Rhinocéros de Ionesco avec les 3eE

Publié le par Professeur L

AGIR DANS LA CITE : INDIVIDU ET POUVOIR

DÉNONCER LES TRAVERS DE LA SOCIÉTÉ

SÉQUENCE 2 : LES MÉTAMORPHOSES DU THÉÂTRE

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE INTÉGRALE : RHINOCÉROS DE IONESCO (1958)


 

Problématique générale : comment le théâtre parvient-il à interroger le spectateur ?


 

 Introduction : état des lieux sur les connaissances des élèves liées au théâtre. A quoi sert le théâtre ? 

- composé de saynètes

- les accessoires et le décor qui facilitent l'adhésion du spectateur

- les acteurs jouent un rôle, un personnage, et donnent des émotions

- on distingue deux types de pièce de théâtre : les comédies et les tragédies

- une comédie sert à faire rire (comique de situation, comique de mot, comique de geste, comique de caractère, comique de répétition, l'absurde)

- une tragédie met en scène un ou plusieurs personnages en lutte contre des forces dont la puissance les dépasse et ils ne peuvent rien contre

La Métamorphose de Narcisse est un tableau surréaliste de Salvador Dalí, signé de 1937 et exposé à la galerie Tate Modern de Londres. Selon Dali, cette toile, inspirée d'un récit célèbre tiré des Métamorphoses d'Ovide, est un "poème paranoïaque".

La Métamorphose de Narcisse est un tableau surréaliste de Salvador Dalí, signé de 1937 et exposé à la galerie Tate Modern de Londres. Selon Dali, cette toile, inspirée d'un récit célèbre tiré des Métamorphoses d'Ovide, est un "poème paranoïaque".

Séance 1 : «Oh ! Un rhinocéros !»
Support : Acte I, de «DÉCOR / Une place dans une petite ville de province» à «LA SERVEUSE : Oh ! Un rhinocéros !»
Objectif : découvrir et comprendre la fonction d'une scène d'exposition : présenter la situation, les personnages et séduire (le suspense)
Cette scène se déroule dans un café, un dimanche matin, à midi, dans une petite ville de province. Le cadre est réaliste.
Deux amis discutent dans un café mais à un certain moment, à la fin de la scène, un rhinocéros arrive. Cette arrivée produit du mouvement et du suspense. Le dramaturge décrit l'arrivée du rhinocéros grâce au champ lexical du bruit : « on entend le bruit », « barrissement », « bruits énormes », « bruits du galop d'un animal puissant et lourd », « halètement ». Cela permet de créer un contraste entre le début réaliste et la fin de la scène que l'on peut qualifier d'étrange, de bizarre, d'absurde, d'intrigant, d'insolite, de singulier.
Jean est froid et hautain, prétentieux, orgueilleux, vaniteux, présomptueux : « sans fausse modestie, je vaux mieux que vous ». Il se croit puissant et supérieur. Il est lourd car il n'arrête pas de rabaisser son « ami » : « toujours en retard », « vos épaules ». Il ne ressent que des émotions négatives : la honte, la pitié, le dégoût, la jalousie. Enfin, il n'aime pas la vie car il est toujours négatif et il critique tout le monde.
Bérenger est mou : « indolent ». Il est fatigué car il a fait la fête toute la nuit. Il a une tenue négligée. On dirait qu'il aime un peu plus la vie que Jean car il en profite plus. Mais il n'aime pas son travail. Il s'ennuie. Il ne sent pas à l'aise : « je ne m'y fais pas, à la vie. »
A la fin de la scène, le spectateur-lecteur a envie de connaître la suite. Il est séduit. On a un mélange de fantastique et de comique par le caractère absurde ou loufoque de la scène.
A la fin de la scène, le lecteur-spectateur est dans une situation d'incompréhension car il ne comprend pas trop le rapport entre deux personnes qui discutent dans un bar et un rhinocéros qui arrive. C'est bizarre. Cette scène est à la fois drôle et intrigante, comique et fantastique. Au début le cadre est réaliste (un dimanche, à midi, terrasse d'un café, ville de province, soleil) et la fin est en revanche absurde, étrange, mystérieuse, suspecte, surprenante, surréaliste, singulière, insolite.
Jean est prétentieux parce qu'il se croit supérieur à Bérenger : « sans fausse modestie, je vaux mieux que vous ». Il rapporte tout à lui-même. Il est narcissique et égocentrique : « moi aussi, moi aussi...moi aussi » (répété trois fois dans la même phrase). Il est agaçant et lourd : il ne dit même pas bonjour (« Vous voilà tout de même »). Il méprise Bérenger, se moque de lui en usant notamment du terme « lamentable » répété plusieurs fois. On dirait qu'il utilise Bérenger comme un souffre-douleur ou un bouc-émissaire : « J'ai honte d'être votre ami ». On a l'impression qu'ils ne sont pas amis en réalité parce que Jean essaie d'établir une hiérarchie. On peut dire que Jean ne se conduit pas de manière humaine car il critique toujours tout et rien n'est parfait pour lui. D'un autre côté, il se comporte aussi comme un humain parce qu'il montre la réalité de la vie. Il est méchant mais montre la réalité. Il a montré des sentiments comme la jalousie.
Bérenger est un personnage soumis, complexé par ce que lui dit Jean. Il suscite de la pitié. Il est mou, indolent, pour deux raisons : il n'a pas dormi, il a fait la fête ; il ressent de l'ennui, il n'aime pas sa vie.
Étude d'après le portrait du pape Innocent X par Velázquez est un tableau peint par Francis Bacon en 1953. Il est conservé au Des Moines Art Center, à Des Moines. Le tableau est un travail dérivé du portrait d'Innocent X de Diego Vélasquez. Il fait partie d'une série de 45 variantes sur la peinture Diego Velásquez que Francis Bacon a exécutés tout au long des années 1950 et au début des années 1960.

