Germinal, Emile Zola, quatrième partie, chapitre 7, commentaire de Hugo, Kacper et Tom

Publié le par Professeur L

La grève des mineurs. Manifestation des ouvriers après la catastrophe de Courrières. Mars 1906.

La grève des mineurs. Manifestation des ouvriers après la catastrophe de Courrières. Mars 1906.

Commentaire de Hugo W., Kacper et Tom

 

 

            Tout d’abord, l’écrivain met l’accent sur Etienne et son influence sur le reste des mineurs, notamment dans le passage suivant : « chez lui, à cette heure, l’évolution était complète. » Cette phrase insiste sur la métamorphose d’Etienne qui passe du rang de simple mineur exploité à celui de chef politique. L’auteur montre par ailleurs le mécontentement des mineurs, ce qui pousse à leur révolution, ou à la possible transformation de leur colère sourde en révolution politique selon le souhait d’Etienne. La phrase suivante le prouve : « Dès lors, Etienne chevauchait sa question favorite, l’attribution des instruments de travail à la collectivité. » Le verbe chevaucher assimile le personnage à celui d’un conquérant qui maîtrise parfaitement sa monture. Mais Etienne montre aussi un côté vicieux. En effet, Etienne apparaît comme le commanditaire du mouvement. Il est donc le chef majeur de la révolution qu’il appelle de ses vœux. Mais il éprouve un malin plaisir de se servir des mineurs pour détruire tout sur son passage, comme le suggère l’exemple suivant : « La barbarie le grattait délicieusement. » Cette expression nous montre ce qui se cache derrière l’idéologie revendiquée d’Etienne : le désir d’assouvir sa soif de destruction. Il veut donc la guerre et la violence tournée contre les propriétaires de la mine. L’auteur utilise donc une antithèse entre « barbarie » et « délicieusement », pour se moquer d’Etienne, pour prendre une distance ironique vis-à-vis du personnage. Cette antithèse donne une image péjorative, perverse et sadique d’Etienne.

 

            En outre, Emile Zola apporte un éclairage décisif sur la dimension christique dans ce texte, en particulier grâce à l’utilisation d’Etienne qui se voit comme un prophète : « Notre tour est venu. » Cette expression fait penser au changement, voire à la révolution, mais elle nous fait paraître l’idée de la dimension christique, comme si Dieu lui envoyait un message ou une vision prophétique : « Il bâtissait la future humanité. » Etienne apparaît comme le nouveau messager de Dieu sur Terre, mais on pourrait constater qu’il est le commandant et le prophète non pas de Dieu mais de l’humanité. Ici en effet, l’humanité a remplacé Dieu. C’est l’humanité qui est divinisée dans le discours d’Etienne. Etienne finit par croire à son fantasme de créer un nouveau monde surgissant des ruines de l’ancien monde. Mais l’ironie de l’auteur consiste à montrer qu’Etienne développe la vision d’un monde nouveau alors que le monde actuel est toujours là. Le monde rêvé d’Etienne n’a même pas commencé. Etienne apparaît comme un personnage monomaniaque, fanatique, obsédé par une idée fixe, et prêt à toutes les violences pour réaliser son idée fixe : « Il ne restait que l’idée fixe du sectaire. » Cette phrase met en valeur la création de la nouvelle humanité puis la formation de la secte créée par Etienne. Il veut créer un mouvement dévastateur à l’encontre de la société de son époque. Le mot « sectaire » souligne aussi le fanatisme d’Etienne.

 

            De surcroît, l’auteur montre son avis sur l’idéologie d’Etienne et sur la politique qu’il souhaite mener : « D’abord il posait que la liberté ne pouvait être obtenue que par la destruction de l’Etat. » Cette phrase nous montre qu’Emile Zola n’est pas pour la révolution brutale, ni pour ce qu’Etienne entreprend de faire. Zola souligne l’écart entre le rêve d’Etienne et la réalité, de même qu’il met en évidence la contradiction entre la violence révolutionnaire et le monde pacifique visé par cette même violence révolutionnaire. La violence ne saurait engendrer la paix. Les êtres humains sont avant tout déterminés par leurs pulsions selon Zola. L’individu est porté par des appétits qu’il ne contrôle pas toujours, et qui le poussent à entrer en rivalité avec les autres individus. Or ces pulsions et ces rivalités entrent en contradiction avec le rêve de paix et d’égalité d’Etienne. Emile Zola met en valeur le fantasme du personnage principal grâce à l’utilisation du conditionnel. L’accumulation et le parallélisme qui servent à décrire le rêve utopique d’Etienne permettent d’accentuer la critique ironique de l’auteur. Zola montre par ailleurs les dangers d’une idéologie qui fait table rase du passé et qui veut tout contrôler, ce qui entraînerait fatalement la destruction de la liberté.

 

            Pour conclure, l’écrivain est contre l’injustice et contre le pouvoir utopique qu’Etienne tente d’instaurer. Il utilise donc le registre polémique et l’ironie, grâce notamment au discours indirect libre, pour dénoncer les délires du mouvement révolutionnaire.

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