dénonce aussi le travail des
enfants car il les condamne à la misère : "qui produit la richesse en créant la misère".
La valeur au nom de laquelle les hommes font travailler les enfants est le "Progrès" (vers 25). Les enfants sont considérés comme des outils : "Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil".
L'enfant vit comme un animal. Il n'existe pas comme un être humain. Son humanité est niée.
La valeur au nom de laquelle Hugo dénonce le travail des enfants est "le vrai travail". Le travail des enfants est synonyme d'exploitation. Le "vrai travail" au contraire est synonyme de passion
et d'épanouissement.
Le travail des enfants est enfin un "blasphème", c'est-à-dire une injure à Dieu. Car Dieu a créé l'humanité. Or le travail des enfants déforme l'humanité. Dieu nous recommande d'aimer et de
protéger les enfants. A la fin, grâce à l'anaphore "maudit comme", Hugo s'exprime comme un prophète pour condamner le travail des enfants.