Étude d'après le portrait du pape Innocent X par Velázquez est un tableau peint par Francis Bacon en 1953. Il est conservé au Des Moines Art Center, à Des Moines. Le tableau est un travail dérivé du portrait d'Innocent X de Diego Vélasquez. Il fait partie d'une série de 45 variantes sur la peinture Diego Velásquez que Francis Bacon a exécutés tout au long des années 1950 et au début des années 1960.

Séance 2 : vendredi 01 décembre 2017

Support : extrait de l'acte II tableau 2

Objectifs : reconnaître le registre comique et le registre fantastique

 

Comment le dramaturge parvient-il à représenter ce qui est irreprésentable ?

 

Le dramaturge se sert de l'instant où le personnage s'en va quelques secondes. Les maquilleurs en profitent pour maquiller le comédien. A chaque retour de la salle de bain, Jean ressort de plus en plus métamorphosé. Le spectateur sourit face à cette scène. Normalement, on va dans une salle de bain pour s'améliorer : ici c'est le contraire, c'est une dégradation progressive. Ionesco réutilise tous les ressorts traditionnels de la farce :

- le comique de caractère : Jean ne se rend pas compte de ce qui lui arrive, il se sent bien alors que son apparence dit le contraire : « ça bouillonne au contraire » ;

- le comique de mots : « Je n'ai confiance que dans les vétérinaires » ; il se compare à un animal.

- le comique de situation : un être humain se transforme en rhinocéros ; c'est absurde.

- le comique de geste : Jean se touche le front, et à chaque fois que Bérenger veut toucher Jean, celui-ci se dérobe ;

- le comique de répétition : les aller-retours entre le salon et la salle de bain qui répètent et accélèrent la métamorphose.

Dans cette scène, la métamorphose de Jean n'est pas seulement physique. Elle est aussi morale. Jean accepte de devenir un rhinocéros. Il en est content et fier. Les phrases de Jean sont moins développées, brèves, courtes. Il ne cesse de couper la parole à Bérenger. Il ne veut pas l'écouter. Il utilise sans cesse des phrases exclamatives et injonctives pour montrer la colère, la haine et la lassitude. Il rejette l'homme, l'humanisme, la civilisation, l'égalité, au profit de la loi du plus fort ou loi de la jungle. Jean se déshumanise.

Pablo Picasso, Minotaure et jument 1936 - Gouache et encre de Chine - 50x65 cm Musée Picasso, Paris.

Pablo Picasso, Minotaure et jument 1936 - Gouache et encre de Chine - 50x65 cm Musée Picasso, Paris.

Séance 3 : lundi 04 décembre 2017

Support : Rhinocéros, monologue final.

Objectifs :

- découvrir le anti-héros

- comprendre le registre tragique

- comprendre la portée critique de la pièce

 

Bérenger au début de la pièce était trop doux, trop mou et indolent. Au fur et à mesure, il s'affirme et s'impose davantage, notamment face à Dudard. Ce n'est pas un héros pour autant, juste un survivant. Il survit à la transformation. Un héros est un personnage qui accomplit une bonne action. Il a du courage et de la puissance. Il est capable de sauver des vies et de dépasser ses limites et ses peurs. Bérenger n'a aucune de ces qualités. C'est ce qu'on appelle un anti-héros. Il est fragile.

La fin est ouverte. On ne sait pas ce qui va se passer après. On sait quand même que Bérenger va résister aux rhinocéros et à la maladie.

Au début du monologue, il se sent seul et c'est ce sentiment de solitude qui le pousse à vouloir devenir rhinocéros. Il est dégoûté de lui-même : « mes mains sont moites », « ce corps trop blanc », « la peau flasque », « poilu ». Il se compare aux autres (qui sont devenus rhinocéros). Il a l'impression d'être devenu un « monstre » : « je suis un monstre » (répété deux fois). Il pense être un monstre uniquement parce qu'il est différent des autres.

 

Son attitude est ambiguë : il décide dans un sursaut de résister et d'affronter tout seul les rhinocéros, mais d'un autre côté il prend cette décision car il ne peut pas faire autrement. Il ne peut pas se métamorphoser.

 

Il est le seul à ne pas être métamorphosé car il est le seul à avoir conservé sa douceur et sa fragilité. L'humanité se caractérise par sa fragilité. Cette scène est à la fois comique (quand il essaie vainement d'être un rhinocéros) et tragique (il est condamné à rester humain) : « Les hurlements ne sont pas des barrissements ». Le hurlement prouve que c'est un humain et pas un animal.

