Comment pourrais-je par Dylan et Guillaume

Publié le par Professeur L

Comment pourrais-je te décrire cette horreur que je vis au quotidien ? Comment te faire comprendre la cruauté de cette guerre sans fin ? Moi qui ne suis que gardien de phare. Toi qui te rappelais si bien de moi, cette guerre m'a bien transformé.
Avant, comme tu le savais, j'étais courageux, prêt à aller de l'avant, un aventurier qui n'avait peur de rien.
Aujourd'hui, j'ai peur du moindre grincement, des moindres pas que j'entends autour de moi.
D'après ce que l'on m'avait fait entendre, la Somme était paisible. La guerre n'avait pas encore atteint ce petit coin de paradis. Mais à mon arrivée, je me suis rendu compte que tout cela n'était qu'une simple et vague illusion. Ce département n'était qu'une vaste terre hostile et morbide où seuls carnage et enfer emprisonnent toutes ces âmes qui se battent pour la liberté.
Un jour parmi tant d'autres, je n'avais vu la mort d'aussi près. Un de mes amis, en voulant l'aider, car il s'était pris dans les barbelés, moi qui n'étais qu'à quelques centimètres de lui, je l'ai vu exploser lors de l'impact d'un obus, ses entrailles éparpillées sur mon corps et jusque dans ma bouche, me laissant encore le goût du sang mélangé à la terre, l'odeur de la décomposition et de la pourriture de cet homme à qui je parlais il y avait encore une heure. Le soir même, m'étant isolé pour avoir un peu de calme, j'allumai une cigarette puis ne pensant plus à rien, je la plaçai entre mes doigts et levai la main en attendant qu'un tireur ennemi tire en rayant la lueur de cette cigarette.
Je me suis mutilé pour toi, pour te rejoindre, pour fuir cette guerre incessante hors de mes supérieurs.
Mais ce que je n'oublierai jamais, ce sont les corps innombrables, inanimés, qui m'entourent, et cette odeur de pourriture inoubliable.

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