Germinal de Zola, deuxième partie, chapitre 1, commentaire de Chloé et Tissylia

Publié le par Professeur L

Edouard Manet (1832-1883) Emile Zola 1868 Huile sur toile H. 146,5 ; L. 114 cm © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Edouard Manet (1832-1883) Emile Zola 1868 Huile sur toile H. 146,5 ; L. 114 cm © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Texte 2

Séance 3 : Germinal - Zola - Extrait de la deuxième partie, chapitre 1 : comment l'auteur parvient-il à dresser une satire du paradis bourgeois ?

Commentaire rédigé par Tissylia et Chloé

Les remarques en italique sont rajoutées par le professeur.

 

            Tout d’abord l’auteur dépeint un véritable paradis bourgeois. L’auteur nous décrit les Grégoire, une famille bourgeoise. Cette famille est composée de Monsieur Grégoire et de Madame Grégoire, qui ne sont autres que les propriétaires du domaine « La Piolaine ». Ils habitent dans une vaste demeure : « grande maison carrée ». La première caractéristique de cette famille bourgeoise réside dans la possession immobilière. Et ce qu’il possède se caractérise par l’espace, à la différence du monde mineur caractérisé par l’étroitesse. On peut comparer leurs conditions de vie à celles des ouvriers. Le rapprochement que Zola fait entre monde ouvrier et monde bourgeois nous invite à une mise en perspective des deux mondes, afin de prendre conscience de la misère ouvrière par opposition au confort bourgeois. Les ouvriers vivent dans des conditions difficiles : ils ont peu de nourriture, une maison trop petite, et travaillent dur pour peu d’argent. Les bourgeois au contraire dorment beaucoup, se lèvent tard, et n’ont pas besoin de travailler pour vivre. Les bourgeois vivent bien, ils ont de la nourriture (« la bonne nourriture »), une grande habitation et ils ne travaillent pas et pourtant ils ont presque tout sans effort, comme « leurs fruits et leurs légumes ». L’auteur met ainsi en valeur un véritable paradis bourgeois. Dans ce paradis, tout est beau et bon, comme le prouvent par exemple le superlatif « les plus beaux du pays », « bonne nourriture » ou encore « bonne amitié ». Zola semble décrire les bourgeois comme des paresseux, car ils ne font même pas la cuisine ni leur chambre, puisqu’ils ont à leur disposition « une cuisinière » et une « femme de chambre ». Ils ont aussi un jardinier et une jardinière qui s’occupent « des légumes, des fruits, des fleurs et de la basse-cour ». Il y a aussi un cocher qui est chargé « des gros ouvrages ». Les Grégoire ont beaucoup d’argent alors qu’ils ne travaillent pas. Ils sont tellement riches que la nourriture déborde des placards, alors que l’indigence, le manque, le vide caractérisent le logement ouvrier : « des provisions débordaient des râteliers et des armoires. » Ces bourgeois se caractérisent donc par la profusion, l’abondance, d’où l’utilisation d’accumulations dans le texte. Croulant sous l’abondance, les Grégoire n’ont même plus conscience des difficultés de la vie.

           

            De plus, l’auteur développe une véritable satire de la bourgeoisie à travers le portrait des Grégoire au début de la deuxième partie du roman. Dans le texte, l’auteur se moque des Grégoire car pour eux « une trentaine d’hectares » n’est qu’un petit espace. Il se moque aussi de Madame Grégoire en mettant en valeur sa petite taille « courte » et ses rondeurs « grasse ». Dans le Ventre de Paris, troisième tome du cycle des Rougon-Macquart, Zola établit une distinction fondamentale entre les maigres et les gras. La vie apparaît comme une compétition au cours de laquelle émergent deux types de caractères : les maigres et les gras. Tous sont déterminés par l’appétit, mais les gras sont les plus féroces et les plus voraces. Ici les ouvriers sont bien sûr les maigres, dont tout le travail sert à engraisser les bourgeois. Les Grégoire sont des « gras ». L’auteur utilise aussi une métaphore pour comparer Madame Grégoire à une poupée : « une grosse figure poupine ». Emile Zola se sert d’une antithèse pour montrer que la cuisinière toute entière dévouée à sa tâche et exploitée par les Grégoire est « maigre ». La nourriture qu’elle cuisine n’est pas pour elle, mais pour la famille Grégoire, comme le prouve l’exemple suivant : « grasse ». Pour se moquer des bourgeois, l’auteur insiste sur leur passion du sommeil alors qu’ils ne font rien de leur journée, et fait preuve d’ironie quand il souligne que la tempête les a empêchés de bien dormir. Zola souligne l’écart considérable qui existe entre les soucis des ouvriers, qui tentent de survivre, et ceux des bourgeois. La relation entre les Grégoire et le reste du monde, leurs subalternes comme les ouvriers, se caractérise par l’antithèse. Tout s’oppose dans le confort des bourgeois oisifs et gras à la précarité des ouvriers maigres et misérables. 

 

            Pour conclure, Zola met en œuvre une satire sur les Grégoire. Il se moque de leurs conditions de vie car ils vivent mieux que les ouvriers alors qu’ils ne travaillent pas. Dès le début de la deuxième partie du roman, Zola nous évoque un monde différent de la première partie consacrée au monde de la mine et des corons. La satire de Zola s’appuie sur la graisse, l’oisiveté et le manque d’autonomie des bourgeois. Le moindre tracas superficiel les agace. Les Grégoire sont servis, nourris et en bonne santé, contrairement aux ouvriers. Ici tout repose sur l’antithèse, l’accumulation, l’ironie et la satire. On peut comparer la description des bourgeois dans Germinal à la description des Gras dans Le Ventre de Paris de Zola.

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