 

Bilan : Dans le monologue final, Bérenger subit l'ultime tentation de devenir un rhinocéros pour se fondre dans la masse. Bérenger étant le dernier homme décide d'affirmer ses différences. La scène mélange le tragique et la farce.

August Landmesser (né le 24 mai 1910, présumé tué le 17 octobre 1944) est un ouvrier au chantier naval Blohm & Voss de Hambourg, connu pour son apparition sur une photographie1 où il refuse d'effectuer le salut nazi lors du lancement d'un navire-école, le Horst Wessel, le 13 juin 1936.  Il est membre du Parti nazi de 1931 à 1935, mais marié avec une femme juive avec laquelle il a deux enfants, il est déclaré coupable de « déshonorer la race » selon les lois raciales nazies et il est traité comme un opposant au régime du Troisième Reich. Il est envoyé en prison en 1938 puis déporté dans le camp de concentration de Börgermoor. Son épouse est emprisonnée. Les enfants du couple sont séparés.

August Landmesser (né le 24 mai 1910, présumé tué le 17 octobre 1944) est un ouvrier au chantier naval Blohm & Voss de Hambourg, connu pour son apparition sur une photographie1 où il refuse d'effectuer le salut nazi lors du lancement d'un navire-école, le Horst Wessel, le 13 juin 1936. Il est membre du Parti nazi de 1931 à 1935, mais marié avec une femme juive avec laquelle il a deux enfants, il est déclaré coupable de « déshonorer la race » selon les lois raciales nazies et il est traité comme un opposant au régime du Troisième Reich. Il est envoyé en prison en 1938 puis déporté dans le camp de concentration de Börgermoor. Son épouse est emprisonnée. Les enfants du couple sont séparés.

Entraînement au DNB

 

Le désespoir de Bérenger s'exprime avec de courtes phrases où il se lamente : « J'ai eu tort », « comme j'ai mauvaise conscience », « j'aurais du les suivre à temps ». Les phrases sont souvent exclamatives pour appuyer sur son désespoir. Il répète souvent le mot « hélas », ce qui marque encore plus son côté désespéré. « Hélas » est une interjection lyrique. On peut parler de texte élégiaque car celui qui dit « je » se plaint. Il répète aussi les mots « jamais » et « monstre ». Bérenger a l'impression d'être condamné. Il se considère comme un « monstre » parce qu''il est seul et il n'est pas comme tous les autres.

 

 

Bérenger a des comportements comiques car il essaie de barrir comme un rhinocéros ! « Ahh, ahh, brr ! ». C'est du comique de geste. Il essaie de juger son barrissement : « Cela manque de vigueur ». Ce qui l'entraîne à répéter les cris : c'est du comique de répétition. Au début du texte, il veut devenir un rhinocéros. Il éprouve de la jalousie à l'égard des rhinocéros : « oh ! Comme je voudrais être comme eux. » Normalement, il devrait se réjouir d'être resté humain, mais il se plaint comme s'il s'agissait d'une malédiction. C'est un renversement ou une inversion de situation, ce qui crée un comique de situation.

 

En outre, le comique de caractère se montre avec l'indécision de Bérenger qui change brusquement d'avis à la fin de son monologue : « Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! » Il ne veut plus être un rhinocéros car il ne peut pas le devenir, ce qui n'a rien d'héroïque.

Enfin, Bérenger semble éprouver une attirance physique pour les rhinocéros, comme le prouve la phrase suivante : « Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d'un vert sombre, une nudité décente, sans poils, comme la leur ! » Cette réplique prête à sourire : c'est du comique de mots.

 

En même temps, cette scène est tragique car Bérenger essaie de combattre son humanité pour se transformer en rhinocéros et être comme les autres : « Si je pouvais faire comme eux. » Il n'y arrive pas. Il se sent exclu, comme un intrus : « malheur à celui qui veut conserver son originalité ». Cela signifie que c'est dur de rester soi-même dans des moments où on est seul alors que tous les autres sont ensemble. Il aimerait ne plus se sentir différent. Pour terminer, on comprend que la lutte contre l'esprit grégaire (=de troupeau) et conformiste (=vouloir imiter les autres) va être tragique puisqu'il est seul contre tous.

 

Philippe-Auguste Hennequin (1763-1833), Les Remords d’Oreste H. : 3,56 m. ; L. : 5,15 m.  S’inspirant des Euménides d’Eschyle, Hennequin, ancien élève de David, figure ici l’esprit révolutionnaire persécuté par la contre-révolution, sous les traits d’Oreste accablé par les Furies. Musée du Louvre, Paris, France.

Philippe-Auguste Hennequin (1763-1833), Les Remords d’Oreste H. : 3,56 m. ; L. : 5,15 m. S’inspirant des Euménides d’Eschyle, Hennequin, ancien élève de David, figure ici l’esprit révolutionnaire persécuté par la contre-révolution, sous les traits d’Oreste accablé par les Furies. Musée du Louvre, Paris, France.

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