C'était un beau jour d'été par Thomas

Publié le par Professeur L

C'était un beau jour d'été. Le soleil était au zénith. Je m'apprétais à mettre ma fille à la sieste, lorsque l'on frappa à ma porte. J'allais ouvrir, ma fille au bras. A peine avais-je ouvert la porte qu'un homme poussa et entra chez moi, suivi d'autres personnes. Ils se mirent à tout détruire. Une fois les meubles démolis, ils m'attrapèrent par les cheveux et m'emmenèrent sur la place. J'avais peur, j'étais angoissée, je ne savais pas ce qui allait m'arriver. Une fois arrivée à la place, je vis tout le village réuni, comme dans l'attente d'un événement ou d'un spectacle exceptionnel. L'homme m'emmena jusqu'au centre de la place, m'arracha mon bébé et d'un coup, ils se mirent à me tondre la tête...Au fur et à mesure que mes cheveux tombaient, ma dignité, mon honneur, ma féminité s'envolèrent avec eux. Les visages des spectateurs étaient extasiés, comme si je n'étais qu'un morceau de viande dans une cage de fauve. Car c'est ce que j'étais, un morceau de viande !

Je me remémorai le pire moment de ma vie. Depuis ce jour, ma vie était un enfer.

J'essayais ensuite de me fondre dans la foule, mais on ne pouvait que me remarquer. La foule se mit à me cracher dessus. Certains me traitèrent de tous les noms, et d'autres me riaient au nez. Je me sentais oppressée, observée, persécutée. J'avais un profond malaise. Je ne savais pas comment sortir de là.

Une main salvatrice m'attrapa par la hanche et m'extirpa de cette vague immonde de folie et de cruauté. Un jeune homme était là et je lui demandai :

" Pourquoi m'avez-vous sauvée ?

- Car ce n'est pas normal ce qu'ils t'ont fait ! Pourquoi t'ont-ils fait ça ?

- Pendant l'Occupation, je suis tombée amoureuse d'un Allemand. Nous avons vécu une histoire d'amour pendant trois ans qui ont abouti à la petite Sixtine que tu vois là. A cause de cela, ils me considèrent comme une collabo."

 

Je trouve cela inadmissible d'agir de la sorte. L'amour est humain. Je ne dois pas être punie parce que je suis tombée amoureuse. Je ne suis qu'un bouc-émissaire dans toute cette histoire. Je suis la bouc-émissaire d'une société qui n'a pas pu défendre son pays.

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Amarok Freeland 04/08/2011 20:03



Je plains sincèrement toutes les femmes qui ont subi  cette ignominie de la part de tous ces hommes qui n'avaient même plus le courage de regarder en face leur propre couardise. Il leur
fallait un coupable pour expier de toutes leurs erreurs, leurs manquements et leur manque de courage qui a abouti à tout ce gâchis 


Ces femmes coupables d'avoir aimé ont été désignées. Elles étaient sans défense; c'était tellement plus simple, alors que beaucoup des "collabos" de la veille s'étaient réveillés avec une âme
nouvelle de résistants-libérateurs de la dernière heure et retrouvés une aura de "respectabilité".  


Quand je vois ces scènes abominables dans les images d'archives, c'est en tous ces hommes juges et bourreaux que je lis la honte...


De toute façon, dans l'histoire de l'humanité la Femme a souvent été la coupable désignée de bien des évènements dont elle était la victime autant que les hommes. Doublement victime: victime des
évènements et victime de celui qui aurait dû la protéger, l'homme.